— Je peux la voir ?
Que doit-on répondre quant au terme d’une soirée déplorable, que l’on aimerait pouvoir rayer de ses souvenirs, voire remonter le temps pour éviter d’y aller et faire toute autre chose, ne serait-ce que rester dans son canapé à regarder de la mauvaise télévision, alors que l’on est sur le point de rentrer chez soi pour ruminer en solitaire une colère qui ne veut pas mourir, que faire quand une belle jeune femme, qui quelques instants plus tôt n’était qu’un fantasme lié à une sur-consommation de films, s’invite dans votre véhicule et vous demande si elle peut voir à quoi ressemble la chambre d’hôtel minable dans laquelle vous aviez prévu de passer la nuit si vous étiez allé jusqu’au bout de votre plan, à savoir boire un maximum en un minimum de temps ?
On commence par réfléchir un moment, le temps d’un battement de coeur et on dit oui avant qu’elle ne réalise ce qu’elle vient de faire.
Bien sûr il y a de grandes chances qu’elle prenne ses jambes à son cou en voyant l’état de ladite chambre, la poussière, les toiles d’araignées, la moisissure, l’odeur fétide et tout ce qui fait le charme brut de décoffrage de cet hôtel, mais au moins j’aurais eu une charmante compagnie pendant le trajet.
— Vous êtes pieds nus.
— C’est un détail, et puis c’est de votre faute. J’ai beaucoup aimé votre discours, et je ne pouvais pas vous laisser partir sans vous le dire. Dans ma précipitation, je n’ai pas pris le temps de remettre mes chaussures. De toute façon, elles me faisaient mal. Je ne regrette pas de les avoirs abandonnées derrière moi.
— Vous avez aimé mon discours ? Vous devez être la seule personne de toute l'assistance.
— J’ai trouvé audacieux de se montrer aussi méchant en pareille circonstance.
— Quelles que soient les circonstances il est difficile d’aller contre sa nature.
— Vous ne me ferez pas croire que vous êtes quelqu’un de méchant.
— Ne me forcez pas à vous en convaincre.
— Que feriez-vous ?
— Je vous abandonnerais sur le bord de la route, en pleine nuit, pieds nus.
— Vous voyez, vous en plaisantez. Un vrai méchant n’en rigolerait pas comme vous le faites.
— Je le fais peut-être exprès pour vous tromper, vous mettre en confiance avant de vous démembrer et d’enterrer les morceaux dans la forêt. Je pense déjà aux enquêteurs qui s’interrogeront sur le fait que vous n’ayez pas de chaussures.
— Vous n’arriverez pas à me convaincre que vous n’êtes tout au plus qu’un homme un peu en colère. Vous êtes loin d’être un assassin.
— Vous êtes profileuse ?
— Non, médecin. Je m’appelle Claire.
— Marc, homme en colère, pas serial killer, juste employé de bureau.
Étrange conversation que la nôtre sur cette route de campagne déserte où les phares de ma voiture perturbaient la nuit, dérangeaient les sous-bois.
L’auberge miteuse était en vue. Je me garais dans la cour. Descendis, Claire en fit de même. Je faisais tourner les clefs de ma chambre dans ma main alors que nous montions les escaliers. Déjà ma compagne pouvait se rendre compte de l’état de délabrement de l’endroit. Je lui épargnais la visite des sanitaires sur le palier, occupés en permanence par une colonie d’insectes divers, vivant en bonne harmonie dans ce recoin du monde où les produits d’entretien avaient été bannis depuis des décennies. La vision de ma chambre devait lui suffire à avoir des hauts le coeur et des cauchemars traumatisants pour des années.
— En effet, c’est folklorique, lâcha-t-elle sur le pas de la porte en découvrant l’étendue des dégâts.
— Je n’aurais pas dit ça comme ça.
— Avouez que ça mérite le détour. Ça fait des souvenirs
— Et des mycoses, des allergies, et toutes sortes d’autres joyeusetés.
— Vous êtes obligés de voir tout en noir.
— Non, en l'occurrence je vois plutôt ça en gris poussière, et brun rouille, et vert moisissure. Franchement, vous passeriez une nuit dans un endroit pareil?
Elle
Il ne m’avait pas menti, il avait trouvé le pire hôtel possible. Un taudis, un bouge. De l’extérieur, dans la nuit, il était dur d’imaginer l’état avancé de décrépitude de l’établissement. Une fois la porte d’entrée passé la seule envie que l’on a c’est de faire demi-tour. Ou d’y mettre le feu pour tuer la vermine. Il n’y a aucun espoir de rendre l’endroit vivable avec des moyens classiques.
Je le suivais dans l’escalier en n’osant pas poser la main sur la rampe que je devinais poisseuse. Quand il rentra dans la chambre, je restais sur le pas de la porte. Il alla s’asseoir sur le lit, ce qui fit apparaître un nuage de poussière.
J’avais beau plaisanter, je trouvais l’endroit dégoûtant. Et je n’y aurais pas passé une nuit, pour tout l’or du monde.
— Pourquoi pas, il faut savoir se monter aventureux, lui répondis je pourtant par jeu.
— Inconscient oui. Vous vous rendez compte que les draps n’ont pas du être changé depuis des années, et portent les traces de tous les fous qui y ont passé la nuit au cours de la décennie écoulée, voire plus. Il aurait fallu que mon taux d’alcool soit plus élevé pour que je dorme dans ce lit. Déjà m’y asseoir relève de l’exploit. Et je note que vous-même n’osez pas rentrer dans la chambre.
Il avait vu juste. Il ne me tardait qu’une chose, que l’on ressorte de cet endroit. J'avais l’impression que plus je passais de temps, plus la saleté s'imprégnait en moi, et qu’il me faudrait passer des heures sous la douche pour la faire partir.
— Qu’est ce que vous allez faire ?
— Rentrer chez moi. Et le plus tôt possible, j’en ai pour une bonne heure de route.
— Ça vous dérangerait de me reconduire chez moi ?
Il accepta, et sans attendre nous sommes redescendus jusqu’à sa voiture, et nous reprîmes la route.
Il ne m’avait pas menti, il avait trouvé le pire hôtel possible. Un taudis, un bouge. De l’extérieur, dans la nuit, il était dur d’imaginer l’état avancé de décrépitude de l’établissement. Une fois la porte d’entrée passé la seule envie que l’on a c’est de faire demi-tour. Ou d’y mettre le feu pour tuer la vermine. Il n’y a aucun espoir de rendre l’endroit vivable avec des moyens classiques.
Je le suivais dans l’escalier en n’osant pas poser la main sur la rampe que je devinais poisseuse. Quand il rentra dans la chambre, je restais sur le pas de la porte. Il alla s’asseoir sur le lit, ce qui fit apparaître un nuage de poussière.
J’avais beau plaisanter, je trouvais l’endroit dégoûtant. Et je n’y aurais pas passé une nuit, pour tout l’or du monde.
— Pourquoi pas, il faut savoir se monter aventureux, lui répondis je pourtant par jeu.
— Inconscient oui. Vous vous rendez compte que les draps n’ont pas du être changé depuis des années, et portent les traces de tous les fous qui y ont passé la nuit au cours de la décennie écoulée, voire plus. Il aurait fallu que mon taux d’alcool soit plus élevé pour que je dorme dans ce lit. Déjà m’y asseoir relève de l’exploit. Et je note que vous-même n’osez pas rentrer dans la chambre.
Il avait vu juste. Il ne me tardait qu’une chose, que l’on ressorte de cet endroit. J'avais l’impression que plus je passais de temps, plus la saleté s'imprégnait en moi, et qu’il me faudrait passer des heures sous la douche pour la faire partir.
— Qu’est ce que vous allez faire ?
— Rentrer chez moi. Et le plus tôt possible, j’en ai pour une bonne heure de route.
— Ça vous dérangerait de me reconduire chez moi ?
Il accepta, et sans attendre nous sommes redescendus jusqu’à sa voiture, et nous reprîmes la route.
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