La vieille tante avait blêmi, et avait perdu de précieux mois d’espérance de vie. Je jetais un regard sur le reste de la salle. Des centaines de paires d’yeux me fixaient, à la fois étonnées par la violence de mes propos, et à deux doigts de fondre en larmes pour les plus sensibles.
J’avais dû forcer ma voix plus que je ne l’avais imaginé. Et forcer un peu mes propos aussi. Je ne pouvais rester dans la salle, ou je risquais de connaître une mort prématurée. Celle de la vieille tante qui suffoquait toujours, et aussi la mienne une fois que ma mère aurait réussi à traverser la piste de danse et se serait jeté sur moi armée de n’importe quel objet contondant. Je me repliais sur la terrasse, espérant que trouver un havre de paix loin de l’agitation que j’avais provoquée.
Je m’installais sur une chaise humide oubliée et me laissais engloutir par l’obscurité.. Je fus pris d’un éclat de rire en repensant à ma diatribe. Je ne pouvais même pas la mettre sur le compte de l’alcool, je n’avais presque rien bu. J’avais beau y repenser je ne comprenais pas pourquoi je m’en été pris avec autant de force à cette vieille femme dont le nom m’échappait toujours. Je savais que j’allais avoir droit à ce genre de question. Je m’y étais préparé. Pas assez de toute évidence. Et puis merde, de toute façon je ne voulais pas venir.
Il ne me restait plus qu’à rentrer, reprendre ma veste et m'éclipser. Le plus dur restait encore à venir. Je regrettais de ne pas avoir pris de cigare. Foutue résolution. Quelle idée j’avais eu d'arrêter. Tout ça pour faire plaisir à quelqu’un qui n’était pas là pour partager mon calvaire. Si j’avais eu un Havane cela m’aurait permis de rester un peu plus longtemps dehors. Je pensais que cela aurait fait une très belle scène dans un film. Américain de préférence. Une comédie forcément. Si j’avais été dans ce film, une très belle jeune femme serait venue me rejoindre sur cette terrasse, pour m’accompagner dans mon exil. Elle aurait été amusée, par mon discours enflammé, et peut-être un peu émue. Elle aurait vu, deviné, sous la colère la douleur, la fêlure, et sous le masque du misanthrope un coeur en or. Elle m’aurait tendu un briquet juste au moment ou j’aurais sorti ce foutu cigare. Nous aurions passé un moment ensemble, un moment privilégié à l’écart de la foule, de la musique disco, de l’inévitable chenille. Puis nous serions partis chacun de notre côté.
J’ai vu trop de films.
Elle
Il suffit d’un peu de musique pour faire oublier les drames. Le dJ s’est remis au boulot, la piste de danse s’est de nouveau remplie, et tout fut oublié. Ou du moins mis de côté pour un moment, le temps que la fête se poursuive.
— C’est dingue ce qui vient de se passer non ?
Liz revint s’asseoir à ma table, délaissant son soupirant, pauvre soupirant.
— C’est le cousin du marié, enfin d’après ce que j’ai compris. Il parait que c’est un con qui n’aime rien ni personne, qui fait la gueule en permanence.
— Qu’est ce que tu en sais, tu le connais ?
Liz se vexa. Il est vrai que j'avais été un peu agressive. Elle quitta la table pour rejoindre son bellâtre et le laisser soupirer encore longtemps, en vain. Le temps que je me défoule sur ma camarade, le mystérieux cousin en colère avait disparu.
Attitude tout à fait compréhensible dans sa situation. J’aurais fait la même chose. Pas le discours enflammé, je m’en sentais bien incapable, j’ai déjà du mal à prendre la parole en public, alors pour hurler comme ça, pour jeter toute ma bile sur une vieille tante, et par ricochet sur le reste de l'assistance. Mais si j'avais trouvé le courage de le faire, j’aurais moi aussi pris la porte de sortie sans demander mon reste.
Pourtant à voir comment la soirée avait repris son cours, il aurait pu rester parmi nous, se rasseoir, reprendre la conversation avec ses voisins, là où il l'avait laissée, reprendre un morceau de gâteau, boire une gorgée de vin, et fumer une cigarette avant d’inviter une jolie jeune femme sur la piste de danse pour lui prouver qu’il n’était pas qu’un agitateur, mais aussi un grand danseur. J’aurais pu aller le voir après sa démonstration de disco, je me serais présentée et lui aurait demandé pourquoi il avait fait ce qu’il avait fait. Comment avait-il trouvé le courage de sortir toutes ces choses, et s’il pouvait m’aider à en faire autant ?
J’avais beau fixer sa table, il n’y était plus, son verre était vide, il ne discutait pas avec ses voisins. Il n’était pas plus sur la piste de danse. Je me tournais vers Liz qui n’était pas rancunière, ou qui n'avait pas de mémoire, elle avait déjà quitté son Adrien, qui tirait une tête de trois pieds de long. Elle avait dû mettre un terme à sa pathétique séance de drague en lui révélant qu’elle préférait les filles. Je ne l’écoutais pas vraiment. Elle me disait sans doute à quel point les mecs étaient lourds quand ils se mettent à vouloir emballer, et encore plus lors des mariages, je hochais la tête et faisais des petits bruits pour montrer mon intérêt. Puis il est revenu.
Je l’ai vu rentrer dans la salle, sans chercher à se cacher, marchant droit devant lui. Il est allé jusqu’à sa chaise, a repris sa veste, quelques babioles qui traînaient à côté de son assiette, et afait demi-tour.
Je n’ai pas attendu que Liz finisse son éternel discours sur la nullité masculine. Sans rien dire, je me suis levée. Je n’ai pas pris la peine de me rechausser. J’ai couru au travers des couples qui dansaient enlacés, en bousculant au passage sans m’excuser. Je ne pouvais pas rater ma chance.
Il avait déjà rejoint sa voiture, fouillait dans ses poches à la recherche de ses clefs quand je sentis le froid carrelage de la terrasse sous mes pieds, réalisant que j'avais oublié mes escarpins sous la table, et qu’il allait falloir que j’affronte les graviers de l’allée pour le rattraper. Tant pis.
Je fis de grandes enjambées pour éviter au maximum de m’écorcher la plante des pieds. Je grimaçais à chaque pas. Me retenais de hurler, de pleurer. Il était assis derrière son volant alors que je n'avais pas fait la moitié du chemin. Ce qu’il me restait à parcourir me semblait plus long qu’un marathon.
À force de courage, je finis par atteindre sa voiture avant qu’il ne démarre. Il sursauta quand je frappais à la vitre.
— Vous partez, lui demandai-je ?
Il suffit d’un peu de musique pour faire oublier les drames. Le dJ s’est remis au boulot, la piste de danse s’est de nouveau remplie, et tout fut oublié. Ou du moins mis de côté pour un moment, le temps que la fête se poursuive.
— C’est dingue ce qui vient de se passer non ?
Liz revint s’asseoir à ma table, délaissant son soupirant, pauvre soupirant.
— C’est le cousin du marié, enfin d’après ce que j’ai compris. Il parait que c’est un con qui n’aime rien ni personne, qui fait la gueule en permanence.
— Qu’est ce que tu en sais, tu le connais ?
Liz se vexa. Il est vrai que j'avais été un peu agressive. Elle quitta la table pour rejoindre son bellâtre et le laisser soupirer encore longtemps, en vain. Le temps que je me défoule sur ma camarade, le mystérieux cousin en colère avait disparu.
Attitude tout à fait compréhensible dans sa situation. J’aurais fait la même chose. Pas le discours enflammé, je m’en sentais bien incapable, j’ai déjà du mal à prendre la parole en public, alors pour hurler comme ça, pour jeter toute ma bile sur une vieille tante, et par ricochet sur le reste de l'assistance. Mais si j'avais trouvé le courage de le faire, j’aurais moi aussi pris la porte de sortie sans demander mon reste.
Pourtant à voir comment la soirée avait repris son cours, il aurait pu rester parmi nous, se rasseoir, reprendre la conversation avec ses voisins, là où il l'avait laissée, reprendre un morceau de gâteau, boire une gorgée de vin, et fumer une cigarette avant d’inviter une jolie jeune femme sur la piste de danse pour lui prouver qu’il n’était pas qu’un agitateur, mais aussi un grand danseur. J’aurais pu aller le voir après sa démonstration de disco, je me serais présentée et lui aurait demandé pourquoi il avait fait ce qu’il avait fait. Comment avait-il trouvé le courage de sortir toutes ces choses, et s’il pouvait m’aider à en faire autant ?
J’avais beau fixer sa table, il n’y était plus, son verre était vide, il ne discutait pas avec ses voisins. Il n’était pas plus sur la piste de danse. Je me tournais vers Liz qui n’était pas rancunière, ou qui n'avait pas de mémoire, elle avait déjà quitté son Adrien, qui tirait une tête de trois pieds de long. Elle avait dû mettre un terme à sa pathétique séance de drague en lui révélant qu’elle préférait les filles. Je ne l’écoutais pas vraiment. Elle me disait sans doute à quel point les mecs étaient lourds quand ils se mettent à vouloir emballer, et encore plus lors des mariages, je hochais la tête et faisais des petits bruits pour montrer mon intérêt. Puis il est revenu.
Je l’ai vu rentrer dans la salle, sans chercher à se cacher, marchant droit devant lui. Il est allé jusqu’à sa chaise, a repris sa veste, quelques babioles qui traînaient à côté de son assiette, et afait demi-tour.
Je n’ai pas attendu que Liz finisse son éternel discours sur la nullité masculine. Sans rien dire, je me suis levée. Je n’ai pas pris la peine de me rechausser. J’ai couru au travers des couples qui dansaient enlacés, en bousculant au passage sans m’excuser. Je ne pouvais pas rater ma chance.
Il avait déjà rejoint sa voiture, fouillait dans ses poches à la recherche de ses clefs quand je sentis le froid carrelage de la terrasse sous mes pieds, réalisant que j'avais oublié mes escarpins sous la table, et qu’il allait falloir que j’affronte les graviers de l’allée pour le rattraper. Tant pis.
Je fis de grandes enjambées pour éviter au maximum de m’écorcher la plante des pieds. Je grimaçais à chaque pas. Me retenais de hurler, de pleurer. Il était assis derrière son volant alors que je n'avais pas fait la moitié du chemin. Ce qu’il me restait à parcourir me semblait plus long qu’un marathon.
À force de courage, je finis par atteindre sa voiture avant qu’il ne démarre. Il sursauta quand je frappais à la vitre.
— Vous partez, lui demandai-je ?
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