mercredi 13 janvier 2010

Chapitre 3

Lui

J’évitais de croiser le regard des invités en retournant chercher ma veste, mes clefs, mon téléphone. Je traversais la salle d’un pas sûr. À la table je ne dis rien, et personne ne chercha à me parler. J’enfilais ma veste, et comme j’étais venu, je repartis sans un mot, sans un regard.
J’aurais aimé une pleine lune, et un petit vent frais. J’aurais remonté le col de ma veste pour me protéger. J’aurais traversé l’allée de gravier sous la lueur blafarde de l’astre nocturne. Arrivé à ma voiture je me serais retourné vers la salle de réception. La belle jeune femme dont j’avais rêvé un peu plus tôt m’aurait fait un geste de la main. Fier je n’aurais rien fait, rien dit. Elle n’aurait eu droit qu’à mon profil baigné par cette lumière blanche. Elle aurait alors deviné un sourire. J’aurais ouvert la portière et j’aurais jeté un coup d’oeil dans le rétro pour la voir rentrer dans la salle. J’aurais mis le contact et serais parti, la laissant là.
Le ciel était couvert, l’allée était éclairée par des lampadaires, et il ne faisait même pas froid. J’ai traversé l’allée en shootant dans les graviers. Je ne me suis pas retourné avant de monter dans ma voiture. J’ai mis le contact sans regarder dans le rétro. J’allais partir quand elle frappa à la vitre.
— Vous partez, me demanda-t-elle après m’avoir fait sursauter ?
— Visiblement, répondis je les mains sur les clefs de contact.


Elle

— Visiblement, me répondit-il, avec un brin de moquerie dans la voix.
Il avait raison de se moquer. Je savais pertinemment qu’il partait. C’est pour ça que j’avais couru à m’en faire saigner les pieds. Pour lui parler avant qu’il ne disparaisse.
Maintenant que je me trouvais devant lui, je ne trouvais rien d’autre à lui dire, rien d’autre que cette question idiote.
Qu’est ce que je voulais lui dire ? Il était temps d’y penser maintenant que je me trouvais devant lui. Pourquoi lui avais-je couru après ? Qu’est ce qu’il s’était passé dans ma tête pour que je fasse cette chose qui me ressemblait si peu ? Pourtant, je ne pouvais plus le laisser partir.
— Vous allez où ? demandais-je
— Me coucher, répondit-il, lapidairement.
— Chez vous ? Je réalisais en la posant tout les sous-entendus qu’il pouvait y avoir dans cette question.
— Je me tâte encore. J’ai réservé une chambre pas loin, mais ça ne me dit plus trop d’y passer la nuit.
— Pourquoi ?
— Question d’hygiène. S’il devait y avoir un classement des chambres d’hôtel le s plus sales du monde, elle serait dans les cinq premières.
À ce moment-là, j’ai franchi la ligne qu’une fille bien ne doit jamais franchir. J’ai fait le tour de la voiture, ai ouvert la portière passager, me suis installée sur le siège, me suis tournée vers lui, il était tout étonné par mon geste, et le fut encore plus quand je lui demandais:
— Je peux la voir ?

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