Claire poussa un petit rire. Un joli petit rire cristallin. Ce qui fit rentrer dans la danse un nouveau protagoniste. Sans prendre la peine de me regarder un chat traversa le salon, s'arrêta devant Claire, et reprit sa route.
— Je ne savais pas que quelqu’un d’autre écoutait ce que je disais depuis tout à l’heure, dis-je.
Claire se leva et m’invita à la suivre.
— C’est vrai que je manque à toutes les règles, je vais vous présenter. Il a dû aller dans mon bureau. S’il n’est pas caché dans la cuisine, il va se réfugier sous mon bureau.
Je lui emboîtais le pas. La pièce qui servait de bureau à Claire était assez petite, sur deux des murs s’élevaient de grandes bibliothèques chargées de livres et de bibelots. Le bureau en lui même se trouvait au fond de la pièce, sous une fenêtre tendue de rideau rouge.
À peine Claire eut-elle franchi le pas de la porte que le minuscule petit chat gris qui nous avait interrompus deux minutes plus tôt surgit de sous le bureau.
— Woodstock je te présente Marc. Marc je vous présente Woodstock.
— Woodstock? En hommage au festival de musique?
— Non en hommage aux Peanuts. Comme c’est un chat je ne pouvais pas l’appeler Snoopy, Charlie Brown c’était un peu trop long et prétentieux, alors, vu sa taille, j’ai chois Woodstock.
— Qui est Woodstock?
— Le petit oiseau jaune qui traine avec Snoopy.
Je trouvais ce nom amusant. Woodstock se laissait caresser de bonne grâce par sa maitresse. Je restais sur le pas de la porte, résistant à l’envie d’inspecter les rayonnages.
— Vous êtes plutôt chat ou plutôt chien, me demanda-t-elle en s’asseyant sur le fauteuil qui faisait face à son bureau et en laissant Woodstock reprendre le cours de sa vie?
— C’est vrai que cela fait partie des questions essentielles, Mac ou PC, Droite ou Gauche, Slip ou Caleçon, Chien ou Chat…
— Ne vous moquez pas. C’est une question comme une autre. Mais ça dit souvent beaucoup de choses.
— D’accord. Alors dans l’ordre Mac, Gauche, Slip, et je n’ai pas de préférence. Enfant il y avait des chiens à la maison. Pendant un temps j’ai eu un chat. Depuis quelque temps ni l’un, ni l’autre.
— Et pourquoi?
— C’est la vie.
— Le petit chat est mort?
— Non le petit chat n’est pas mort. Le petit chat, qui n’était plus vraiment petit est parti avec sa maîtresse, mon ex.
Woodstock vint se frotter à mes chevilles. Je me baissais pour le caresser. Il se mit à ronronner quand je lui grattais derrière la tête. C’est ce qui me manquait le plus, ces ronronnements, quand le soir, alors que nous regardions la télé, Félix, puisque sans originalité Sophie l’avait nommé ainsi, sautait sur mes genoux pour se faire dorloter. Sans y faire attention, je commençais à lui gratter derrière les oreilles. Il se mettait à ronronner. C’était apaisant. J’aurais pu lui raconter cette histoire. Je n’en ai rien fait. Je ne sais pas pourquoi c’est Tigana qui m’est venu à l’esprit.
Elle
Marc ne rentra pas dans mon bureau, il resta dans l’embrasure, dans la pénombre, seule une moitié gauche de son visage était éclairée.
Woodstock quitta mes genoux pour aller se frotter aux chevilles de Marc, qui se baissa pour le caresser. Il glissa le long du mur pour s’asseoir par terre, prenant Woodstock entre ses jambes. Celui-ci ne protesta pas. Il avait adopté mon invité.
— Non le petit chat n’est pas mort. Le petit chat, qui n’était plus vraiment petit est parti avec sa maîtresse, mon ex.
Il resta silencieux un long moment, perdu dans ses pensées, à la recherche de ses mots. Je commençais à deviner sa façon de procéder. Je pouvais imaginer les rouages de son esprit se mettre en mouvement. Chaque mot était pesé, mesuré, et retourné dans tous les sens avant de pouvoir sortir de sa bouche.
Je m’attendais à ce qu’il me parle de son ex, de leur histoire, de leur rupture. Je ne m’attendais pas du tout à ce qui est arrivé.
— Je crois que depuis Tigana, je ne suis plus trop chien.
Il avait un réel talent pour les phrases énigmatiques, les entrées en matière étranges, et qui savent capter l’audience.
— C’est sans doute une forme de racisme, mais à une époque nous avons eu à la maison un chien noir, et mon frère, qui devait avoir 7 ou 8 ans, l’a appelé Tigana. Étrange hommage au joueur de foot. Ce n’est pas un chien que l’on a acheté, ou que l’on nous a donné, c’est un chien qui nous a adoptés. Il est arrivé un jour, et il est resté. Vous me direz que c’est facile d’attirer les chiens quand on a un père qui fait des saucisses, c’est vrai. Mais Tigana n’est pas resté que pour les saucisses. Il est resté parce qu’il nous aimait bien, bien que ma mère ait tout fait pour le faire partir. Voyez-vous, ma mère, en dépit d’énormes qualités que je pourrais passer la nuit à vous énumérer, n’aime pas grand monde en dehors de sa famille, et les animaux sont tout en haut de la liste de ce qu’elle déteste. Elle n’en voulait pas de ce chien errant, bâtard, et en plus noir. Nous étions trois contre elle, elle n’eut pas gain de cause, et il était gentil Tigana. C’était peut-être un chien perdu, errant, bâtard, mais c’était le chien le plus affectueux que j’ai connu, et le plus sage aussi. On pouvait partir et le laisser seul dans la maison, il ne dévorait pas les pieds des chaises, ne pissait pas partout, n’essayait pas d’ouvrir les placards pour y trouver à manger. Il attendait que l’on revienne, nous faisait la fête et allait pisser dehors. De tous le temps qu’il est resté avec nous il n’a fait qu’une seule bêtise. Il a volé le doudou de mon frère. Nous étions dans le jardin et sans raison il a attrapé le lapin en peluche et s’est enfui.
Au loin une cloche sonna. Il était minuit. Au même moment, une sirène d’ambulance se fit entendre. Le gyrophare teinta de bleu le bureau pendant un instant.
Marc se leva et s’approcha de la fenêtre. Woodsock le suivit.
Marc ne rentra pas dans mon bureau, il resta dans l’embrasure, dans la pénombre, seule une moitié gauche de son visage était éclairée.
Woodstock quitta mes genoux pour aller se frotter aux chevilles de Marc, qui se baissa pour le caresser. Il glissa le long du mur pour s’asseoir par terre, prenant Woodstock entre ses jambes. Celui-ci ne protesta pas. Il avait adopté mon invité.
— Non le petit chat n’est pas mort. Le petit chat, qui n’était plus vraiment petit est parti avec sa maîtresse, mon ex.
Il resta silencieux un long moment, perdu dans ses pensées, à la recherche de ses mots. Je commençais à deviner sa façon de procéder. Je pouvais imaginer les rouages de son esprit se mettre en mouvement. Chaque mot était pesé, mesuré, et retourné dans tous les sens avant de pouvoir sortir de sa bouche.
Je m’attendais à ce qu’il me parle de son ex, de leur histoire, de leur rupture. Je ne m’attendais pas du tout à ce qui est arrivé.
— Je crois que depuis Tigana, je ne suis plus trop chien.
Il avait un réel talent pour les phrases énigmatiques, les entrées en matière étranges, et qui savent capter l’audience.
— C’est sans doute une forme de racisme, mais à une époque nous avons eu à la maison un chien noir, et mon frère, qui devait avoir 7 ou 8 ans, l’a appelé Tigana. Étrange hommage au joueur de foot. Ce n’est pas un chien que l’on a acheté, ou que l’on nous a donné, c’est un chien qui nous a adoptés. Il est arrivé un jour, et il est resté. Vous me direz que c’est facile d’attirer les chiens quand on a un père qui fait des saucisses, c’est vrai. Mais Tigana n’est pas resté que pour les saucisses. Il est resté parce qu’il nous aimait bien, bien que ma mère ait tout fait pour le faire partir. Voyez-vous, ma mère, en dépit d’énormes qualités que je pourrais passer la nuit à vous énumérer, n’aime pas grand monde en dehors de sa famille, et les animaux sont tout en haut de la liste de ce qu’elle déteste. Elle n’en voulait pas de ce chien errant, bâtard, et en plus noir. Nous étions trois contre elle, elle n’eut pas gain de cause, et il était gentil Tigana. C’était peut-être un chien perdu, errant, bâtard, mais c’était le chien le plus affectueux que j’ai connu, et le plus sage aussi. On pouvait partir et le laisser seul dans la maison, il ne dévorait pas les pieds des chaises, ne pissait pas partout, n’essayait pas d’ouvrir les placards pour y trouver à manger. Il attendait que l’on revienne, nous faisait la fête et allait pisser dehors. De tous le temps qu’il est resté avec nous il n’a fait qu’une seule bêtise. Il a volé le doudou de mon frère. Nous étions dans le jardin et sans raison il a attrapé le lapin en peluche et s’est enfui.
Au loin une cloche sonna. Il était minuit. Au même moment, une sirène d’ambulance se fit entendre. Le gyrophare teinta de bleu le bureau pendant un instant.
Marc se leva et s’approcha de la fenêtre. Woodsock le suivit.
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