<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149</id><updated>2011-08-02T20:01:43.417+02:00</updated><title type='text'>Après la colère</title><subtitle type='html'>un roman en ligne</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>36</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-3368232744285866952</id><published>2010-01-13T07:16:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:36:17.706+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 1</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: left;"&gt;Lui &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;— Je voudrais lever mon verre aux jeunes mariés qui..&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;C’était le troisième à prendre la parole. Pourquoi faut-il que les gens se sentent obligés de faire des discours dans ce genre de soirée&amp;nbsp;? Précision. Pourquoi faut-il que les gens ayant le moins de talents oratoires et le moins d’humour se sentent obligés de prendre la parole dans ce genre de soirée&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;Pour la troisième fois, je subissais les propos supposés drôles, mais surtout assommants, d’un ami du couple que nous fêtions ce soir.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;Au départ, je ne voulais pas y aller. Disciple de Brassens je pense que lorsque l’on est plus de trois on est une bande de cons. Là les limites étaient allégrement franchies. Circonstances aggravantes il y avait de l’alcool, ce qui en règle générale ne rend pas les gens plus intelligents.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;Donc, je ne voulais pas y aller. En dehors du fait que je n’aime pas les rassemblements de plus de trois personnes, j’ai horreur de ces événements où l’on est obligé d’être content. Pas pour soi, mais pour les mariés, pour qu’ils aient un bon souvenir du plus beau jour de leur vie, des visages souriants des gens qui s’amusent, des parents qui dansent, des amis qui boivent. Par esprit de contradiction dans ce genre de circonstance, je fais la gueule. Au moins, s’ils divorcent, ils pourront m’accuser d’avoir gâché leur mariage, ils auront un bouc émissaire pour leur défaite. Celui qui a plombé l’ambiance, a tout fait foirer dès le départ.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;Si j’étais là, à écouter les platitudes d’un type que je ne connaissais pas, et que par chance je ne devrais pas recroiser de ma vie, à moins que le destin qui ne manque pas d’humour ne s’en mêle, c’était à cause de la pression familiale. Le marié était mon cousin, je ne pouvais pas me soustraire à cette obligation. J’avais pourtant essayé de négocier, rien à faire, sous peine d’être renié, déshérité, banni, voire écartelé en place publique, pas question de me faire excuser.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;Écoutant d’une oreille distraite les banalités qui n’en finissaient pas de sortir de la bouche du plus mauvais orateur que la terre ait jamais porté, je me demandais ce qui était le pire, être obligé de porter costume et cravate, d’avoir à subir une messe, le repas affreux, mes compagnons de table, ou la mauvaise musique servie par un D.J. forcement sourd. Je n’allais pas tarder à avoir la réponse.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;Quand enfin le grand orateur en eut fini de vanter les vertus du mariage, de l’amour et de toutes ces choses qui me font vomir, surtout quand elles sont servies avec aussi peu de talent, une main vint se poser sur mon épaule.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;— Alors, et toi, quand est-ce que tu vas te marier&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;La main appartenait à une vieille tante que je n’avais pas vue depuis une éternité. Je ne peux pas dire que je la croyais morte puisque j’avais oublié jusqu’à son existence. Il lui revenait le trophée de la remarque que je redoutais depuis le début, tout en sachant que je ne pourrais pas y échapper. J’avais eu droit à toute la panoplie «&amp;nbsp;Qu’est ce que tu as grandi&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Tu ressembles de plus en plus à ton père&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Tu te souviens de moi&amp;nbsp;? Pourtant, on s’est vu il y a 20 ans.&amp;nbsp;», etc...&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;Un coup d’oeil à ma montre m’indiqua que j’avais réussi à tenir jusqu’à 22 h 37. Pas mal. Mais voilà, étais-ce à cause de la logorrhée qui s’était déversée dans mes oreilles, du mauvais vin, du saumon que je soupçonnais de ne pas être de la première fraîcheur, des tronches de cons que j’avais supportés à ma table, de la fatigue, la remarque dite sans provocation par cette vieille tante dont j’ignorais le nom provoqua en moi une montée de colère. C’était la goutte proverbiale. J'aurais pu faire le dos rond, sourire poliment à la vieille tante et reprendre ma discussion avec mon verre de vin, à défaut de pouvoir parler à mes compagnons de table.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: left;"&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;&lt;span style="font-family: Georgia,&amp;quot;Times New Roman&amp;quot;,serif;"&gt;J’étais bien. J’avais retiré mes chaussures qui désormais seules sur le plancher avaient cessé de me torturer les pieds. Sans être extraordinaire le repas avait été assez bon, le vin agréable. Certes je m’étais retrouvée à une table composée quasi exclusivement d’informaticiens et ne n'avais pas compris un traître mot de leur conversation. Tout au contraire, je comprenais très bien pourquoi ils étaient tous célibataires. Il doit être difficile de séduire quand vos discours sont composés de termes barbares comme browser, update, protocole java, firewall, processeur cadencé, et autre évolution majeure d’OS. Par chance, je n’étais pas la seule à me sentir perdue, et j’avais trouvé une alliée précieuse pour ma santé mentale en la personne de ma chère soeur Liz. Avec elle j’avais pu tenir des propos censés, mais pas trop complexes non plus, maquillage, chaussures et potins furent au menu. Mais les alliances les plus solides peuvent voler en éclats quand un beau mec vous propose d’aller faire un tour sur la piste de danse. Même si elle n’était pas le moins séduite par le charme ringard du jeune homme, Liz accepta son invitation. Je me retrouvais à nouveau seule, jouant distraitement avec un reste de pain, perdue dans mes pensées, hochant poliment la tête quand un des geeks m’adressait la parole.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;&lt;span style="font-family: Georgia,&amp;quot;Times New Roman&amp;quot;,serif;"&gt;La mariée virevoltait sur la piste au bras de son époux. Je pensais à nos étés dans la maison de nos grands parents, quand ado elle me racontait son mariage idéal. Elle avait l’air d’avoir réalisé son rêve, elle rayonnait. Si elle n’avait pas été ma cousine, si elle n’avait pas insisté pour que je sois là, je ne serais pas venue. Une vague de mélancolie monta en moi. J’étais à deux doigts de quitter la salle pour aller pleurer dans les jardins. Et peut-être, partir.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;&lt;span style="font-family: Georgia,&amp;quot;Times New Roman&amp;quot;,serif;"&gt;L’orchestre cessa de jouer, à la table des mariés quelqu’un se leva, fit tinter son verre et se lança dans un nouveau discours plat, creux, vide, et soporifique. Je ne pouvais plus partir. Je dus attendre la fin des platitudes. De nouveau je me laissais flotter dans des rêveries. Je revoyais les canaux vénitiens. J’y restais longtemps, au point de ne pas m’apercevoir que le génial orateur avait fini depuis longtemps quand du fond de la salle une voix se fit entendre avec fracas.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;&lt;span style="font-family: Georgia,&amp;quot;Times New Roman&amp;quot;,serif;"&gt;— Voyez-vous chère vieille tante dont j’ai oublié le nom, il y a peu de chance que vous assistiez à mes noces. D'abord parce qu’à vous voir ce soir je peux affirmer que vous n’en avez plus pour longtemps sur cette bonne vieille Terre. Impression renforcée par ce que m’a dit ma grand-mère il y a quelques heures. Propos que je n’ose répéter devant vous tant ils étaient chargés de violence. Ensuite, parce que même si je suis sadique je ne souhaite pas imposer au peu d’amis qu’il me reste le genre de torture mentale que je subis depuis des heures. Enfin, et c’est sans doute le plus important, je suis célibataire, et je compte bien le rester le plus longtemps possible. Ce n’est pas une situation que je recherchais, mais la vie en a choisi autrement, et pour tout vous dire je ne m’en porte pas plus mal. Sentiment renforcé après cette soirée passée au milieu de vos têtes compassée, présente et à venir comme dirait l’autre. Le mariage est la dernière chose à laquelle je pense. La première à cet instant précis est le suicide, collectif de préférence, si en plus il pouvait toucher l’ensemble de l’assistance au moment où je vous parle ça serait l’idéal.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;&lt;span style="font-family: Georgia,&amp;quot;Times New Roman&amp;quot;,serif;"&gt;Après une envolée lyrique qui avait réveillé tous ceux que le précédent orateur avait endormis, son auteur quitta la salle.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-3368232744285866952?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/3368232744285866952/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-1.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/3368232744285866952'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/3368232744285866952'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-1.html' title='Chapitre 1'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-654299093496963417</id><published>2010-01-13T07:15:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:37:01.020+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 2</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La vieille tante avait blêmi, et avait perdu de précieux mois d’espérance de vie. Je jetais un regard sur le reste de la salle. Des centaines de paires d’yeux me fixaient, à la fois étonnées par la violence de mes propos, et à deux doigts de fondre en larmes pour les plus sensibles.&lt;br /&gt;J’avais dû forcer ma voix plus que je ne l’avais imaginé. Et forcer un peu mes propos aussi. Je ne pouvais rester dans la salle, ou je risquais de connaître une mort prématurée. Celle de la vieille tante qui suffoquait toujours, et aussi la mienne une fois que ma mère aurait réussi à traverser la piste de danse et se serait jeté sur moi armée de n’importe quel objet contondant. Je me repliais sur la terrasse, espérant que trouver un havre de paix loin de l’agitation que j’avais provoquée.&lt;br /&gt;Je m’installais sur une chaise humide oubliée et me laissais engloutir par l’obscurité.. Je fus pris d’un éclat de rire en repensant à ma diatribe. Je ne pouvais même pas la mettre sur le compte de l’alcool, je n’avais presque rien bu. J’avais beau y repenser je ne comprenais pas pourquoi je m’en été pris avec autant de force à cette vieille femme dont le nom m’échappait toujours. Je savais que j’allais avoir droit à ce genre de question. Je m’y étais préparé. Pas assez de toute évidence. Et puis merde, de toute façon je ne voulais pas venir.&lt;br /&gt;Il ne me restait plus qu’à rentrer, reprendre ma veste et m'éclipser. Le plus dur restait encore à venir. Je regrettais de ne pas avoir pris de cigare. Foutue résolution. Quelle idée j’avais eu d'arrêter. Tout ça pour faire plaisir à quelqu’un qui n’était pas là pour partager mon calvaire. Si j’avais eu un Havane cela m’aurait permis de rester un peu plus longtemps dehors. Je pensais que cela aurait fait une très belle scène dans un film. Américain de préférence. Une comédie forcément. Si j’avais été dans ce film, une très belle jeune femme serait venue me rejoindre sur cette terrasse, pour m’accompagner dans mon exil. Elle aurait été amusée, par mon discours enflammé, et peut-être un peu émue. Elle aurait vu, deviné, sous la colère la douleur, la fêlure, et sous le masque du misanthrope un coeur en or. Elle m’aurait tendu un briquet juste au moment ou j’aurais sorti ce foutu cigare. Nous aurions passé un moment ensemble, un moment privilégié à l’écart de la foule, de la musique disco, de l’inévitable chenille. Puis nous serions partis chacun de notre côté.&lt;br /&gt;J’ai vu trop de films.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il suffit d’un peu de musique pour faire oublier les drames. Le dJ s’est remis au boulot, la piste de danse s’est de nouveau remplie, et tout fut oublié. Ou du moins mis de côté pour un moment, le temps que la fête se poursuive.&lt;br /&gt;— C’est dingue ce qui vient de se passer non&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Liz revint s’asseoir à ma table, délaissant son soupirant, pauvre soupirant.&lt;br /&gt;— C’est le cousin du marié, enfin d’après ce que j’ai compris. Il parait que c’est un con qui n’aime rien ni personne, qui fait la gueule en permanence.&lt;br /&gt;— Qu’est ce que tu en sais, tu le connais&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Liz se vexa. Il est vrai que j'avais été un peu agressive. Elle quitta la table pour rejoindre son bellâtre et le laisser soupirer encore longtemps, en vain. Le temps que je me défoule sur ma camarade, le mystérieux cousin en colère avait disparu.&lt;br /&gt;Attitude tout à fait compréhensible dans sa situation. J’aurais fait la même chose. Pas le discours enflammé, je m’en sentais bien incapable, j’ai déjà du mal à prendre la parole en public, alors pour hurler comme ça, pour jeter toute ma bile sur une vieille tante, et par ricochet sur le reste de l'assistance. Mais si j'avais trouvé le courage de le faire, j’aurais moi aussi pris la porte de sortie sans demander mon reste.&lt;br /&gt;Pourtant à voir comment la soirée avait repris son cours, il aurait pu rester parmi nous, se rasseoir, reprendre la conversation avec ses voisins, là où il l'avait laissée, reprendre un morceau de gâteau, boire une gorgée de vin, et fumer une cigarette avant d’inviter une jolie jeune femme sur la piste de danse pour lui prouver qu’il n’était pas qu’un agitateur, mais aussi un grand danseur. J’aurais pu aller le voir après sa démonstration de disco, je me serais présentée et lui aurait demandé pourquoi il avait fait ce qu’il avait fait. Comment avait-il trouvé le courage de sortir toutes ces choses, et s’il pouvait m’aider à en faire autant&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;J’avais beau fixer sa table, il n’y était plus, son verre était vide, il ne discutait pas avec ses voisins. Il n’était pas plus sur la piste de danse. Je me tournais vers Liz qui n’était pas rancunière, ou qui n'avait pas de mémoire, elle avait déjà quitté son Adrien, qui tirait une tête de trois pieds de long. Elle avait dû mettre un terme à sa pathétique séance de drague en lui révélant qu’elle préférait les filles. Je ne l’écoutais pas vraiment. Elle me disait sans doute à quel point les mecs étaient lourds quand ils se mettent à vouloir emballer, et encore plus lors des mariages, je hochais la tête et faisais des petits bruits pour montrer mon intérêt. Puis il est revenu.&lt;br /&gt;Je l’ai vu rentrer dans la salle, sans chercher à se cacher, marchant droit devant lui. Il est allé jusqu’à sa chaise, a repris sa veste, quelques babioles qui traînaient à côté de son assiette, et afait demi-tour.&lt;br /&gt;Je n’ai pas attendu que Liz finisse son éternel discours sur la nullité masculine. Sans rien dire, je me suis levée. Je n’ai pas pris la peine de me rechausser. J’ai couru au travers des couples qui dansaient enlacés, en bousculant au passage sans m’excuser. Je ne pouvais pas rater ma chance.&lt;br /&gt;Il avait déjà rejoint sa voiture, fouillait dans ses poches à la recherche de ses clefs quand je sentis le froid carrelage de la terrasse sous mes pieds, réalisant que j'avais oublié mes escarpins sous la table, et qu’il allait falloir que j’affronte les graviers de l’allée pour le rattraper. Tant pis.&lt;br /&gt;Je fis de grandes enjambées pour éviter au maximum de m’écorcher la plante des pieds. Je grimaçais à chaque pas. Me retenais de hurler, de pleurer. Il était assis derrière son volant alors que je n'avais pas fait la moitié du chemin. Ce qu’il me restait à parcourir me semblait plus long qu’un marathon.&lt;br /&gt;À force de courage, je finis par atteindre sa voiture avant qu’il ne démarre. Il sursauta quand je frappais à la vitre.&lt;br /&gt;— Vous partez, lui demandai-je&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-654299093496963417?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/654299093496963417/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-2.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/654299093496963417'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/654299093496963417'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-2.html' title='Chapitre 2'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-3479265770012127279</id><published>2010-01-13T07:14:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:37:46.983+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 3</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’évitais de croiser le regard des invités en retournant chercher ma veste, mes clefs, mon téléphone. Je traversais la salle d’un pas sûr. À la table je ne dis rien, et personne ne chercha à me parler. J’enfilais ma veste, et comme j’étais venu, je repartis sans un mot, sans un regard.&lt;br /&gt;J’aurais aimé une pleine lune, et un petit vent frais. J’aurais remonté le col de ma veste pour me protéger. J’aurais traversé l’allée de gravier sous la lueur blafarde de l’astre nocturne. Arrivé à ma voiture je me serais retourné vers la salle de réception. La belle jeune femme dont j’avais rêvé un peu plus tôt m’aurait fait un geste de la main. Fier je n’aurais rien fait, rien dit. Elle n’aurait eu droit qu’à mon profil baigné par cette lumière blanche. Elle aurait alors deviné un sourire. J’aurais ouvert la portière et j’aurais jeté un coup d’oeil dans le rétro pour la voir rentrer dans la salle. J’aurais mis le contact et serais parti, la laissant là.&lt;br /&gt;Le ciel était couvert, l’allée était éclairée par des lampadaires, et il ne faisait même pas froid. J’ai traversé l’allée en shootant dans les graviers. Je ne me suis pas retourné avant de monter dans ma voiture. J’ai mis le contact sans regarder dans le rétro. J’allais partir quand elle frappa à la vitre.&lt;br /&gt;— Vous partez, me demanda-t-elle après m’avoir fait sursauter&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Visiblement, répondis je les mains sur les clefs de contact.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Visiblement, me répondit-il, avec un brin de moquerie dans la voix.&lt;br /&gt;Il avait raison de se moquer. Je savais pertinemment qu’il partait. C’est pour ça que j’avais couru à m’en faire saigner les pieds. Pour lui parler avant qu’il ne disparaisse.&lt;br /&gt;Maintenant que je me trouvais devant lui, je ne trouvais rien d’autre à lui dire, rien d’autre que cette question idiote.&lt;br /&gt;Qu’est ce que je voulais lui dire&amp;nbsp;? Il était temps d’y penser maintenant que je me trouvais devant lui. Pourquoi lui avais-je couru après&amp;nbsp;? Qu’est ce qu’il s’était passé dans ma tête pour que je fasse cette chose qui me ressemblait si peu&amp;nbsp;? Pourtant, je ne pouvais plus le laisser partir.&lt;br /&gt;— Vous allez où&amp;nbsp;? demandais-je&lt;br /&gt;— Me coucher, répondit-il, lapidairement.&lt;br /&gt;— Chez vous&amp;nbsp;? Je réalisais en la posant tout les sous-entendus qu’il pouvait y avoir dans cette question.&lt;br /&gt;— Je me tâte encore. J’ai réservé une chambre pas loin, mais ça ne me dit plus trop d’y passer la nuit.&lt;br /&gt;— Pourquoi&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Question d’hygiène. S’il devait y avoir un classement des chambres d’hôtel le s plus sales du monde, elle serait dans les cinq premières.&lt;br /&gt;À ce moment-là, j’ai franchi la ligne qu’une fille bien ne doit jamais franchir. J’ai fait le tour de la voiture, ai ouvert la portière passager, me suis installée sur le siège, me suis tournée vers lui, il était tout étonné par mon geste, et le fut encore plus quand je lui demandais:&lt;br /&gt;— Je peux la voir&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-3479265770012127279?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/3479265770012127279/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-3.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/3479265770012127279'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/3479265770012127279'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-3.html' title='Chapitre 3'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-5325662672066484600</id><published>2010-01-13T07:13:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:38:11.647+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 4</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Je peux la voir&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Que doit-on répondre quant au terme d’une soirée déplorable, que l’on aimerait pouvoir rayer de ses souvenirs, voire remonter le temps pour éviter d’y aller et faire toute autre chose, ne serait-ce que rester dans son canapé à regarder de la mauvaise télévision, alors que l’on est sur le point de rentrer chez soi pour ruminer en solitaire une colère qui ne veut pas mourir, que faire quand une belle jeune femme, qui quelques instants plus tôt n’était qu’un fantasme lié à une sur-consommation de films, s’invite dans votre véhicule et vous demande si elle peut voir à quoi ressemble la chambre d’hôtel minable dans laquelle vous aviez prévu de passer la nuit si vous étiez allé jusqu’au bout de votre plan, à savoir boire un maximum en un minimum de temps&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;On commence par réfléchir un moment, le temps d’un battement de coeur et on dit oui avant qu’elle ne réalise ce qu’elle vient de faire.&lt;br /&gt;Bien sûr il y a de grandes chances qu’elle prenne ses jambes à son cou en voyant l’état de ladite chambre, la poussière, les toiles d’araignées, la moisissure, l’odeur fétide et tout ce qui fait le charme brut de décoffrage de cet hôtel, mais au moins j’aurais eu une charmante compagnie pendant le trajet.&lt;br /&gt;— Vous êtes pieds nus.&lt;br /&gt;— C’est un détail, et puis c’est de votre faute. J’ai beaucoup aimé votre discours, et je ne pouvais pas vous laisser partir sans vous le dire. Dans ma précipitation, je n’ai pas pris le temps de remettre mes chaussures. De toute façon, elles me faisaient mal. Je ne regrette pas de les avoirs abandonnées derrière moi.&lt;br /&gt;— Vous avez aimé mon discours&amp;nbsp;? Vous devez être la seule personne de toute l'assistance.&lt;br /&gt;— J’ai trouvé audacieux de se montrer aussi méchant en pareille circonstance.&lt;br /&gt;— Quelles que soient les circonstances il est difficile d’aller contre sa nature.&lt;br /&gt;— Vous ne me ferez pas croire que vous êtes quelqu’un de méchant.&lt;br /&gt;— Ne me forcez pas à vous en convaincre.&lt;br /&gt;— Que feriez-vous&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Je vous abandonnerais sur le bord de la route, en pleine nuit, pieds nus.&lt;br /&gt;— Vous voyez, vous en plaisantez. Un vrai méchant n’en rigolerait pas comme vous le faites.&lt;br /&gt;— Je le fais peut-être exprès pour vous tromper, vous mettre en confiance avant de vous démembrer et d’enterrer les morceaux dans la forêt. Je pense déjà aux enquêteurs qui s’interrogeront sur le fait que vous n’ayez pas de chaussures.&lt;br /&gt;— Vous n’arriverez pas à me convaincre que vous n’êtes tout au plus qu’un homme un peu en colère. Vous êtes loin d’être un assassin.&lt;br /&gt;— Vous êtes profileuse&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Non, médecin. Je m’appelle Claire.&lt;br /&gt;— Marc, homme en colère, pas serial killer, juste employé de bureau.&lt;br /&gt;Étrange conversation que la nôtre sur cette route de campagne déserte où les phares de ma voiture perturbaient la nuit, dérangeaient les sous-bois.&lt;br /&gt;L’auberge miteuse était en vue. Je me garais dans la cour. Descendis, Claire en fit de même. Je faisais tourner les clefs de ma chambre dans ma main alors que nous montions les escaliers. Déjà ma compagne pouvait se rendre compte de l’état de délabrement de l’endroit. Je lui épargnais la visite des sanitaires sur le palier, occupés en permanence par une colonie d’insectes divers, vivant en bonne harmonie dans ce recoin du monde où les produits d’entretien avaient été bannis depuis des décennies. La vision de ma chambre devait lui suffire à avoir des hauts le coeur et des cauchemars traumatisants pour des années.&lt;br /&gt;— En effet, c’est folklorique, lâcha-t-elle sur le pas de la porte en découvrant l’étendue des dégâts.&lt;br /&gt;— Je n’aurais pas dit ça comme ça.&lt;br /&gt;— Avouez que ça mérite le détour. Ça fait des souvenirs&lt;br /&gt;— Et des mycoses, des allergies, et toutes sortes d’autres joyeusetés.&lt;br /&gt;— Vous êtes obligés de voir tout en noir.&lt;br /&gt;— Non, en l'occurrence je vois plutôt ça en gris poussière, et brun rouille, et vert moisissure. Franchement, vous passeriez une nuit dans un endroit pareil?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il ne m’avait pas menti, il avait trouvé le pire hôtel possible. Un taudis, un bouge. De l’extérieur, dans la nuit, il était dur d’imaginer l’état avancé de décrépitude de l’établissement. Une fois la porte d’entrée passé la seule envie que l’on a c’est de faire demi-tour. Ou d’y mettre le feu pour tuer la vermine. Il n’y a aucun espoir de rendre l’endroit vivable avec des moyens classiques.&lt;br /&gt;Je le suivais dans l’escalier en n’osant pas poser la main sur la rampe que je devinais poisseuse. Quand il rentra dans la chambre, je restais sur le pas de la porte. Il alla s’asseoir sur le lit, ce qui fit apparaître un nuage de poussière.&lt;br /&gt;J’avais beau plaisanter, je trouvais l’endroit dégoûtant. Et je n’y aurais pas passé une nuit, pour tout l’or du monde.&lt;br /&gt;— Pourquoi pas, il faut savoir se monter aventureux, lui répondis je pourtant par jeu.&lt;br /&gt;— Inconscient oui. Vous vous rendez compte que les draps n’ont pas du être changé depuis des années, et portent les traces de tous les fous qui y ont passé la nuit au cours de la décennie écoulée, voire plus. Il aurait fallu que mon taux d’alcool soit plus élevé pour que je dorme dans ce lit. Déjà m’y asseoir relève de l’exploit. Et je note que vous-même n’osez pas rentrer dans la chambre.&lt;br /&gt;Il avait vu juste. Il ne me tardait qu’une chose, que l’on ressorte de cet endroit. J'avais l’impression que plus je passais de temps, plus la saleté s'imprégnait en moi, et qu’il me faudrait passer des heures sous la douche pour la faire partir.&lt;br /&gt;— Qu’est ce que vous allez faire&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Rentrer chez moi. Et le plus tôt possible, j’en ai pour une bonne heure de route.&lt;br /&gt;— Ça vous dérangerait de me reconduire chez moi&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Il accepta, et sans attendre nous sommes redescendus jusqu’à sa voiture, et nous reprîmes la route.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-5325662672066484600?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/5325662672066484600/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-4.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/5325662672066484600'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/5325662672066484600'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-4.html' title='Chapitre 4'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-6320057432197413291</id><published>2010-01-13T07:12:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:38:30.202+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 5</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si je ne m’imaginais pas passer la nuit dans cette chambre miteuse, je ne m’imaginais pas non plus passer plus de temps avec Claire. Je me voyais la raccompagner à la soirée du mariage, lui dire au revoir, adieu, et reprendre la route. Le destin farceur&amp;nbsp; sait parfois se montrer sympathique. Elle en a choisi autrement.&lt;br /&gt;Nous avons quitté la chambre, je n’ai pas pris la peine de la fermer, si un inconscient voulait en profiter... J’ai posé la clef sur le comptoir et j’ai rejoint Claire qui m’attendait à côté de ma voiture. Elle sautillait d’un pied sur l’autre pur se réchauffer. Elle m’amusait, pieds nus dans sa jolie robe.&lt;br /&gt;— Vous fumez, lui demandais-je en sortant les clefs de ma poche&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Pas du tout, et vous&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Non plus. C’est dommage.&lt;br /&gt;— Pourquoi&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Pour rien, juste une idée comme ça.&lt;br /&gt;Je déverrouillais les portières. Elle s'engouffra aussitôt dans le véhicule. Elle se mit à se masser les pieds, les épousseter.&lt;br /&gt;— Vous êtes sûre que vous ne voulez pas que l’on aille chercher vos chaussures&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Non, tout va bien, dans quelques minutes nous serons chez moi.&lt;br /&gt;Je démarrais, et nous retrouvâmes cette route déprimante, sombre, rectiligne, soporifique. J’allumais la radio machinalement. Un journaliste égrainait des résultats sportifs, avant de laisser la place à un chanteur à la mode, mais sans intérêt, que tout le monde aura oublié d’ici quelques mois.&lt;br /&gt;— Vous n’avez pas autre chose à nous mettre dans les oreilles, me demanda-t-elle&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Je l’invitais à fouiller dans la boite à gant pour y trouver un CD qui lui conviendrait mieux. Elle tomba sur un Sinatra que j’avais oublié. Elle le glissa dans le lecteur et la voix de velours du crooner emplit l’habitacle. Nous restâmes silencieux pour en profiter. Elle rompit cette communion païenne par une phrase qui me prit par surprise.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Mon père était médecin.&lt;br /&gt;Nous venions de quitter le taudis qui portait le nom d’hôtel où Marc avait prévu de passer la nuit au péril de sa vie, du moins de sa santé.&lt;br /&gt;J’avais demandé s’il avait de la musique pour ne pas être obligé de subir les idioties radiophoniques qui me polluaient les conduits auditifs. Dans sa boite à gant, je trouvais un CD de Sinatra.&lt;br /&gt;C’était peut-être à cause de Ol’ Blue Eyes que j'avais lâché cette phrase. Comme ça, sans préambule, sans explication. Elle était sortie tout simplement. Naturelle. Évidente.&lt;br /&gt;Fly Me To The Moon sortait des hauts parleurs, la route défilait sous la lueur des phares. Entre deux arbres la Lune perçait les nuages, et venait frapper de sa lueur particulière le profil de mon chauffeur, éveillant en moi les souvenirs de mon père.&lt;br /&gt;À plusieurs reprises j'étais partie avec lui sur les routes de campagne en pleine nuit, quand il était de garde et qu’il était appelé d’urgence au fin fond de nulle part. Il détestait conduire de nuit, alors quand je fus en âge de conduire je lui servais de chauffeur les nuits où je n’arrivais pas à dormir. Il grattait à ma porte quand il voyait de la lumière. Le plus souvent il me trouvait assise dans mon lit, un livre à la main.&lt;br /&gt;— Tu veux faire un tour, me demandait-il&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Je sautais hors du lit, enfilais un pantalon, un tee-shirt, un pull et je l’accompagnais.&lt;br /&gt;Il mettait une K7 de Brassens et me racontait ses études de médecine alors que nous roulions dans la nuit noire, ne croisant que quelques sangliers égarés sur les routes désertes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Mon père était médecin, ai-je donc dit dans cette voiture qui filait au milieu de la nuit avec ce quasi inconnu au volant.&lt;br /&gt;Qu’est-ce que je cherchais à dire&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Qu’est ce que je voulais raconter&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Où étais-je allée chercher cette phrase&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Pas seulement dans les souvenirs de mes escapades nocturnes avec mon médecin de père. Celles où je conduisais, comme celles où je n’étais qu’une simple passagère, toute heureuse de le suivre dans l’intimité de la nuit.&lt;br /&gt;Si mon père était remonté à la surface de ma mémoire aussi facilement, au point de ma sentir obligée de l’évoquer à haute voix, c’était aussi parce que celui qui conduisait, et que j’avais suivi sans me poser de question, me l’avait rappelé dans sa colère.&lt;br /&gt;Combien de fois mon père était-il rentré après une journée de travail en jetant sa sacoche sur son vieux fauteuil en pestant contre ses malades et l’humanité en général.&lt;br /&gt;Chez lui la colère était un état naturel. Il lui fallait&amp;nbsp; raler, pester, maugréer contre quelqu’un ou quelque chose.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Je suis misanthrope. Et masochiste. Je déteste les hommes et j’ai choisi de les aider en étant médecin. C’est normal que je sois de mauvaise humeur, disait-il à ma mère quand elle lui reprochait ses excès d’humeur.&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;Lui aussi se permettait d’être désagréable dans les grandes occasions, de faire des sorties mémorables lors des réunions de famille. Malgré tout cela, tout le monde l’aimait, et continuait à l’inviter.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Mon père était médecin, ai-je dit.&lt;br /&gt;Je n’attendais pas de réponse. Je n’attendais pas à ce que cela lance la conversation. Ce n’était pas une manoeuvre pour ne pas laisser le silence s’installer. Un silence fait de Sinatra et Count Basie n’a rien de gênant.&lt;br /&gt;— Mon père faisait des saucisses.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-6320057432197413291?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/6320057432197413291/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-5.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/6320057432197413291'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/6320057432197413291'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-5.html' title='Chapitre 5'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-7227763267621479617</id><published>2010-01-13T07:11:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:38:52.529+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 6</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne pense pas qu’elle a cherché à m'impressionner en me parlant de son père médecin. Je ne l’ai pas pris comme ça. Pourtant, je n’ai pas pu m'empêcher de lui répondre que mon père à moi faisait des saucisses. J’aurais pu dire qu’il était boucher-charcutier, mais ce qui m’est venu à l’esprit ce sont les saucisses.&lt;br /&gt;— Des saucisses, demanda-t-elle intriguée&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Oui des saucisses. Et pas seulement. Du boudin, du pâté, du fromage de tête, toutes sortes de charcuteries. Il était boucher-charcutier. Toute ma jeunesse, je l’ai passée entre les carcasses de boeufs, les têtes de cochons, la cervelle d’agneau et les saucisses.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Il y a quelque chose de magique dans la saucisse. Ne riez pas. Je ne sais pas où j’ai entendu ça, mais il parait que le grand public doit ignorer comment on fait les lois et les saucisses. Je ne sais pas comment on fait les lois, mais j’ai vu se fabriquer des kilomètres des saucisses. C’est une vraie discipline artistique. Il faut savoir choisir et préparer le boyau, le laver, le glisser sur l’embout de la machine à saucisses avec délicatesse pour ne pas l’endommager. Puis il faut remplir ce boyau avec la chair à saucisse, trouver le bon rythme de manivelle pour qu’elle n’arrive pas trop vite et fasse éclater la saucisse, et pas trop lentement pour ne pas créer des bulles d’air. Mon père faisait ça avec classe. Je pouvais le regarder des heures tourner sa manivelle d’une main et de l’autre façonner la saucisse. Il y a tout un art du façonnage de la saucisse, faire tourner les boyaux remplis de chair pour former des chapelets. C’est aussi beau que de faire des animaux avec des ballons de baudruche. Vous ne pouvez pas vous imaginer comme c’est beau un chapelet de saucisses pendu à un esse de boucher à la devanture d’une boucherie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n’avais pas repensé à ses souvenirs d’enfance depuis longtemps. Pourtant en un instant les odeurs, les images de cette époque révolue sont remontées à mon esprit. J’étais à nouveau dans la cour de la boucherie, assis sur le haut tabouret en bois, regardant mon père travailler.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les premières lueurs de la ville apparaissaient au bout de la route. Marc s'était tu après avoir raconté sa belle histoire de saucisses. Oui, il était possible qu’une histoire de saucisses soit belle, quand elle porte en elle le regard émerveillé d’un fils, quand elle est l’expression pure d’un souvenir d’enfance.&lt;br /&gt;J’avais toute une série de questions à lui poser. Elles se bousculaient dans ma tête. Pourtant, je n’osais pas interrompre son silence.&lt;br /&gt;— Donc votre père était médecin.&lt;br /&gt;Il m’avait surpris avec sa question. J’avais presque oublié ce que je lui avais dit quelques minutes plus tôt.&lt;br /&gt;— Oui, un médecin de famille.&lt;br /&gt;— C’est pour ça que vous êtes devenue médecin à votre tour.&lt;br /&gt;— Sans doute.&lt;br /&gt;— C’est beau. Moi je n’aurais jamais pu suivre les pas de mon père.&lt;br /&gt;— Pourquoi&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Déjà parce que je n’aurais jamais su faire d’aussi belles saucisses que lui. Et puis parce que je trouvais qu’il faisait un métier à la con.&lt;br /&gt;— Vous êtes dur avec lui.&lt;br /&gt;— Je ne dis pas qu’il était con, ou que ce qu’il faisait était con. Je dis que le métier était un métier à la con. Vous ne trouvez pas triste que les seuls souvenirs d’enfant que j’ai de mon père soient ceux où je le regardais travailler. Je ne me souviens pas de vacances au bord de la mer, de journées à jouer au foot, bon bien sûr j’ai horreur du foot et de toute forme de sport, mais vous voyez ce que je veux dire. Ce boulot lui a bouffé sa vie de famille. Il se levait bien avant moi, quand il rentrait le soir, il était trop fatigué pour passer du temps avec moi, ne serait-ce que pour m’engueuler parce que je n’avais pas fini mes devoirs.&lt;br /&gt;— Vous en avez tout de même parlé avec émotion. C’était très beau ce que vous avez dit.&lt;br /&gt;— Merci.&lt;br /&gt;— Je le pense vraiment.&lt;br /&gt;Je ne pouvais pas lui dire que j’étais jalouse de la façon toute simple, et touchante qu’il avait de parler de son père. J’étais incapable d’en faire autant. En tout cas à ce moment-là.&lt;br /&gt;Nous rentrions dans la ville. Je guidais Marc au travers des rues jusqu’au bas de mon immeuble. Je sortais de la voiture. Il descendit à son tour.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-7227763267621479617?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/7227763267621479617/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-6.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/7227763267621479617'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/7227763267621479617'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-6.html' title='Chapitre 6'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-2781821297791616699</id><published>2010-01-13T07:10:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:39:13.898+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 7</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le trottoir aurait pu être humide, la lumière des réverbères aurait pu s’y refléter. Elle aurait pu ressembler à Lauren Bacall. Moi j’aurais pu ressembler à Humprhey Bogart. J’aurais dû ressembler à Bogart. Nous aurions pu être dans un film en noir et blanc des années 50, et en toute logique nous aurions pu échanger un long baiser langoureux au bas de cet immeuble.&lt;br /&gt;J’ai vu trop de films américains. Pourquoi faut-il que j’aie toujours ce genre de fantasme en tête&amp;nbsp;? Je suis à ce point intoxiqué par l’industrie du rêve américain qu’il m’arrive de penser en noir et blanc, et avec des sous-titres.&lt;br /&gt;Claire fit le tour de ma voiture. Elle se tenait sur la pointe des pieds. Ce n’est pas Lauren Bacall qui fut la Comtesse aux pieds nus, mais Ava Gardner. En plus, le film est en couleur. Mon fantasme ne cadrait plus avec la réalité. Il ne me restait plus que Bogart.&lt;br /&gt;— Qu'est-ce qui vous fait sourire, me demanda-t-elle&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Rien, des pensées idiotes.&lt;br /&gt;— Vous voulez m’en parler autour d’un dernier verre&amp;nbsp;? Peut-être qu’elles ne sont pas aussi idiotes que ça.&lt;br /&gt;Avais-je envie de boire un dernier verre&amp;nbsp;? Je n'avais pas bu tant que ça, je pouvais me le permettre. Et quand bien même, ce n’est pas le genre de proposition que l’on refuse. J’ai toujours été très curieux, c’est un vilain défaut, mais je suis un mauvais garçon qui fait mourir les vieilles tantes en les insultant devant une centaine de personnes, et quand il est question de découvrir l'intérieur des appartements des inconnues, je ne sais pas dire non.&lt;br /&gt;Claire tapota le code d’entrée, et poussa la lourde porte d’un coup d’épaule. Je la suivis dans les escaliers, manquant aux règles élémentaires de la galanterie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il se mit à sourire. Il avait un sourire charmant. Alors, je l’ai invité à monter. Je ne voulais pas le laisser partir. Je savais que s’il remontait dans sa voiture, je ne le révérais sans doute jamais. Il redeviendrait un inconnu. Je ne saurais jamais pourquoi il était sorti de ses gonds, pourquoi il souriait sur ce trottoir, devant chez moi, les mains dans les poches, alors qu’il ne me tardait qu’une chose, me passer les pieds sous l’eau chaude et enfiler des pantoufles.&lt;br /&gt;Marc me suivit jusqu’à chez moi. Je l’installais au salon pendant que j’allais me soigner mes pieds, en espérant qu’ils me pardonneraient du traitement que je leur avais fait subir toute la journée.&lt;br /&gt;Quand je revins dans le salon, je trouvais Marc devant la vieille photo de mes grands parents que m’avait donnée mon père pour mes 20 ans, en me disant qu’il me souhaitait de vivre une aussi belle vie qu’eux.&lt;br /&gt;— Ce sont mes grands parents, dis-je.&lt;br /&gt;Marc se retourna, surpris par mon intervention.&lt;br /&gt;— Ce sont mes grands parents du côté de mon père, poursuivis-je. J’étais toute jeune quand ils sont morts. Je n’en ai que peu de souvenirs. Juste des impressions et une histoire qui tient plus de la légende familiale.&lt;br /&gt;— Je peux l’entendre&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Même s’il ne me l’avait pas demandé, je l’aurais fait. J’aimais beaucoup cette histoire, et je n’avais que peu d’occasions de la raconter.&lt;br /&gt;— Mon grand-père a toujours vécu en Provence. Comme ses parents, et les parents de ses parents avant. Il a grandi dans une ferme, entre les poules et les cochons. Un petit coin de paradis sur terre, qui a disparu aujourd’hui, mais qui a réussi à le rester pendant la guerre. Ou quelque chose d’approchant, un espace un peu protégé, loin de la folie du monde à cette époque. Un havre où mes arrières grands parents ont accueilli une famille de réfugiés.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;C’étaient des amis d’amis, de vagues connaissances, un couple et trois enfants qui pendant quelques années ont fait partie de la famille, partageant la table, et le travail de la ferme pour les parents, et les bancs de l’école pour les enfants.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Les premiers temps furent un peu difficiles, l’adaptation à cette nouvelle vie demandait des efforts. Avec les “invités” qui venaient avec trois enfants, deux garçons et une fille, il y avait désormais 11 personnes dans la ferme, mon grand père ayant quant à lui deux soeurs. Trois garçons dans la même chambre, cela peut se révéler très chaotique. Ce qui n’est rien à côté des trois filles cohabitant. Mais tout se régula petit à petit. La nouvelle grande famille trouva ses marques, son rythme. En quelque sorte, ils expérimentaient le concept de famille recomposée. Jusqu’à la fin de la guerre, la ferme vibra au son des rires des enfants.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Même dans les heures les plus sombres de l’histoire, on peut trouver des souvenirs lumineux, des souvenirs que l'on chérit, que l’on garde comme un trésor. À la fin de la guerre, mon grand-père avait 13 ans. Françoise, la jeune fille des “invités”, en avait 12. Tout au long des 4 années qu’ils avaient passées l’un à côté de l’autre, ils avaient appris à s’apprécier. Alors, quelques jours avant que la grande famille ne se sépare, dans l’obscurité d’une grande, au milieu des foins tout juste rentrés, ils ont échangé leur premier baiser.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Trois semaines plus tard, elle partait avec sa famille. Retour dans la capitale. Malgré les liens tissés pendant la guerre, ils devaient se séparer. Ils ne se revirent plus. Bien sûr les parents s’écrivaient régulièrement, mais les distances à l’époque paraissaient infranchissables.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-2781821297791616699?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/2781821297791616699/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-7.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/2781821297791616699'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/2781821297791616699'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-7.html' title='Chapitre 7'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-6645550302838951119</id><published>2010-01-13T07:09:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:39:34.631+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 8</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Claire s’excusa. Elle devait m’abandonner, ses pieds réclamaient un petit peu d’attention. Elle m’invita à m’installer dans un des fauteuils. Je la laissais s'éclipser et profitais de son absence pour inspecter son intérieur.&lt;br /&gt;Avant de me monter indiscret, je me suis arrêté pour regarder par la fenêtre, la rue en contrebas, la petite place avec ses bancs publics, ses deux pauvres arbres, le clocher de l’église au loin. Le quartier avait l’air d’être agréable à vivre.&lt;br /&gt;Mon regard fut attiré par une photo accrochée à côté de la fenêtre. C’était une belle photo d’antan, noir et blanc fané, bord cranté, dans un joli cadre tout simple.&lt;br /&gt;Le cliché n’était pas posé comme souvent les photos anciennes. Sur un drap posé sur l’herbe, entouré de verres, d’assiettes, de saladiers, un couple souriait à l’objectif. Ils devaient avoir une vingtaine d’années. Lui arborait une belle moustache noire, bien fournie. Il était en bras de chemise, il entourait de son bras musclé les épaules de la jeune femme. Elle avait rassemblé ses longs cheveux en une tresse qui retombaient sur son épaule. Elle portait une robe à fleurs toute simple. On devinait dans ce portrait le printemps naissant, et l’affection que ces deux jeunes personnes se portaient l’une à l’autre.&lt;br /&gt;— Ce sont mes grands parents.&lt;br /&gt;La voix de Claire me surprit. Je me tournais vers elle. Elle avait quitté sa robe de soirée pour enfiler un pull léger et un jean, et surtout des pantoufles. Elle souriait, et quelque chose se mit à briller dans ses yeux.&lt;br /&gt;— Ce sont mes grands parents du côté de mon père. J’étais toute jeune quand ils sont morts. Je n’en ai que peu de souvenirs. Juste des impressions, et une histoire qui tient de la légende familiale.&lt;br /&gt;Claire déroula l’histoire de ses grands-parents paternels, comme une leçon bien apprise. Non, plutôt comme un récit maintes fois entendu, jusqu'à ce qu’il s’inscrive de manière indélébile dans sa mémoire, qu’il fasse partie d’elle-même jusqu’au plus profond de chaque fibre de son corps.&lt;br /&gt;Cette histoire, cette légende comme elle l’avait dit, résonnait en elle d’une étrange façon. Elle vibrait en me la racontant. Je la regardais s’agiter sur le canapé, faire des moulinets avec les bras, sans cesse replacer ses cheveux derrière son oreille d’un geste délicieux.&lt;br /&gt;— Dieu réunit ceux qui s’aiment. En tout cas, c’est ce que dit la chanson. Et puis vous ne pensez pas que l’histoire finit dans cette grange. Ils se sont revus. Des années plus tard. Mon grand-père était monté à Paris pour je ne sais quelle raison. Il trainait dans un café avec des amis quand il l’a vue passer dans la rue. Il ne l’a pas reconnue immédiatement. C’est son frère qui l’a fait sortir du café. Il l’a interpellé sur le trottoir. Ils se sont retournés, et là il s’est souvenu d’elle, de ces années de guerre, de la grange.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Ils ont passé la soirée ensemble, tous les trois, se racontant leur vie depuis qu’ils s’étaient quittés. Ils ont ri. Ils ont pleuré aussi. Ils n’ont pas dormi de la nuit, attendant dans la gare le train qui ramènerait mon grand-père vers sa ferme. Sur le quai Françoise et lui ont échangé un deuxième baiser. Moins innocent que le premier.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Ai-je besoin de vous raconter la suite? Ils se sont revus. Ils se sont écrit. Ils se sont mariés. Ils ont eu des enfants, des petits enfants.&lt;br /&gt;Elle était belle son histoire. Elle aurait pu en faire un superbe scénario, sans changer grand-chose. J'imaginais Lubitch prenant en main cette comédie romantique.&lt;br /&gt;— C’est une photo que j’aime beaucoup. La seule chose que je garde d’eux.&lt;br /&gt;Je comprenais pourquoi. Si j’avais eu une belle histoire comme ça dans ma famille, j’aurais moi aussi accroché une vieille photo sur l’un des murs de mon appartement. J’avais beau chercher, je ne trouvais pas d’exemples identiques dans ma famille. J'avais quelques belles histoires, mais pas d'histoires romantiques&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Quel est votre poison?&lt;br /&gt;Marc semblait se perdre dans ses pensées. C’était de ma faute, je n’aurais pas dû lui raconter cette histoire. Pas si tôt. C’était une histoire de fin de soirée. D'un autre côté, la soirée était déjà bien avancée. Il n’allait pas tarder à être demain. Il fallait que je le ramène sur terre. Puisqu’il était monté pour boire un dernier verre...&lt;br /&gt;Il me regarda longuement avant de répondre.&lt;br /&gt;— La même chose que vous.&lt;br /&gt;— Alors, ce sera un whisky.&lt;br /&gt;J’attrapai un verre, y fis tomber deux glaçons qui tintèrent, débouchais une bouteille de Johnny Walker et en versais une bonne rasade. Je renouvelais l’opération pour moi et vins le rejoindre. Je lui tendis son verre. Il le fit tourner en plongeant son regard dans le liquide ambré. J’en bus une gorgée avant de m’asseoir dans le canapé.&lt;br /&gt;— Pourquoi vous avez souri tout à l’heure, lui demandais-je?&lt;br /&gt;— Sans raison.&lt;br /&gt;— Il y a toujours une raison pour ce genre de chose. C’est à cause de mes pieds nus.&lt;br /&gt;— En partie.&lt;br /&gt;— Quelle partie?&lt;br /&gt;— Celle où je pense à Ava Gardner.&lt;br /&gt;— La Comtesse aux pieds nus. C’est plutôt flatteur si je vous fais penser à elle.&lt;br /&gt;— Je ne voudrais pas être désagréable, mais je pense presque tout le temps aux films des années 50, pas seulement quand je suis avec une femme qui se balade sans chaussure. Tout à l’heure quand je vous ai demandé si vous fumiez, c’est parce qu’un peu avant, sur la terrasse du restaurant, après mon coup d’éclat, j'avais imaginé qu’une belle jeune femme serait venue me rejoindre, et m’aurait demandé du feu. Comme dans un film américain.&lt;br /&gt;— Et sur le trottoir vous avez pensé à Ava Gardner?&lt;br /&gt;— Entre autres choses.&lt;br /&gt;— Et quelles sont les autres choses?&lt;br /&gt;— Bogart, l’ambiance des films noirs, Lauren Bacall...&lt;br /&gt;— Étrange façon de penser.&lt;br /&gt;— Ça permet d’embellir la vie. De se faire de belles histoires dans les situations désagréables.&lt;br /&gt;— Comme quoi?&lt;br /&gt;Marc arrêta de faire tourner son verre. Il but une gorgée de whisky. Fit une grimace. Parut réfléchir.&lt;br /&gt;— Vous vous souvenez de votre premier rendez-vous amoureux?&lt;br /&gt;Il ne me laissa pas le temps de lui répondre. Je ne pense pas qu’il attendait une réponse.&lt;br /&gt;— Je m’en souviens très bien, mais si je vous le racontais ce soir, je suis sûr que ce ne serait pas la version la plus honnête de l'événement. Je ne chercherais pas à vous mentir, mais les images qui me viendraient à l’esprit auraient des teintes noir et blanc. Il y aurait quelques emprunts à des auteurs du Hollywood de la grande époque.&lt;br /&gt;— Quand la légende est plus belle que la vérité... Racontez-moi la légende.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-6645550302838951119?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/6645550302838951119/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-8.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/6645550302838951119'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/6645550302838951119'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-8.html' title='Chapitre 8'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-5629202623570488203</id><published>2010-01-13T07:08:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:39:53.748+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 9</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Claire s’enfonça dans le canapé. Leva son verre devant ses yeux. Me sourit au travers.&lt;br /&gt;— Racontez-moi la légende.&lt;br /&gt;Je ne pouvais m’en prendre qu’à moi même. Si je ne voulais pas me replonger dans ces souvenirs, il ne fallait pas que je lui tende cette perche. Elle l’avait attrapée avec classe. Comment résister à cette invitation?&lt;br /&gt;— Je levais les yeux pour découvrir Audrey Hepburn. J’exagère un peu, même beaucoup en réfléchissant. Sophie était brune et un visage fin, et c’est tout ce qu’elle avait en commun avec l’actrice qui avait hanté mes rêves des années durant. Ces yeux étaient plus pétillants, son sourire plus éclatant, elle était plus grande, avait plus de formes, et une voix un brin rocailleuse. Je n’aurais pas dû être surpris, je la connaissais bien. Nous avions passé des heures assis sur les mêmes bancs de la fac. Pourtant ce soir-là, nous étions loin des bancs de la fac, et elle m’a surpris. Il fallait peu de chose pour que je le sois. Une petite robe noire, cette indispensable petite robe noire, un rien qui change tout, et qui m’a fait la voir sous un tout autre jour.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Sophie refusa de prendre un taxi, elle préférait marcher et profiter du trajet pour admirer la ville. Celle-ci s’endormait juste, les lampadaires éclairaient notre route. Nous ne parlions pas. Il nous fallut une bonne demi-heure pour arriver au restaurant, juste le temps pour que l’on soit frigorifié. J’appréciais à sa juste valeur la douce chaleur qui m’enveloppa quand nous avons poussé la porte du restaurant.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Sophie ôta son long manteau, je lui en voulus aussitôt d’offrir aux yeux de tous ce que je croyais m’être réservé.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Le maître d’hôtel nous conduisit à notre table. J’ouvrais le menu, et parcourais la liste des plats qui me promettaient tous une farandole de plaisirs sur mes papilles.&lt;br /&gt;Du fond de la salle montait la musique d’un groupe de jazz. Elle couvrait juste les conversations des tables voisines. Tout se prêtait aux dîners intimes, les lourdes tentures, les bougies qui éclairaient les tables, et pardessus leur lueur je décorais du regard Sophie, qui m’apparaissait de plus en plus belle.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Pendant qu’elle dévorait son foie gras, et que je picorais mes huîtres chaudes au champagne, nous échangions des propos sans importance. Mais avec élégance, humour, subtilité.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Mon carré de biche aux morilles arriva, suivi de près par son filet de veau aux truffes. Je me régalais de mon gibier, de sa sauce et des champignons qui l’accompagnaient. Sophie me demanda si elle pouvait piocher dans mon assiette, et avant que j’aie pu répondre piqua un bout de biche de sa fourchette. En échange j’eus droit à une bouchée de veau, tout aussi savoureux que ce qui se trouvait dans mon assiette.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Elle me raconta son année à New York. Je buvais ses paroles. Elle savait raconter une histoire. En attendant nos fondants aux chocolats, elle me déroula le fil de son année d’exil. Son petit appartement, ses trajets en métro, les spectacles off-off-Brodway, son initiation au base-ball par son boyfriend du moment, son périple coast to coast dans une décapotable avec un autre boyfriend, ses après-midi à Central Park avec un roman français trouvé chez un obscur bouquiniste.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Sophie commanda une bouteille de champagne, et deux cigares, pour profiter au maximum de cette soirée. En regardant s’élever les volutes de fumée de nos havanes, je lui racontais mes années d’interne, mes soupers froids sous le toit du dortoir, la nuit où nous avons porté la 4L du directeur sur le perron. Elle manqua de s’étouffer en riant.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Sophie me plaisait de plus en plus. Nous trinquâmes une dernière fois et la bouteille terminée nous quittâmes le restaurant, non sans avoir remercié pour l’excellente soirée l’ensemble de l’équipe qui nous avait reçus. Le froid nous saisit dès que nous franchîmes la porte. J’ai eu beau insister, Sophie refusa une nouvelle fois de prendre un taxi. Marcher l’aiderait à se dégriser un peu avant de se retrouver chez elle. “Ça m’évitera de te demander de monter dans ma chambre pour prendre un dernier verre, et de faire des bêtises. Je préfère avoir les idées claires au moment de te quitter.”&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Je l’ai donc quittée après avoir passé une nouvelle demi-heure dans le froid, dans le hall de son immeuble, où elle m’avait laissé rentrer pour que je me réchauffe un peu, avec un simple et chaste baisé sur la joue. Elle est montée dans l’ascenseur, et m’a remercié pour l’excellente soirée.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;La porte de son ascenseur se refermait avant que j’aie pu lui répondre que moi aussi j’avais beaucoup apprécié ma soirée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Marc finit son verre. Le reposa sur la table basse. Se laissa tomber dans le fauteuil. M’envoya un sourire et me lança:&lt;br /&gt;— C’est maintenant que vous me posez la question.&lt;br /&gt;— Qu'est-ce qui est vrai dans tout ça?&lt;br /&gt;À son regard je savais que c’était la bonne question, et qu’il n’y répondrait pas.&lt;br /&gt;— D’après vous?&lt;br /&gt;— Je ne sais pas. Sans doute tout, et rien. Des détails. Peut-être n’avez-vous pas mangé ce que vous m’avez dit. Peut-être êtes-vous monté ce soir-là prendre un dernier verre, et plus. Peut-être ne portait-elle pas cette indispensable robe noire. Il y avait-il seulement du groupe de jazz? Et avez-vous vraiment marché dans rues endormies? Est-ce que cela a vraiment de l’importance? Sans doute pas.&lt;br /&gt;— Sans doute pas.&lt;br /&gt;— Est-ce qu’au moins Sophie existe?&lt;br /&gt;Marc se ferma, un voile passa devant ses yeux. J’avais touché une corde sensible. Il se leva. J’ai eu peur qu’il ne décide de partir. J’ai voulu dire quelque chose pour le retenir. Il est allé se placer devant la fenêtre. Il n’avait pas l’intention de s’en aller. Il avait besoin de faire le point dans sa tête. De réfléchir avant de me répondre.&lt;br /&gt;Je me suis levée, j’ai attrapé la bouteille de Johnny, et j’ai rempli nos verres.&lt;br /&gt;— Ça vous dérange si je mets de la musique, ai-je demandé?&lt;br /&gt;Il secoua la tête pour me faire comprendre qu’il n’y voyait pas d’objection. Je me suis dirigée vers la chaîne, j’ai farfouillé dans mes CD. Il fallait que je choisisse avec soin ce que j’allais mettre. Je regrettais de ne pas avoir Sinatra en stock, cela aurait permis de retrouver l’ambiance du trajet, et cela l’aurait peut-être fait revenir sur Terre. Je trouvais le seul disque de jazz de ma discothèque, Chet Baker. Je l’introduisis et la voix si particulière du chanteur occupa le silence.&lt;br /&gt;Marc se tourna vers moi. Même s’il m’accorda un sourire, il avait toujours le regard triste. Il est retourné s’asseoir. N’a pas touché à son verre. A attendu que je revienne m’installer en face de lui.&lt;br /&gt;— Je regardais passer le bus dans la rue en bas. Ce doit être le dernier. Il n’y avait pas grand monde dedans. J’aime les transports en commun. Ça n’a l’air de rien un bus, et pourtant quand on y réfléchit un peu, c’est un concentré d’humanité. Vous me direz que je réfléchis trop, parfois un bus est juste un bus. Mais j’aime prendre le bus, et regarder les autres passagers.&lt;br /&gt;— Et?&lt;br /&gt;— Et j’imagine ce qu’ils font dans la vie, ce qu’ils pensent, pourquoi ils ont l’air tristes, pourquoi ils sourient. J’aime les petites vieilles, elles m’offrent tant à imaginer. Elles ont toutes une vie derrière elles, des enfants, des petits enfants, des chats, un mari. Elles sont veuves, et passent leurs après midi au cinéma avec un voisine, une amie, ou elles restent seules à regarder les feuilletons à la télévision en attendant les chiffres et les lettres, de temps en temps elles sortent, mais le monde a tellement changé qu’elles en ont peur, et il ne leur tarde qu’une seule chose: rentrer chez elle. Parfois je croise le regard d’une jolie jeune femme, et alors mon cerveau carbure au super, je m’imagine que je vais aller la voir et lui parler. Il y a tout un dialogue entre cette inconnue et moi qui se met en place. Je peux sourire bêtement pendant tout le reste du trajet.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-5629202623570488203?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/5629202623570488203/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-9.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/5629202623570488203'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/5629202623570488203'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-9.html' title='Chapitre 9'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-8081952161629832275</id><published>2010-01-13T07:07:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:40:11.784+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 10</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Et si vous m’aviez croisé dans un bus, vous auriez imaginé quel dialogue?&lt;br /&gt;Je ne pouvais pas jouer la surprise. Il était évident qu’elle allait me poser cette question. Je l’attendais. L’espérais? D’une certaine façon oui. Pour autant je ne m’y étais pas préparé. Je n'avais pas de réponse toute prête.&lt;br /&gt;— Vous auriez fait partie de celle…&lt;br /&gt;— …que vous n’auriez pas remarqué! Pas assez belle, pas assez de charme, trop banale.&lt;br /&gt;— Loin de là. Vous auriez fait partie de celle que j’aurais repérée dès leur montée. Celles qui m’impressionnent et à qui, même sous l’effet d’une substance stupéfiante, je n’aurais jamais osé parler.&lt;br /&gt;— Ce n’est pas en me flattant que vous vous en sortirez. Et puis qu'est-ce que nous faisons depuis plusieurs heures à part parler?&lt;br /&gt;— Mais c’est vous qui m’avez abordé. C’est vous qui avez engagé la conversation. La situation est différente. Le contexte aussi.&lt;br /&gt;— Vous pensez que dans un bus je ne vous aurai pas adressé la parole?&lt;br /&gt;— Vous parlez souvent aux inconnus dans les transports en commun? non. Moi non plus. Je ne fais qu’imaginer ce que je pourrais dire, en étant conscient que si j’osais aller plus loin, je n’obtiendrais au mieux que de l'indifférence, au pire un jet de spray au poivre dans les yeux.&lt;br /&gt;— Je vous promets que je n’aurais jamais rien fait de tel.&lt;br /&gt;— Mais vous auriez eu peur, m’auriez pris pour un fou. Et auriez quitté le bus au premier arrêt, même si vous aviez été encore loin de votre destination.&lt;br /&gt;— Oui, mais sans venir me parler, qu’auriez-vous imaginé me dire si vous m’aviez vu dans un bus?&lt;br /&gt;J’ai eu envie d’un cigare. Pour la deuxième fois de la soirée. Je n’en avais plus fumé depuis que Sophie m’avait convaincu d'arrêter. Je l’avais fais d'autant plus facilement que je n’avais jamais été un gros fumeur. Cependant, j’aimais bien en sortir un, lors d’occasion spéciale, dans certaines circonstances. Je prenais plaisir à prendre le temps de savourer un beau et bon havane. J'aurais pu en prendre un pour le mariage. Je n’en avais rien fait. Je n’en avais pas eu envie. Je le regrettais maintenant. Cela m’aurait donné une certaine contenance pendant que je faisais semblant de réfléchir à la question.&lt;br /&gt;Je m’imaginais très bien ce que j’aurais eu envie de lui dire si j’avais croisé son regard dans un bus. Je savais très bien quelles phrases seraient venues à mon esprit en l’observant. L’air de rien, entre deux cahots, entre deux arrêts. J’étais incapable de lui dire maintenant. N’ayant pas de havane, j’ai pris une nouvelle gorgée de whisky.&lt;br /&gt;J’aurais voulu lui dire qu’elle avait l’air triste. Et que je ne supportais pas de voir les demoiselles avoir l’air triste. J’aurais voulu lui dire qu’elle avait de beaux yeux, et qu’ils seraient bien plus beaux si elle voulait bien sourire plus souvent. J’aurais voulu lui dire une blague idiote pour chasser un instant ce nuage noir qui encombrait son regard. J’aurais voulu lui dire des bêtises, passer pour un fou sympathique pour qu’elle oublie des idées noires. J’aurais voulu lui dire que tout finit toujours par s’arranger, même si c’est bateau, même si c’est banal, même si c’est souvent faux. J’aurais voulu lui dire que je la trouvais belle, et j’aurais voulu que cela suffise à lui faire passer une bonne journée.&lt;br /&gt;— Alors?&lt;br /&gt;— Alors rien.&lt;br /&gt;— Comment ça rien?&amp;nbsp; Vous n’auriez pas eu quoi que ce soit à me dire?&lt;br /&gt;— Si, sans doute, mais là, je ne vois rien. Ce n’est plus la même chose. Vous n’êtes plus vraiment une inconnue. Je vous ai déjà dit beaucoup. Et quand bien même, pourquoi vous dirais-je ici ce que je n’aurais pas osé vous dire ailleurs.&lt;br /&gt;— Vous êtes décevant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’aurais aimé que Marc me dise des choses gentilles, qu’il me fasse des compliments, qu’il partage avec moi ses pensées intimes.&lt;br /&gt;J’attendais tout cela en le regardant réfléchir. Il semblait être embarrassé par ma question. Il cherchait quelque chose, pas forcément quelque chose à me dire.&lt;br /&gt;— Vous êtes décevant! Vous voulez savoir ce que je vous aurais dit dans les mêmes circonstances?&lt;br /&gt;Il n’avait pas besoin de me donner son accord. Je n’allais pas me dégonfler comme il l’avait fait. C’était un défi, un jeu.&lt;br /&gt;— Si je vous avais croisé dans un bus, parfait inconnu, je vous aurais dit que vous ne devriez pas dévisager les jeunes femmes dans les transports en commun. Qu’un de ces jours vous allez vous recevoir une belle baffe par une de ces inconnues qui n’aura pas apprécié vos regards en coin!&lt;br /&gt;J’aurais ajouté que contrairement à cette hypothétique furie, je ne trouvais pas déplaisant de me sentir observé comme ça, flatteur d’une certaine façon. Sans doute cela m’aurait fait passer pour une fille facile, mais tant pis, sur ce coup là j’assume.&lt;br /&gt;Marc se mit à rire. Pour la première fois. Le son de son rire me plut. Je saurais le décrire, mais il avait un certain charme. Le fait que ce soit moi qui provoque son hilarité renforça mon plaisir.&lt;br /&gt;— Vous m'auriez vraiment dit ça?&lt;br /&gt;— Pourquoi pas? J’aurais eu le plaisir de vous faire rire. C’est déjà pas mal.&lt;br /&gt;— Il vous aurai fallut un sacré culot.&lt;br /&gt;— Un culot que vous n’auriez pas eu?&lt;br /&gt;— L’auriez-vous eu?&lt;br /&gt;— Sans doute pas. Mais j’ai posé la question en premier.&lt;br /&gt;— Je ne suis pas un type bourré de culot.&lt;br /&gt;— Même pour hurler sur une vieille tante pendant un mariage?&lt;br /&gt;— Ce n’est pas la même du culot, mais de l’inconscience, et une dose de colère. Il y a une grosse différence.&lt;br /&gt;— Et pour partager tant de choses avec moi?&lt;br /&gt;— Je n’ai l’impression d’avoir partagé tant de choses, mais je dirais que c’est une affaire de confiance.&lt;br /&gt;— Vous me faites confiance? Pourquoi?&lt;br /&gt;— Parce que vous me faites confiance. Parce que vous avez eu le culot de venir me voir après la colère, alors que tous les autres m’ont pris pour un fou. Vous n’avez pas eu peur de monter dans ma voiture, de visiter ma chambre d'hôtel minable, de m’inviter chez vous. J’aurais pu être un psychopathe, un assassin, un pervers polymorphe, un violeur, ou pire un électeur du FN, catholique intégriste, prosélyte intolérant, saisissant une occasion de convertir une brebis égarée à sa façon de penser le monde, et si jamais il n’y arrive pas il aura au moins essayé.&lt;br /&gt;Cette fois-ci ce fut moi qui me mis à rire.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-8081952161629832275?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/8081952161629832275/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-10.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/8081952161629832275'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/8081952161629832275'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-10.html' title='Chapitre 10'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-3286027074207295471</id><published>2010-01-13T07:06:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:40:32.200+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 11</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Claire poussa un petit rire. Un joli petit rire cristallin. Ce qui fit rentrer dans la danse un nouveau protagoniste. Sans prendre la peine de me regarder un chat traversa le salon, s'arrêta devant Claire, et reprit sa route.&lt;br /&gt;— Je ne savais pas que quelqu’un d’autre écoutait ce que je disais depuis tout à l’heure, dis-je.&lt;br /&gt;Claire se leva et m’invita à la suivre.&lt;br /&gt;— C’est vrai que je manque à toutes les règles, je vais vous présenter. Il a dû aller dans mon bureau. S’il n’est pas caché dans la cuisine, il va se réfugier sous mon bureau.&lt;br /&gt;Je lui emboîtais le pas. La pièce qui servait de bureau à Claire était assez petite, sur deux des murs s’élevaient de grandes bibliothèques chargées de livres et de bibelots. Le bureau en lui même se trouvait au fond de la pièce, sous une fenêtre tendue de rideau rouge.&lt;br /&gt;À peine Claire eut-elle franchi le pas de la porte que le minuscule petit chat gris qui nous avait interrompus deux minutes plus tôt surgit de sous le bureau.&lt;br /&gt;— Woodstock je te présente Marc. Marc je vous présente Woodstock.&lt;br /&gt;— Woodstock? En hommage au festival de musique?&lt;br /&gt;— Non en hommage aux Peanuts. Comme c’est un chat je ne pouvais pas l’appeler Snoopy, Charlie Brown c’était un peu trop long et prétentieux, alors, vu sa taille, j’ai chois Woodstock.&lt;br /&gt;— Qui est Woodstock?&lt;br /&gt;— Le petit oiseau jaune qui traine avec Snoopy.&lt;br /&gt;Je trouvais ce nom amusant. Woodstock se laissait caresser de bonne grâce par sa maitresse. Je restais sur le pas de la porte, résistant à l’envie d’inspecter les rayonnages.&lt;br /&gt;— Vous êtes plutôt chat ou plutôt chien, me demanda-t-elle en s’asseyant sur le fauteuil qui faisait face à son bureau et en laissant Woodstock reprendre le cours de sa vie?&lt;br /&gt;— C’est vrai que cela fait partie des questions essentielles, Mac ou PC, Droite ou Gauche, Slip ou Caleçon, Chien ou Chat…&lt;br /&gt;— Ne vous moquez pas. C’est une question comme une autre. Mais ça dit souvent beaucoup de choses.&lt;br /&gt;— D’accord. Alors dans l’ordre Mac, Gauche, Slip, et je n’ai pas de préférence. Enfant il y avait des chiens à la maison. Pendant un temps j’ai eu un chat. Depuis quelque temps ni l’un, ni l’autre.&lt;br /&gt;— Et pourquoi?&lt;br /&gt;— C’est la vie.&lt;br /&gt;— Le petit chat est mort?&lt;br /&gt;— Non le petit chat n’est pas mort. Le petit chat, qui n’était plus vraiment petit est parti avec sa maîtresse, mon ex.&lt;br /&gt;Woodstock vint se frotter à mes chevilles. Je me baissais pour le caresser. Il se mit à ronronner quand je lui grattais derrière la tête. C’est ce qui me manquait le plus, ces ronronnements, quand le soir, alors que nous regardions la télé, Félix, puisque sans originalité Sophie l’avait nommé ainsi, sautait sur mes genoux pour se faire dorloter. Sans y faire attention, je commençais à lui gratter derrière les oreilles. Il se mettait à ronronner. C’était apaisant. J’aurais pu lui raconter cette histoire. Je n’en ai rien fait. Je ne sais pas pourquoi c’est Tigana qui m’est venu à l’esprit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Marc ne rentra pas dans mon bureau, il resta dans l’embrasure, dans la pénombre, seule une moitié gauche de son visage était éclairée.&lt;br /&gt;Woodstock quitta mes genoux pour aller se frotter aux chevilles de Marc, qui se baissa pour le caresser. Il glissa le long du mur pour s’asseoir par terre, prenant Woodstock entre ses jambes. Celui-ci ne protesta pas. Il avait adopté mon invité.&lt;br /&gt;— Non le petit chat n’est pas mort. Le petit chat, qui n’était plus vraiment petit est parti avec sa maîtresse, mon ex.&lt;br /&gt;Il resta silencieux un long moment, perdu dans ses pensées, à la recherche de ses mots. Je commençais à deviner sa façon de procéder. Je pouvais imaginer les rouages de son esprit se mettre en mouvement. Chaque mot était pesé, mesuré, et retourné dans tous les sens avant de pouvoir sortir de sa bouche.&lt;br /&gt;Je m’attendais à ce qu’il me parle de son ex, de leur histoire, de leur rupture. Je ne m’attendais pas du tout à ce qui est arrivé.&lt;br /&gt;— Je crois que depuis Tigana, je ne suis plus trop chien.&lt;br /&gt;Il avait un réel talent pour les phrases énigmatiques, les entrées en matière étranges, et qui savent capter l’audience.&lt;br /&gt;— C’est sans doute une forme de racisme, mais à une époque nous avons eu à la maison un chien noir, et mon frère, qui devait avoir 7 ou 8 ans, l’a appelé Tigana. Étrange hommage au joueur de foot. Ce n’est pas un chien que l’on a acheté, ou que l’on nous a donné, c’est un chien qui nous a adoptés. Il est arrivé un jour, et il est resté. Vous me direz que c’est facile d’attirer les chiens quand on a un père qui fait des saucisses, c’est vrai. Mais Tigana n’est pas resté que pour les saucisses. Il est resté parce qu’il nous aimait bien, bien que ma mère ait tout fait pour le faire partir. Voyez-vous, ma mère, en dépit d’énormes qualités que je pourrais passer la nuit à vous énumérer, n’aime pas grand monde en dehors de sa famille, et les animaux sont tout en haut de la liste de ce qu’elle déteste. Elle n’en voulait pas de ce chien errant, bâtard, et en plus noir. Nous étions trois contre elle, elle n’eut pas gain de cause, et il était gentil Tigana. C’était peut-être un chien perdu, errant, bâtard, mais c’était le chien le plus affectueux que j’ai connu, et le plus sage aussi. On pouvait partir et le laisser seul dans la maison, il ne dévorait pas les pieds des chaises, ne pissait pas partout, n’essayait pas d’ouvrir les placards pour y trouver à manger. Il attendait que l’on revienne, nous faisait la fête et allait pisser dehors. De tous le temps qu’il est resté avec nous il n’a fait qu’une seule bêtise. Il a volé le doudou de mon frère. Nous étions dans le jardin et sans raison il a attrapé le lapin en peluche et s’est enfui.&lt;br /&gt;Au loin une cloche sonna. Il était minuit. Au même moment, une sirène d’ambulance se fit entendre. Le gyrophare teinta de bleu le bureau pendant un instant.&lt;br /&gt;Marc se leva et s’approcha de la fenêtre. Woodsock le suivit.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-3286027074207295471?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/3286027074207295471/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-11.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/3286027074207295471'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/3286027074207295471'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-11.html' title='Chapitre 11'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-1760357875860779957</id><published>2010-01-13T07:05:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:41:03.869+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 12</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je regardais une ambulance passer dans la rue. Sirène en marche, gyrophare en action. Claire était toujours assise devant son bureau. Woodstock à mes pieds. Minuit venait de sonner. Il y avait trois heures que nous étions ensemble. Trois heures que j’avais quitté ce mariage où je ne voulais pas aller. Pour la première fois, je me félicitais d’en avoir fait autrement. Pour la première fois aussi je sentis la fatigue.&lt;br /&gt;— Vous avez du café, demandais-je&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Je peux en faire si vous voulez.&lt;br /&gt;Je me détournais de la fenêtre. Claire s’était levée et s'apprêtait à quitter la pièce;&lt;br /&gt;— Je ne voudrais pas vous déranger.&lt;br /&gt;— Pas du tout, j’en prendrais bien une tasse moi aussi.&lt;br /&gt;Je la suivis jusqu’à la cuisine. Elle m’indiqua une chaise. Je m’assis bien volontiers. Pendant qu’elle s’affairait, remplissant la cafetière d’eau et de café moulu, je pensais que je n’aimais pas vraiment le café. Ce n’était pas un dégout, comme je peux en avoir pour les épinards, la tête de veau ou les huîtres, mais je n'apprécie pas plus que cela. Il m’arrive d’en boire, à l’occasion, quand on m’en offre un à la fin d’un repas, ou comme breuvage convivial, quand il n’y a rien d’autre, mais je n’en ai pas chez moi, je n’en commande jamais au restaurant, et je m’en passe très bien quand il n’ y en a pas.&lt;br /&gt;Pourquoi lui avais-je demandé si elle en avait&amp;nbsp;? Peut-être pour quitter son bureau et la voir s’affairer dans sa cuisine.&lt;br /&gt;— N’allez pas vous faire des idées. Ne le prenez pas mal, mais en vous voyant ainsi, dans une cuisine, au milieu de la nuit, je pense à une phrase que j’ai lue je ne sais plus où: “les chemises des hommes sont faites pour être portées par les femmes au petit matin”. C’est une vision des plus agréables. Pour moi et pour celui qui a écrit ces mots au moins. Pas le summum de l’érotisme certes, mais tout de même, seulement vêtue de ce vêtement masculin, la femme devient pour moi plus séduisante que jamais.&lt;br /&gt;— Si en plus elle vous prépare un petit déjeuner, vos devez être aux anges.&lt;br /&gt;— Ne vous moquez pas Claire, je partage avec vous, en toute innocence une part de mon intimité.&lt;br /&gt;— Je ne me moque pas, je me demande simplement quelles ont été vos motivations pour me demander de vous préparer du café. Qu’est ce que ça vous fait de me voir le faire?&lt;br /&gt;— Je ne peux pas vous répondre, vous n’avez pas la tenue adéquate.&lt;br /&gt;— Vous n’avez qu’à me donner votre chemise.&lt;br /&gt;— C’est peut-être un peu trop tôt.&lt;br /&gt;Le café commençait à couler. Pendant un instant nos rires couvrirent le bruit du moteur du réfrigérateur. Claire vint s’asseoir en face de moi. C’était un moment très agréable. Je ne m’étais plus essayé au badinage depuis longtemps. J’aurais bien continué, mais l’odeur du café vint perturber mon humeur enjouée.&lt;br /&gt;— Mon arrière grand mère est morte en buvant du café. Je ne crois pas que le café soit la cause de son décès. Si ma mémoire est bonne, elle avait 88 ans à ce moment-là. Quoi qu’il en soit, elle buvait du café, et elle est morte. C’est la première fois que quelqu'un de ma famille mourrait. Non ce n’est pas ce que je voulais dire, enfin vous m’avez compris. J’avais 7 ans, ou 8, je ne sais plus très bien, c’est un souvenir flou.Et pourtant je me souviens très bien du détail concernant le café. Mon père a dit à ma mère qu’elle était morte en buvant son café. Sa voisine l’avait trouvée le nez dans son bol. Ça m’a marqué au point d’avoir eu pendant longtemps peur d’en boire. Je crois que c’est pour ça que je suis devenu buveur de thé. Comme quoi dans la vie tout tient à peu de chose. Longtemps l’odeur du café me faisait remonter à l’esprit les images, les souvenirs de la crémation de mon arrière-grand-mère. Il y avait une violence dans ces souvenirs. Je dois être fatigué pour que cela revienne aujourd’hui. Je n’y avais pas pensé depuis des années.&lt;br /&gt;Je restais silencieux pendant que le café passait, le silence n’était perturbé que par le ronronnement du frigo, et le ploc ploc des gouttes tombant dans la cafetière.&lt;br /&gt;Les visions du cercueil avançant vers les flammes, images qui avaient hanté mes rêves de petit garçon revinrent passer devant mes yeux.&lt;br /&gt;Perdu dans mes pensées macabres je fus surpris de sentir la main de Claire se poser sur la mienne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je revins m’asseoir, déposant les deux tasses de café brûlant sur la table.&lt;br /&gt;Marc se saisit de la sienne et se perdit un instant dans la noirceur du breuvage. Pour la première fois de la soirée, je vis passer dans ses yeux une sorte de mélancolie, de tristesse, autre chose que cette lueur amusée. Quand il avait parlé de son arrière-grand-mère, murmuré cette histoire il n’y avait pas cette distance ironique, cette façon de tourner les phrases pour y ajouter une touche d’humour, pour donner l’impression, même dans les souvenirs les plus intimes qu’il n’était qu’un narrateur.&lt;br /&gt;Je n’aurais peut-être pas du poser ma main sur la sienne. Cela a stoppé net sa «&amp;nbsp;confession ». Je l’ai dérangé. Je lui ai rappelé qu’il n’était pas seul. Pourtant, je ne regrette pas. Cela me semblait, me semble toujours normal. Sans doute cela ne l’était pas pour lui. Il y a des personnes qui ne sont pas tactiles.&lt;br /&gt;J’avais perdu par cet élan de sympathie le droit d’entendre la suite de son histoire. Je ne savais pas comment le relancer. Je savais que je risquais de la voir se fermer, et qui sait s’en aller. Risque trop grand quand j’avais moi aussi tant de choses à lui dire.&lt;br /&gt;Pour faire venir les confidences, il faut savoir utiliser des moyens détournés. Il fallait que je le lance sur un autre sujet.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-1760357875860779957?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/1760357875860779957/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-12.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/1760357875860779957'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/1760357875860779957'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-12.html' title='Chapitre 12'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-7500787846465776022</id><published>2010-01-13T07:04:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:41:24.429+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 13</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce contact physique, cet effleurement, me tira de mes pensées morbides. Claire retira sa main en douceur, me sourit timidement et retourna s’occuper du café. Elle attendit qu’il finisse de passer, retira la verseuse, attrapa deux mugs, qu’elle remplit du liquide noir et brûlant. Et vint s’asseoir à la table.&lt;br /&gt;J’étais encore troublé par son geste. J’étais étonné d’être troublé. Il ne représentait pas grand-chose ce geste. Juste un détail par rapport à tous le reste. Nous nos racontions nos vies depuis trois bonnes heures, nous flirtions, badinions gentiment, et là parce qu’elle m’avait touché la main je ne savais plus quoi dire. Un simple geste de compassion après avoir partagé le souvenir du traumatisme que m’avait causé la crémation de mon arrière-grand-mère, et me voilà sans voix.&lt;br /&gt;Je me perdais dans la contemplation des volutes de vapeur s’élevant de ma tasse. Mes pensées n’étaient plus occupées par les réminiscences d’un traumatisme enfantin, les images de cendres répandues sur le sol, tout ce qui restait d’une bisaïeule s’éparpillant au milieu d’une forêt, virevoltant sous le vent, s’accrochant à la mousse et aux fougères.&lt;br /&gt;Je m’interrogeais sur ma présence dans cette cuisine, à cette heure, avec cette jeune femme. Je repassais dans ma tête le film de cette soirée, l'enchaînement d'événements ayant conduit à cette improbable situation. Tout cela ressemblait trop à un film. À ces films qui hantent mes pensées en permanence. Je devais rêver tout cela. Pourtant, j’avais bien senti le contact de sa main sur la mienne. Et voilà que j’y revenais.&lt;br /&gt;— Vous n’avez pas fini l’histoire de Tigana.&lt;br /&gt;Claire me fit une nouvelle fois retomber sur Terre. Elle avait raison, j'avais laissé cette histoire en suspens, à cause d’une ambulance, d’un besoin étrange de boire du café, et ces souvenirs perturbants.&lt;br /&gt;— Où en étais-je?&lt;br /&gt;— La seule bêtise, avoir volé le doudou de votre frère.&lt;br /&gt;— Oui… Il a surgi, et attrapé le lapin, et a sauté la barrière. Nous l’avons vu partir, la peluche dans la gueule. Mon petit frère s’est mis à hurler comme si on lui avait arraché un bras. Il aurait perdu sa mère, son père ou même son grand frère il n’aurait pas été plus bouleversé. Les habitants les plus vieux du quartier ont dû penser que l’on avait ressorti les sirènes qui prévenaient les attaques aériennes pendant la guerre. Nous n’avons pas eu d’autre choix que nous lancer à la recherche du lapin kidnappé. Frappant aux portes, interrogeant les voisins, appliquant à la lettre les méthodes du FBI, parce que ce sont les premières heures les plus importantes. Malheureusement, les heures passaient et nous n’avions pas la moindre piste. Aucune trace du disparu, et de son ravisseur. Et quand bien même Tigana serait-il revenu, nos techniques d’interrogatoire n’avait que peu de chances de marcher sur un chien.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Le soir tombait et mon frère pleurait toujours. Ce drame me permit de découvrir que le corps humain contient des réserves d’eau que je ne soupçonnais pas. L'heure du coucher arrivait à grands pas et il fallait que l’on se rende à l’évidence, le lapin n’allait pas réapparaître. Pour la première fois depuis son baptême mon frère allait devoir dormir sans son doudou. Cette perspective ne le réjouissait pas, et s’il avait pu pleurer encore plus, il l’aurait fait. Nous étions partis pour l’entendre hurler une bonne partie de la nuit.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Alors, pour nous éviter une nuit blanche, il a fallu sortir les grands moyens: l’ours paternel. C’est ma mère qui a eu l’idée. Et surtout c’est elle qui a réussi à convaincre mon père de prêter son ours pour remplacer le lapin perdu. Il a sorti sa vieille peluche de son sac en plastique où il dormait depuis des années, et avec une certaine réticence l’a tendu à son fils. Il ne lui donnait pas qu’une peluche, mais un vestige de son enfance, dans ses yeux se lisait la peur de ne pas le revoir entier au matin. Mon frère a dû sentir l’honneur qui lui était fait, et se calma. Nous avons pu dormir tranquilles. Mais le plus beau a eu lieu le lendemain matin.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Quand mon père est sorti pour aller travailler, il a trouvé Tigana, sur le paillasson, avec le lapin, en une seule pièce. Pourquoi l’avait-il pris, qu’est-ce qu’il en avait fait pendant la nuit? Cela restera à jamais un mystère. Mon père a pu remettre son ours dans le placard. Mon frère a pu sécher ses larmes sur son lapin. Personne n’en a voulu à Tigana. Tout est bien qui finit bien.”&lt;br /&gt;Je soufflais sur mon café avant d’en boire une gorgée. Ce n’était pas si mauvais que ça.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ses yeux pétillaient, ses mains s’agitaient pendant qu’il me racontait cette histoire. Elle était amusante. Je savais qu’il devait l'embellir, en rajouter, prendre des libertés avec la réalité, comme il l’avait fait quand il m’avait décrit un peu plut tôt ce dîner avec son amoureuse. Quelle importance, il le faisait bien.&lt;br /&gt;Je sirotais mon café tout en l’écoutant, manquant de m’étouffer deux ou trois fois à cause des rires qu’il provoquait. Il n’y avait plus la moindre trace de mélancolie dans ses yeux.&lt;br /&gt;— Il est toujours vivant, demandais-je?&lt;br /&gt;— Le lapin ou le chien? Le lapin a subi de nombreuses interventions de chirurgie plus ou moins esthétique, mais il est toujours en vie, et mon frère dort toujours avec. Tigana, il doit être mort aujourd’hui. Cette histoire remonte à plus de vingt ans. Un jour il est parti comme il était venu. Il a dû se trouver une autre famille. Ne bougez pas.&lt;br /&gt;Il se leva, quitta la cuisine. En fille bien désobéissante, je l’ai suivi. Il attrapa sa veste qu’il avait laissée dans le salon. Il en tira son portefeuille. Il en sortit une photo qu’il me tendit.&lt;br /&gt;Sur celle-ci on voyait un couple avec deux enfants et un chien tout noir. Tous, même le chien, prenaient bien la pose. Cliché figé, pas naturel pour un sou. Sourires forcés, même pour le chien. Pourtant, c’était une belle photo de famille. Le patriarche, belle moustache fournie, belle blouse blanche de boucher, avait le regard fier, fier de ses enfants, de sa famille. La mère, une main sur l’épaule de chacun de ses fils, les couve le regard empli d’amour. Les enfants malgré le sourire forcé plaqué sur leur visage ont dans les yeux une lueur qui ne ment pas, ils sont heureux. Le chien, à côté du plus jeune enfant se tient bien, et en bon professionnel regarde droit dans l’objectif.&lt;br /&gt;— J’avais 9 ans, mon frère 7. C’était dans la cour derrière la boucherie. Je ne sais plus qui a pris la photo. C’est la seule de nous tous ensemble, avec en prime Tigana.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Je n’ai pas de photos de vacances. Je ne suis jamais parti avec mes parents. Les seuls clichés de moi au bord de la mer, ou à la montagne, sont ceux où je suis avec mes grands parents, ou des oncles et des tantes. Et sur ceux-là je tire une tronche pas possible. Il faut dire que je n’étais pas un enfant facile, à la mer je n’aimais pas le sable, et à la montagne je n’aimais pas la neige.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;D’une certaine façon, cette photo est la seule preuve de l’existence de ma famille.» &lt;br /&gt;J'avais entre les mains un vrai trésor. Petit bout de papier légèrement jauni, un peu écorné.&lt;br /&gt;— Je ne voudrais pas vous faire pleurer avec mes histoires. J’ai eu une enfance normale, ni plus triste, ni plus heureuse que les autres. Mes parents ne me battaient pas, je n’ai jamais manqué de rien, je ne suis pas l’enfant du placard. Mais mes parents travaillaient beaucoup, pendant les vacances, les week-ends, en fait tout le temps. Cela m’a empêché d’avoir le genre de relation que mes camarades avaient avec leurs parents.&lt;br /&gt;Il n’y avait ni rancoeur, ni colère, ni tristesse dans sa voix. Il faisait simplement le constat de ce que furent ses années d’enfance, et les rapports qu’il avait eus avec ses parents.&lt;br /&gt;Je lui rendis sa photo. Il la rangea dans son portefeuille.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-7500787846465776022?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/7500787846465776022/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-13.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/7500787846465776022'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/7500787846465776022'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-13.html' title='Chapitre 13'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-1277396479602713884</id><published>2010-01-13T07:03:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:41:41.697+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 14</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Vous en avez d’autres, me demanda-t-elle une fois que j'eus rangé cette photo&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Je remis mon portefeuille dans la poche de ma veste, reposais celle-ci sur le fauteuil. Claire s’appuya contre le mur à côté de la porte de la cuisine.&lt;br /&gt;— Même si je n’en ai pas, vous m’offrez une autre tasse de café&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Claire m’invita d’un geste de la main à la suivre dans la cuisine. Elle nous versa une nouvelle dose de caféine.&lt;br /&gt;— Vous n’aimez pas les photos, me demanda-t-elle en s’installant de nouveau en face de moi à la table de la cuisine. Elle porta sa tasse à ses lèvres, mais se contenta de humer les vapeurs qui s’en élevaient.&lt;br /&gt;— Je n’ai pas de culture de la photo, lui répondis-je après avoir avalé une longue gorgée de café. Je sentais le breuvage me réchauffer de l’intérieur. J’aimais cette sensation, plus que je n’aimais le goût. Mes parents ne prenaient pas de photos. Je me souviens d’un grand carton dans lequel s’entassaient en vrac des clichés de tous âges, noir et blanc, sépia, en couleur, délavés. J’y plongeais parfois, quand j’étais enfant, lors d’après-midi de vacances ou d’ennui. C’est dans cette boite que j’ai déniché cette photo de famille. Pourtant, malgré ce bric-à-brac photographique je ne me souviens pas de mes parents un appareil photographique à la main, immortalisant des moments de joie, des fêtes de famille, des morceaux de vie. Ceci explique cela, je ne prends pas non plus beaucoup de photo. Pour tout vous dire, c’est aussi parce que j’ai peur d’Alzheimer.&lt;br /&gt;Claire manque de s'étouffer en avalant une gorgée de café de travers en m’entendant prononcer cette phrase étrange.&lt;br /&gt;— Je ne vois pas le rapport, réussit-elle à dire en reprenant ses esprits.&lt;br /&gt;— Ma plus grande angoisse c’est de perdre la mémoire. Je crois que je pourrais accepter stoïquement n’importe quelle maladie, mais j’ai peur d’oublier. Une de mes grandes fiertés, c’est la mémoire. C’est aussi ma malédiction. Je suis une éponge. Je capte tout ce qui passe à portée d’oeil ou d’oreille. Pas forcément des choses qui peuvent m’intéresser. Bon, je ne retiens pas tout, tout le temps, mais de manière générale j’ai une excellente mémoire. Comme pour beaucoup d’aptitude cela s’entretient, se consolide, s'entraîne. Une photo c’est une béquille. J’aime me souvenir des choses sans l’aide d’un cliché. J’aime que mes souvenirs soient vivants et pas figés sur papier mat ou brillant. Peut-être qu’avec l’âge je changerais d’avis. Peut-être que j’aurais besoin de ces béquilles. Comme fait ma mère en ce moment. Alors qu’il n’y avait pas de photos chez mes parents, voilà qu’elle s’est mise à ressortir de vieux clichés de ses parents, beaux parents, grand Parent. Elle les met sous cadre, les pose sur les meubles. Je trouve ça amusant, touchant aussi. Moi je n’ai qu’une seule sur mon bureau. C’est mon grand-père qui joue au golf sur la plage. J’aime beaucoup cette photo pour plusieurs raisons. D’abord parce que l’on ne voit pas très bien son visage. Juste son profil. Mais il n’est pas dans ce profil, il est dans d’autres détails, ses vêtements, son manteau kaki qu’il mettait pour aller en foret ou remonter ses filets. La coccinelle orange dont il se servait pour aller sur la plage. Et puis il est maladroit, on voit bien qu’il n’a jamais tenu un club de golf de sa vie. Je me demande encore où il a trouvé celui qu’il a entre les mains, mais ça l’amuse de faire ça. J’imagine qu’il a raté la balle, plusieurs fois, et que ça l’a fait rire à chaque fois. C’est un gamin qui joue. Enfin, il y a l’océan. C’était un chasseur, il aimait les bois, mais je l’ai toujours vu heureux quand il était au bord de la mer. Il pouvait rester, été comme hiver, des longs moments à regarder l’océan, à suivre le rythme des vagues, à s'imprégner des embruns. Je me souviens qu’il sentait la mer. Je me souviens que ma mère a demandé lors des obsèques que le cortège passe et s'arrête en front de mer en allant de l’église au cimetière. Il y a tout cela dans cette photo. Et pourtant il n’y a rien de tout ça.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je soupçonnais Marc d’avoir attendu que je commence à boire mon café pour sortir sa phrase sur Alzheimer. Je ne pouvais que lui reconnaître un talent indéniable pour les raccourcis fulgurants et surprenants. Je manquais de m'étouffer en avalant. Cela alluma un petit sourire moqueur sur les lèvres de Marc.&lt;br /&gt;J’aurais pu lui dire qu’il n’était pas le premier à jouer à ce petit jeu avec moi. Mes cousins, avec qui plus jeune je passais une partie des vacances d’été, s’amusaient eux aussi avec ce genre de bêtises. Ils n’étaient jamais aussi contents d’eux que quand ils arrivaient à faire jaillir de mon nez ce que je tentais d’avaler avant qu’ils ne me fassent rire.&lt;br /&gt;Marc ne cherchait pas à me faire rire, même si le rapprochement entre Alzheimer et la photo pouvait être cocasse, il n’y avait rien d’hilarant. Surtout en écoutant ce qui suivait sa déclaration liminaire. Cette peur de perdre la mémoire était authentique. Je pouvais sentir que c’était une chose à laquelle il avait réfléchi.&lt;br /&gt;Pour la seconde fois, il me parlait d’un de ses chers disparus. Il y avait dans le portrait de son grand-père une autre forme d’émotion. Différente de celle qui avait traversé sa voix quelques minutes plus tôt quand il m’avait parlé de son arrière grand-mère. Il avait dans les yeux, derrière le léger brouillard humide, des étoiles qui pétillaient, de la tristesse certes, mais une tristesse gaie.&lt;br /&gt;Il termina sa tasse d’un trait. Il la poussa devant lui. Il resta silencieux, les mains à plat sur la table. Le frigo ronronnait, la pendule tic-tacait.&lt;br /&gt;— Voulez-vous encore du café ?&lt;br /&gt;— Plus tard peut-être. Pour l’instant j’en ai assez, j’en ai plus bu ce soir que tout au long de l’année écoulée, me répondit-il.&lt;br /&gt;Plus tard. Il n’avait pas l’intention de partir dans l’immédiat. Plus tard. Cela me laissait encore du temps avec lui. Plus tard. Surtout ne pas regarder l’heure. Surtout ne pas chercher à savoir combien de temps j’avais, nous avions devant nous. Plus tard. Je verrais bien quand ce plus tard arrivera. Je savais très bien ce que j’avais envie de partager avec lui en attendant ce plus tard.&lt;br /&gt;— Je n’ai pas de photos à vous monter. Enfin, si j’ai des photos, mais ce n’est pas ce que je veux vous montrer.&lt;br /&gt;Je l’invitais à me suivre dans mon bureau. Woodstock nous regarda passer la porte, mais ne prit pas la peine de se lever pour nous saluer et se rendormit immédiatement. D’un des placards, je sortis les cartons que m’avait donnés ma mère. Je ne les avais pas ouverts depuis ce jour là. Je savais ce qu’ils contenaient, mais je n’avais pas trouvé le temps de surtout l’envie de m’y plonger. Je fouillais quelques instants avant de mettre la main sur le carnet noir que je cherchais. Un carnet à couverture de moleskine, tenue fermé par un élastique, ornée d’une étiquette sur laquelle ma mère, de sa belle écriture avait inscrit mon prénom. Je le tendis à Marc.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-1277396479602713884?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/1277396479602713884/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-14.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/1277396479602713884'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/1277396479602713884'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-14.html' title='Chapitre 14'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-6500283868986633899</id><published>2010-01-13T07:02:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:41:59.201+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 15</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Plus tard peut-être.&lt;br /&gt;Le regard de Claire s’illumina un instant quand j’ai prononcé ces mots. Elle se leva et me précéda sur le chemin de son bureau. Woodstock sortit à peine de son sommeil à notre arrivée. Je m’installais dans le fauteuil club en cuir fatigué que m’indiqua Claire. Elle se pencha dans un placard et en sortit deux cartons de taille moyenne. Elle les ouvrit et se mit à farfouiller. Elle y trouva un carnet noir, format A4. Elle me le tendit. Je lus son nom sur l’étiquette.&lt;br /&gt;— Qu’est ce que c’est, demandais-je&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— C’est moi.&lt;br /&gt;— Comment ça&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Ouvrez et vous verrez.&lt;br /&gt;Je sortis l’élastique qui le tenait fermé, et l’ouvrit. Sur la première page dessinée à l’encre, un bébé allongé sur une couverture. Venaient ensuite d’autres portraits de ce bébé, au crayon, au fusain. Des esquisses, des croquis, des bouts, un pied, un sourire, une main. Au fil des pages, le bébé grandissait, devenait une petite fille. Assise par terre jouant avec des cubes, sur des genoux anonymes, riant au milieu de fleurs, faisant la tête devant une assiette. Dans les dernières pages, c’était une adolescente étendue sur son lit écoutant de la musique un gros casque sur les oreilles, lisant une revue pelotonnée sur un fauteuil, jouant les stars derrière des lunettes de soleil, levant son verre au dessus d’un gâteau d’anniversaire. Sur la dernière page, elle dormait sous une lampe de bureau, des livres ouverts tout autour d’elle.&lt;br /&gt;— De qui sont ces dessins, demandais-je&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Ma mère. Elle a toujours dessiné. Je l’ai toujours vue dessiner. Dès qu’elle avait un moment, elle croquait un portrait, un paysage, une situation.&lt;br /&gt;Elle sortit d’autres carnets des cartons. Ils contenaient des paysages divers&amp;nbsp;: une plage, un morceau de nature, une rue vue d’une fenêtre, une salle de théâtre... Chaque carnet portait une étiquette indiquant ce qu’il renfermait&amp;nbsp;: vacances, portraits au hasard, rêveries... Je le feuilletais tout les uns après les autres, découvrant avec plaisir les talents artistiques de la mère de Claire. Le dernier carnet qu’elle me donna s’intitulait Henri.&lt;br /&gt;Le premier dessin était celui d’un jeune homme en bras de chemise, assis devant un verre de bière. Il avait les cheveux en désordre, et le regard malicieux. Je le retrouvais quelques pages plus tard en blouse blanche, assis derrière un bureau, courbé sur une feuille, un stylo à la main. Sur une autre page, il sommeillait dans un fauteuil club au cuir fatigué, un journal en désordre à ses pieds. Le dernier dessin le montrait allongé sur un lit d’hôpital, entouré de moniteurs et autres appareillages médicaux. Le trait était moins sûr, il y avait des taches d’encre, comme s’il avait plu, ou plus sûrement, comme si quelqu’un avait pleuré.&lt;br /&gt;— C’est le dernier dessin que ma mère a fait. Après elle a rangé tout son matériel. Tous ses carnets et me les a donné.&lt;br /&gt;— C’est votre père&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Oui.&lt;br /&gt;Sa réponse était à peine audible, plus un souffle qu’un mot. Je refermais le carnet et le lui rendis.&lt;br /&gt;— Votre mère a beaucoup de talent. Elle ne devrait pas s’arrêter. Cela fait longtemps qu’elle a rangé ses crayons&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Depuis la mort de mon père.&lt;br /&gt;— Votre père est mort il y a longtemps&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Je regrettais la question à peine eut-elle franchi le seuil de mes lèvres. C’était trop intime, trop tôt, trop brusque. Claire pouvait se fermer comme une huitre. J’aurais dû sentir que tout cela était encore trop douloureux pour elle. J’aurais dû entendre dans ce oui à peine articulé toute la difficulté qu’il y avait pour elle à parler de lui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Marc feuilletait les carnets de ma mère les uns après les autres, posait une question en découvrant un dessin, un croquis, esquissait de temps en temps un sourire au détour d’une page. Je lui passais les carnets sans ordre précis, comme ils venaient, en gardant pour la fin celui consacré à mon père. Je savais qu’il serait difficile de revoir le dernier dessin. Je n’avais osé le regarder qu’une seule fois, quand ma mère m’avait donné tous ses carnets, toutes ses oeuvres, tout son matériel. Je n'avais pas reconnu mon père sur cette page. Je ne voulais pas le reconnaître. J’avais refermé et rangé ce carnet, rangé les cartons.&lt;br /&gt;Marc reposa le carnet contenant les portraits de ma soeur et moi. Il portait comme titre&amp;nbsp;: Mes deux anges. Le premier dessin me représentait tenant Liz dans mes bras alors qu’elle était tout bébé. Sur un autre on nous voyait endormies sur un canapé sa tête sur mon épaule. Marc avait sourit en découvrant les deux portraits se faisant face sur une double page. Sur le premier j’étais un ange et Liz un démon, et sur le second nous avions échangé les rôles.&lt;br /&gt;J’hésitais à lui donner le dernier volume; J’avais peur de rouvrir ces pages, de retrouver ces souvenirs. Surtout j’avais peur de ce qu’il me dirait. De ce qu’il pourrait me demander. Il reposa Mes deux anges, me regarda, je fis semblant de plonger dans le carton pour voir s’il restait encore quelque chose, en sortit le dernier carnet noir, lui tendit, et attendit.&lt;br /&gt;Quand il arriva sur le dernier dessin, je pris les devants. Je lui révélais que c’était le tout dernier, l’ultime réalisé par ma mère. Le portrait de mon père mourant.&lt;br /&gt;— Il y a longtemps qu’il est mort, me demanda-t-il&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;J’ai baissé les yeux. Rangé tous les dessins que j’avais sortis. Je n'osais pas le regarder. J’avais peur de me mettre à pleurer devant lui. Je n’étais pas sûre de pouvoir lui répondre. Il me sauva en n’attendant pas ma réponse, en me relançant sur une autre voie.&lt;br /&gt;— Votre mère a beaucoup de talent. J’aurais aimé savoir dessiner comme elle.&lt;br /&gt;— Moi aussi, mais dans la famille c’est ma soeur qui a hérité du don. Moi je n’ai aucun talent.&lt;br /&gt;— Nous avons tous un talent. Vous êtes médecin. Il faut un certain talent pour soigner les gens.&lt;br /&gt;— Ce n’est pas artistique.&lt;br /&gt;— Tout n’a pas besoin d’être artistique. Comme je vous l’ai dit, mon père faisait des saucisses comme personne, c'était son talent, on ne ne peut pas dire que ce soit artistique comme discipline.&lt;br /&gt;— Et vous, quel est votre talent ?&lt;br /&gt;— Je fais aussi des portraits. Pas comme votre mère, par écrit.&lt;br /&gt;— Vous êtes écrivain ?&lt;br /&gt;— C’est un grand mot. Disons “écriveur”. J’écris des histoires. Je reconnais que je suis peut-être un peu prétentieux en disant que c’est mon talent. Je suis loin d’être sûr d’avoir le moindre talent pour ça.&lt;br /&gt;— Vous n’êtes pas le meilleur juge pour cela. Je suis sûre que vous en avez beaucoup. Vous savez très bien raconter des histoires. C’est déjà un gros talent.&lt;br /&gt;Il me sourit, se leva et se dirigea vers les rayonnages de ma bibliothèque.&lt;br /&gt;— Je n’ai pas encore ma place parmi eux, dit-il en laissant courir ses doigts le long des tranches de mes livres. Je suis loin de pouvoir prétendre avoir le droit de m’y trouver.&lt;br /&gt;Il tira un volume, l’ouvrit au hasard et se mit à lire. Il me tournait le dos, je ne pouvais pas voir quel titre il avait entre les mains.&lt;br /&gt;— Qu’est-ce que vous lisez, lui demandais-je&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Il releva les yeux, tourna la tête et me sourit. Il se mit à lire à haute voix.&lt;br /&gt;— La porte s’ouvre en grinçant.&lt;br /&gt;Cheveux hirsutes et traits tirés, tu parais sur le seuil de la chambre, vêtu d’un pantalon de survêtement un peu trop court, d’un tee-shirt et d’une veste d'intérieur informe que tu reboutonnes maladroitement en me voyant. Tu bâilles comme un malheureux. Tu n’as pas mis tes lunettes. Tu traînes les pieds dans tes mocassins usés jusqu’à la corde.&lt;br /&gt;Je reconnais en quelques lignes La Maladie de Sachs, le dernier livre que m’a offert mon père. Comment a-t-il su&amp;nbsp;? C’est impossible qu’il ait pu le deviner. Le hasard, une drôle de coïncidence.&lt;br /&gt;— Mon père m’achetait des tas de livres quand j’étais gamine. Au début les classiques livres pour enfant, la bibliothèque rose, puis verte. Je les dévorais plus vite qu’il ne pouvait m’en fournir. J’étais souvent obligée de les relire. Puis au collège ce furent les Jules Verne, Alexandre Dumas, Gaston Leroux, Maurice Leblanc, Cona Doyle, Pagnol... Il glissait parfois un livre de grand, d’adulte, Asimov, Tolkien, puis Sarraute, Sartre; Malraux... En grandissant, j’ai commencé à aller avec lui dans les librairies. Nous y passions des heures à déambuler entre les tables couvertes de bouquins, devant les rayonnages remplis du sol au plafond de livres que nous n’aurions jamais le temps de lire. Nous ressortions les bras chargés, livres de poche, classiques, nouveautés, polar, roman français, fantastique, nouvelles...&lt;br /&gt;C’est avec lui que j’ai découvert Perec, Chandler, Joyce, Green, Cohen, Viallate. Nous échangions nos livres et nos impressions.&lt;br /&gt;Quand je suis rentrée en fac de médecine je n’ai plus eu le temps de lire autre chose que les manuels, le poly, mes cours. Il me mettait de côté les livres qu’il avait aimés, avec pour chacun une petite fiche de lecture.&lt;br /&gt;Quand j’ai passé ma thèse, quand j’ai réussi ma soutenance, au lieu du traditionnel stéthoscope, blouse blanche ou mallette en cuir, il m’a offert le livre que vous tenez entre vos mains. Le dernier livre qu’il m’a offert.&lt;br /&gt;Je fis une pause. Il reposa le livre.&lt;br /&gt;— Je l’ai lu et relu tant de fois que ces pages font partie de moi. Je le connais plus que par coeur.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-6500283868986633899?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/6500283868986633899/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-15.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/6500283868986633899'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/6500283868986633899'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-15.html' title='Chapitre 15'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-6714406435645497049</id><published>2010-01-13T07:01:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:42:17.427+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 16</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'eus peur que Claire ne se mette à pleurer. Elle avait les yeux embués. Je cherchais un moyen de faire changer son humeur, de repartir sur un terrain moins douloureux. Je saisis cette occasion pour aller faire un petit tour du côté de ses livres.&lt;br /&gt;J'avais retardé au maximum mon expédition dans les rayonnages de sa bibliothèque. Ma subtile remarque sur mes velléités d’écrivain me donnait une excuse pour aller fouiner parmi ses lectures.&lt;br /&gt;En général c’est une des premières choses que je fais quand je rends visite à quelqu'un. Ce n’est pas poli parait-il. Pourtant, je ne trouve pas mieux pour apprendre sur mes hôtes des choses qu’ils ne me diraient pas.&lt;br /&gt;Cette fois-ci je n'avais pas osé. Elle était pourtant très bien remplie, mais je craignais d’y trouver un bouquin qui m’aurait déçu. Je ne voulais pas prendre de risque. Surtout ne pas gâcher le charme indéfinissable de cette rencontre.&lt;br /&gt;Je souriais en lisant les titres. Elle avait du goût. Disons qu’elle avait le même que le mien. À quelques détails près. Je feuilletais plusieurs ouvrages, lisant quelques pages pour me replonger dans mes souvenirs.&lt;br /&gt;En page de garde de l’un de ses livres, je trouvais un petit mot&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Peanuts,&lt;br /&gt;Ne crois pas que l’aventure s'arrête aujourd’hui. Elle ne fait que commencer, et sans vouloir te faire peur, le plus dur est à venir.&lt;br /&gt;Je suis fier de toi, ton petit papa qui t’aime fort.&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;Je tournais quelques pages. Elle voulut savoir ce que je lisais. Est-ce que je pouvais prendre le risque de faire retomber l'ambiance une nouvelle fois&amp;nbsp;? Cette dédicace était belle. Elle devait avoir pour elle une résonance particulière. Ces pages pouvaient de nouveau lui faire monter des larmes. Je lui jetais un regard par-dessus mon épaule. Elle semblait aller mieux. Je lui souris. Elle me rendit mon sourire. Au hasard je lui lus un passage.&lt;br /&gt;Elle n'eut pas l’air triste. Bien au contraire, les quelques lignes éveillèrent de jolis souvenirs qu’elle partageât avec moi. Des souvenirs de lecture. Des souvenirs de complicité entre une fille et son père.&lt;br /&gt;Je revins sur la dédicace pendant qu’elle me parlait de ce livre là. En le refermant, je lui demandai.&lt;br /&gt;— Donc Peanuts, c’est vous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Oui, mon père m’appelait comme ça. Parce que j’étais un tout petit bébé, puis une toute petite fille. Je ne savais pas ce que ça voulait dire, mais il m’a dit que quand j’avais un ou deux ans ça me faisait rire quand il m’appelait Peanuts.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Quand j’ai commencé à savoir bien lire, il m’a fait découvrir les Peanuts de Schulz. Ça n’avait pas de rapport avec moi, mais j’ai tout de suite aimé cette bande dessinée. Je rêvais d’avoir un chien comme Snoopy. À défaut j’ai un chat que j’appelle Woodstock. Ça reste dans le même esprit.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Peanuts est le seul surnom que j’ai eu. Même mes copines d’école m’appelaient comme ça. La faute à mon père qui m’interpellait par ce petit nom à la sortie de l’école. Ça m’a suivi par la suite au collège et au lycée. À aucun moment ça ne m’a gêné, parce que ça venait de lui, parce que c’était avant tout affectueux.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Je ne dis pas qu’en certaines occasions je n’a ai pas rougi. Une fois j’ai été interpellé en plein amphi par un prof de cette façon. C’était un ami de mon père. Je le connaissais depuis des années. Il m’avait déjà donné du Peanuts. Cette fois-ci il ne l’avait pas fait exprès et s’en était excusé platement, mais le mal était fait, et jusqu’à la fin de mes études, et encore aujourd’hui, je suis le Dr Peanuts.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Il n’y a que mon ex qui n’a pas employé ce surnom avec moi. C’est sans doute pour cette raison que je l’ai quitté. Il le connaissait, mais ne l’aimait pas. C’est étrange, il est pourtant mignon, non&amp;nbsp;? Il faut dire que ce n’était pas un gars drôle. Avec le recul je me demande pourquoi j'étais avec lui. Il était pas mal physiquement, intelligent, mais dénué d’humour. Qualité essentielle portant.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Bon c’est vrai qu'aujourd'hui il m’est difficile de l’entendre. Pourtant, c’est marrant, ou étrange, vous en parler, évoquer ces souvenirs, ça me fait plaisir. Ils ne sont pas douloureux comme d’autres, ils me plaisent. Ils font venir des images agréables. Ce sont des images des moments de complicité entre mon père et moi, cette complicité que ne comprenait pas ma mère, et qui, parfois rendait jalouse ma soeur. Ce sont ces nuits où je l’accompagnais quand il était de garde, et qu’après sa visite il me lançait ses clefs en disant: ‘Tu fais le retour, Peanuts’. Je m’installais au volant. Il allumait la radio, mettait le son au minimum et me racontait des histoires de patients, les aventures des temps anciens, de ses années d’étude. Parfois il s'endormait tout simplement. D’une certaine façon, même si j’aimais ses histoires, je préférais quand il dormait, ça voulait dire qu’il était en confiance, qu’il était bien avec moi.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-6714406435645497049?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/6714406435645497049/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-16.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/6714406435645497049'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/6714406435645497049'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-16.html' title='Chapitre 16'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-2000442129701585096</id><published>2010-01-13T07:00:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:42:38.419+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 17</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Claire se mit à parler, parler, longtemps. Plus qu’elle ne l’avait fait jusqu’à présent. Elle s'agitait aussi. Parlait avec ses mains, se levant, s’asseyant, traversant la pièce, caressant Woodstock qui ne trouvait plus le sommeil au milieu de tout ce mouvement.&lt;br /&gt;— Il m’a offert Woodstock quand j’ai quitté mon ex. Il ne voulait pas que je reste seule, mais il n’avait jamais aimé mon copain. Il le trouvait fade. Je ne pouvais pas lui donner tort. Quand j’ai vu la minuscule boule de poil qu’il me donnait, je n’ai pas pu m'empêcher de penser à un petit oiseau, le petit oiseau qui suit Snoopy. Ça l’a fait rire, et j’ai baptisé mon chat Woodstock. Il y avait une sorte de continuation, une tradition familiale. Il a suggéré que j’appelle mes enfants Lucy, Charlie, Schroeder, Linus....&lt;br /&gt;Woodstock miaula, sentant que l’on parlait de lui. Claire avait le regard pétillant. Pour la première fois, elle paraissait légère. Elle avait perdu ce masque de gravité qu’elle arborait depuis notre rencontre. Ce n’était pas une autre fille, et pourtant elle ne ressemblait plus tout à fait à celle qui m’avait accosté quelques heures plus tôt. Elle était lumineuse, elle vibrait.&lt;br /&gt;— C’est vrai que Cécile pouvait être jalouse. Je ne sais pas si elle l’était vraiment, ou si elle jouait à l’être. Nous nous sommes toujours bien entendues toutes les deux, en dehors des disputes qu’il peut y avoir naturellement entre deux soeurs. De son côté, elle était très proche de ma mère. Elle a hérité de ses dons artistiques. Elle dessine très bien, fait de la photo. C’est comme ça. J’étais la préférée de mon père. C’est difficile à admettre, mais il faut que je sois honnête avec moi même, si ça n’avait pas été le cas, je n’aurais pas fait médecine. Ce n’est pas que je regrette, ou que ça ne me plaise pas, mais si je ne l’avais pas suivi dans ses visites, s’il ne m’avait pas raconté ses histoires, s’il ne m'avait pas, d’une certaine façon initié, je n’aurais pas attrapé le virus.&lt;br /&gt;Assise à son bureau, une partie du visage éclairée par la lampe d’architecte qu’elle avait allumée machinalement en s’installant, l’autre restant dans la pénombre, elle jouait avec une paire de ciseaux qui traînait à portée de mains. Elle s’était tue. Peut-être réalisait-elle tout d’un coup ce qu’elle venait de dire&amp;nbsp;? Prenait-elle conscience de son flot de paroles&amp;nbsp;? Et dans ce moment de calme, cherchait-elle comment poursuivre&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Je n'avais pas envie de rompre ce silence. C’était à elle de le faire. Ce silence était le sien. Cette envolée verbale était la sienne. Je n’avais pas le droit d’y mettre les pieds, de l’interroger, d’essayer de rebondir. Si ce devait être notre dernier échange, nos derniers instants ensemble, qu’il en soit ainsi. Je prendrais congé. Sans rien dire. Je la quitterais sans lui dire que je l’avais trouvé belle quand elle parlait, quand elle s’enflammait. De toute façon, je n’étais pas sûr de le lui dire, même si la nuit ne devait pas finir.&lt;br /&gt;Woodstock quitta mes genoux, sauta du fauteuil et quitta la pièce. Ce mouvement fit sortir Claire de son introspection.&lt;br /&gt;— Vous n’avez pas faim. Moi je mangerais bien un morceau.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Marc caressait Woodstock. Ils s’étaient adoptés sans round d’observation. Woodstock n’était pas sauvage, mais il ne se liait pas facilement. Cela me plaisait de les voir ainsi, ensemble, sur le vieux fauteuil de mon père.&lt;br /&gt;Marc m’avait écouté sans un mot, sans un bruit, sans un signe de fatigue, d’ennui, de lassitude. Maintenant que je m’étais tue, il restait silencieux. Je lui en étais reconnaissante. J'avais besoin de reprendre mes esprits. Cette tirade ne me ressemblait pas. Je ne me souvenais pas d’avoir déjà parlé autant, pas depuis de long mois, pas de ces choses-là.&lt;br /&gt;Je sentais son regard sur moi. Pas insistant, pas interrogateur, juste son regard. Il m’observait. Il attendait que je bouge. Que je rompe le silence. Il n’y avait pas d’impatience dans son attitude. Il grattait Woodstock entre les oreilles, lui tirant un ronronnement. Mais l’appel du ventre se fit plus fort, et il sauta au pied du fauteuil, et quitta le bureau.&lt;br /&gt;— J’ai faim. Vous voulez manger un morceau&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Marc acquiesça de la tête. Il me suivit dans la cuisine. J’ouvris le frigo, qui lui aussi criait famine. J’y trouvais tout de même un yaourt et un bout de fromage. Marc repoussa l’un et l’autre. Il préférait une pomme. Il la lustra avec application sur la manche de sa chemise. J’ouvris le pot de yaourt, léchait l'opercule et engloutit le contenu en 3 coups de cuillère. Il n’avait pas encore mordu dans sa pomme. J’engloutis le reste d’emmental avant qu’il n’entame la seconde moitié de son fruit.&lt;br /&gt;Il croquait dans sa pomme avec méthode, régularité, mâchait longuement. Un garçon bien élevé. Il me surprit quand il s’attaqua au trognon. Il mangea le fruit dans son entier, ne laissant que la queue et quelques pépins.&lt;br /&gt;— Vous mangez toujours vos pommes en entier, trognon compris&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— C’est une vieille habitude prise du temps où nous avions un lapin à la maison, quand on mangeait des pommes, ma mère et mon frère nous demandaient de garder le trognon pour le lapin. Mon père, qui m’a entre autres appris l’esprit de contradiction, s’amusait à engloutir sa pomme en entier, et quand il ne lui restait plus entre les doigts que la queue, il prenait un air désolé. Ça mettait ma mère et mon frère en rogne, et me faisait jubiler. À tel point que me suis mis à l’imiter. À l’unisson, brandissant le seul reste du fruit avalé dans sa totalité, nous déclarions: “Oups, désolés, nous avions trop faim. Dommage pour le lapin.”, avant d’éclater de rire.&lt;br /&gt;— C’est très méchant comme attitude.&lt;br /&gt;— C’est taquin. D’autant plus qu’on lui filait tout un tas de rognures à manger à ce lapin. À tel point qu’il est devenu obèse, et n’arrivait plus à se bouger.&lt;br /&gt;— C’est bizarre tout de même de manger le trognon.&lt;br /&gt;— Vous voulez quelque chose de bizarre. Mon ex mangeait ses bananes au couteau et à la fourchette. Elle était incapable de les manger autrement. Elle ne supportait pas de sentir la texture du fruit sur ses doigts. Voir un tel comportement a un effet un petit peu castrateur.&lt;br /&gt;— C’est pour cette raison que vous l’avez quittée.&lt;br /&gt;— Pas exactement. C’est plus compliqué. Comme souvent dans les histoires d’amour. Si ces choses étaient simples, elles ne seraient pas intéressantes.&lt;br /&gt;— Parlez-moi d’elle.&lt;br /&gt;— Pourquoi&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Parce qu’elle m’intéresse. Ou plutôt le fait qu’elle vous a intéressé m’intéresse. Qu'est-ce qui vous a séduit en elle&amp;nbsp;? Commet vous vous êtes rencontrés&amp;nbsp;? Surtout, je veux la bonne version. La plus proche de la vérité. Pas une réinterprétation personnelle.&lt;br /&gt;— Vous allez être obligée de me resservir du café. J’ai besoin de quelque chose de fort.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-2000442129701585096?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/2000442129701585096/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-17.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/2000442129701585096'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/2000442129701585096'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-17.html' title='Chapitre 17'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-1519907529334403478</id><published>2010-01-13T06:59:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:42:57.846+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 18</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Claire mit deux tasses à réchauffer au micro-ondes.&lt;br /&gt;— Pour quelqu’un qui n’aime pas ça, vous en buvez beaucoup.&lt;br /&gt;— Les circonstances sont un peu particulières. Ça vaut toujours mieux que me saouler au whisky.&lt;br /&gt;Le micro-ondes sonna. Claire se leva. Elle déposa les deux tasses sur la table. Attrapa un paquet de biscuit. Le café était brûlant. Avant de le boire, elle se mit à tremper les galettes St Michel dans le liquide noir et fumant.&lt;br /&gt;— Alors&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Alors, je pourrais vous dire que j’ai été séduit par son intelligence, sa profondeur, son esprit. Il m’a fallu attendre de la connaître un peu pour découvrir qu’elle avait toutes ces qualités, et même plus. Elle avait, et doit toujours avoir même si je ne les ai pas vus depuis quelque temps, de très beaux yeux. D’un noir profond. Un regard hypnotisant. Ce sont les yeux que je regarde en premier.&lt;br /&gt;— Ça fait toujours bien de dire ce genre de choses, me dit-elle en faisant la moue. Je suis sûre que vous regardez aussi les seins et les fesses.&lt;br /&gt;— Et les jambes aussi. Et les jambes surtout. Je ne suis pas un homme à seins. À gros seins disons. Les petits me vont très bien. Mais en fait, cela n’a pas d’importance. Les yeux ou très clairs, ou très sombres c’est mon truc. Et les jambes donc...&lt;br /&gt;— Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tout sens, lui donnant son équilibre et son harmonie&lt;br /&gt;— vous m’avez sorti les mots de la bouche.&lt;br /&gt;— Les mots de Truffaut de la bouche.&lt;br /&gt;— Quand les mots des autres sont beaux, il est normal, presque obligatoire, de les emprunter. ‘Les films sont plus harmonieux que la vie. Il n’y a pas d’embouteillage dans les films, il n’y a pas de temps mort. Les films sont comme des trains qui avancent dans la nuit ‘. Elle est belle cette phrase aussi, vous ne trouvez pas ?&lt;br /&gt;— Ne vous éloignez pas du sujet. Comment l’avez-vous abordée&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Je l’ai percutée violemment. Et nous sommes tombés sur le cul et la surface glacée de la patinoire. Et je l’ai fait exprès. Ce n’est pas très élégant. Je le reconnais. Sur le coup je n’avais pas d’idée. Je ne suis pas très fort pour aborder les filles. Trop timide. Donc comme tous les timides, je peux me révéler violent dans mes rapports humains. Ce soir là, pendant cette soirée en groupe à laquelle je participais pour la seule raison qu’elle en était, en désespoir de cause, n’ayant pas trouvé le courage de lui parler avant, j’ai choisi une stratégie offensive et je lui ai fait du rentre-dedans au sens le plus littéral du terme.&lt;br /&gt;— Qu’est-ce qu’elle a dit&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Nous avons ri. Nous nous sommes frotté les fesses en nous relevant. Nous avons quitté la piste, et devant un verre, après que je me suis excusé de ma maladresse, elle m’a demandé quels étaient mon film, mon livre et ma chanson préférés.&lt;br /&gt;— Et alors&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Citizen Kane, Belle du Seigneur, et Stranger in the Night. J’ai menti, bien sûr. Je voulais l’impressionner. J’aurais pu tout aussi bien dire, Les sous-doués en vacances, Oui-Oui, et La Bonne du curé pour la faire rire. Dans ces moments-là, avec ces questions-là, il est délicat de dire la vérité.&lt;br /&gt;— Si je vous posais la question, vous mentiriez aussi ?&lt;br /&gt;— Annie Hall, Ensemble, C’est Tout, et Souffrir par toi n’est pas souffrir. C’est assez proche de la vérité. Tout en étant réducteur. C’est difficile de réduire ses goûts à trois titres.&lt;br /&gt;— C’est assez révélateur tout de même. Si je devais répondre, je ne sais pas ce que je dirais.&lt;br /&gt;— Je vous laisse le temps de la réflexion.&lt;br /&gt;Le café avait eu le temps de refroidir. J’en avalais une longue gorgée. Je trouvais cela presque bon. Claire se resservit, finissant la cafetière. Pendant qu’elle attendait que sa tasse finisse de se réchauffer, elle me demanda si je voulais qu’elle en refasse une autre tournée. Je consultais ma montre. Déjà 2 heures.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En l’écoutant me répondre, en l’entendant ces mots, en le voyant réfléchir à ses phrases j'eus envie de lire ce qu’il écrivait. J’essayais d’imaginer comment il aurait mis en scène, comme il allait mettre en mots cette nuit. J’essayais d’imaginer comment il me décrirait, avec quel mots il parlerait de moi, ou comment il n’en parlerait pas. Il ne m’avait rien dit de Sophie. Juste qu’elle avait de beaux yeux noirs, et je me l’imaginais très bien. Je la voyais sur cette patinoire. Je me représentais la scène de leur rencontre brutale. Je la voyais marcher dans la rue. Je voyais le balancement de ses hanches, les ondulations de ses longs cheveux. Je le voyais lui, à ses côtés, lui tenant la main. Non, lui effleurant la main à chaque pas. Leurs doigts se frôlant, mais ne se tenant jamais. Ils formaient un joli couple. Un couple dont j’étais jalouse. Jalousie idiote. Jalouse de l’idée que je me faisais d’eux, sans rien savoir d’autre qu’elle avait de beaux yeux noirs.&lt;br /&gt;— Je vous laisse le temps de la réflexion.&lt;br /&gt;Il me regardait par dessus sa tasse en buvant son café. Ses yeux pétillaient. Cette question. Ces révélations l’amusaient. Il déclina ma proposition de faire une nouvelle cafetière. Je m’adossais au frigo pour boire ma quatrième ou cinquième tasse. Beaucoup trop de caféine. Il se passa plusieurs minutes avant que l’un de nous deux reprenne la parole. Sans que cela soit inconfortable, signe de notre complicité naissante. Ou, sentiment présomptueux de ma part, que j’étais plus pour lui qu’une inconnue excentrique.&lt;br /&gt;— Quand j’étais petite, je trempais des michoco dans le café de mon père. C’est peut-être pour cette raison que je suis accroc à la caféine.&lt;br /&gt;— Vous avez de la chance, vous auriez pu être addict à des drogues plus dures.&lt;br /&gt;— Ou aux michoco. Remarquez, les michoco me semblent être une drogue dure aussi. Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais avant, j’ai l’impression de faire ancien combattant, la partie dorée des papiers de michoco se détachait. Mon père m’avait fait croire que c’était de l’or. Du vrai. Je les collectionnais pensant devenir riche. Même après qu’il m’a dit qu’il m’avait fait une blague, j’ai continué. J’avais une boite pleine de petits bouts de papier d'aluminium doré. Un jour j’ai voulu les faire fondre, juste pour voir. Je n’ai pas eu de lingot d’or, juste un tas de papiers noircis, quelques cendres. Mais j’ai été plus déçue de découvrir que maintenant l’emballage à changé.&lt;br /&gt;— On est souvent déçus quand nos souvenirs d’enfance sont trahis.&lt;br /&gt;— Vous dites ça comme si ça a aussi été le cas pour vous.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-1519907529334403478?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/1519907529334403478/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-18.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/1519907529334403478'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/1519907529334403478'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-18.html' title='Chapitre 18'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-4383658290252882422</id><published>2010-01-13T06:58:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:43:18.400+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 19</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— C’est comme ça que je suis devenue accroc au café.&lt;br /&gt;La lumière se fit soudain dans mon esprit. J’étais en face de de Lorelai Gilmore. Une fille un peu excentrique au point de courir pieds nus sur du gravier pour monter dans la voiture d’un inconnu, avec une vraie répartie, un regard ensorcelant, et une addiction au café. Elle était juste un rien plus mélancolique, un rien plus grave, un rien plus sage. Ce n’était peut-être pas Lorelai, mais Maggie O’Connell. C’était une obsession chez moi. Quand je ne rêve pas des actrices des années 50, ce sont les héroïnes de série télé qui occupent mes songes.&lt;br /&gt;— Quand j’ai découvert qu’Emma Peel n’existait pas vraiment, je crois que j’ai été encore plus déçu que quand je me suis rendu compte que le père Noël n’existait pas. Parce qu’au fond ça ne changeait pas grand-chose, je continuais à recevoir des cadeaux. Alors que Emma Pell, la femme parfaite, ne soit qu’un personnage de fiction, c’était terrible.&lt;br /&gt;— Ne me dites pas que vous ne faisiez pas la différence entre la fiction et la réalité.&lt;br /&gt;— Si, bien sûr. Il ne faut pas vous imaginer que je fantasmais sur Emma Pell quand j’avais 7 ans. C’est venu plus tard. La déception est venue quand j’ai compris que je ne trouverais jamais, dans le monde réel, une femme à la hauteur des fantasmes d’adolescent qu’avait fait naître en moi l'héroïne de Chapeau Melon et Bottes de Cuir.&lt;br /&gt;— Vous êtes sûr que vous ne trouverez jamais ?&lt;br /&gt;— J’ai renoncé depuis longtemps à chercher. C’est agréable de vivre dans ses rêves, mais il faut savoir se réveiller, sinon on risque de se prendre de sacrés coups au moral et ailleurs.&lt;br /&gt;Claire semblait hésiter à me répondre. Elle revint s'asseoir. Se mit à jouer avec le paquet de biscuits qui traînait toujours sur la table. Quand elle ne savait pas quoi dire, quand elle cherchait ses mots elle occupait ses mains.&lt;br /&gt;Avait-elle repéré mes petites manies&amp;nbsp;? Ces petits gestes qui pouvaient me trahir quand je jouais au poker. J’en connaissais certains et j’en jouais. Je n’étais pas dans une partie de poker, quoi que, n’était-ce pas une forme de jeu ce qui se passait entre nous depuis... combien de temps déjà&amp;nbsp;? Une bonne partie de la nuit.&lt;br /&gt;Une bonne partie de la nuit à jouer à un étrange jeu de séduction. Pas depuis le début. Pas uniquement. Les premières heures, les premiers échanges n’étaient pas sur le registre de la séduction. Nous y étions passés depuis... Depuis qu’elle m’avait effleuré la main.&lt;br /&gt;— Vous avez tort, dit-elle me tirant de mes pensées, il ne faut jamais renoncer à ses rêves, même s’ils ne se réalisent jamais. Il faut continuer d’y croire, il faut s’y tenir.&lt;br /&gt;— Et si je passe ma vie à chercher la femme idéale sans la trouver ? D’autant plus que depuis Emma, j’en ai d’autres à mon catalogue, je regarde trop la télé.&lt;br /&gt;— Au moins, vous y aurez cru et en la cherchant vous aurez fait des rencontres, vous aurez pu vous rapprocher de cet idéal, le toucher du doigt, l’effleurer. Chaque rencontre vous apportera un peu, comme ce soir.&lt;br /&gt;Elle me sourit. C'était clair que nous étions passés dans un jeu de séduction. Le réalisant je pris un peu peur.&lt;br /&gt;— Je peux utiliser vos toilettes.&lt;br /&gt;Il y avait des façons plus subtiles de taper en touche.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Marc s'éclipsa. Je ramassais les tasses vides et les déposais dans l’évier. Je retournais m’installer dans le salon. Je mis un disque sur la chaîne. Les accords de Bill Evans m’accompagnèrent dans ma rêverie.&lt;br /&gt;J’avais été un peu trop frontale, un peu trop directe. Je dérapais. Je glissais lentement sur un terrain dangereux. Je ne voulais pas y aller.&lt;br /&gt;Pourquoi est-ce que je me mentais&amp;nbsp;? J’étais très contente d’y aller. Cela me faisait du bien d’y aller. Je n’y étais pas allée souvent, et pourtant je m’y sentais bien. J’étais contente d’arriver à être un peu légère. Il me plaisait d’être badine.&lt;br /&gt;Je ne pouvais pas être sûre qu’il voit les choses sous cet angle. Pour moi être légère en ce moment c'était arriver à passer plusieurs heures sans pleurer. Être badine c’est arriver à effleurer une main, à dire ce que je venais de dire, et le faire fuir. Selon ses critères j’avais peut-être été agressive.&lt;br /&gt;Même si je n’en avais pas envie, et encore moins besoin, je me levais pour me servir un verre. Un whisky. Juste pour entendre l’alcool s’écouler, pour lâcher deux glaçons et les voir plonger dans le liquide ambré.&lt;br /&gt;J’allais chercher des glaçons dans le frigo. Les mis dans un bol. J’ouvris une bouteille. Versais deux doigts de whisky dans un verre lourd. Attrapais un premier cube de glace, le fis tomber dans le verre.&lt;br /&gt;— Vous m’en servez un.&lt;br /&gt;Sa voix me surprit et je fis tomber mon second glaçon sur le parquet. Marc se baissa pour le ramasser.&lt;br /&gt;— Je ne voulais pas vous faire peur.&lt;br /&gt;Il déposa le cube de glace dans un verre, s’essuya les doigts sur son pantalon. Je lui tendis mon verre, et m’en servit un autre.&lt;br /&gt;— Vous savez créer des ambiances.&lt;br /&gt;Je ne comprenais pas ce qu’il voulait dire. Il se toucha l’oreille.&lt;br /&gt;— La musique. Le whisky. La lumière. Il ne manque qu’un nuage de fumée et une vingtaine de personnes supplémentaires et l’on pourrait se croire dans un club de jazz.&lt;br /&gt;— Je ne suis jamais allée dans un club de jazz.&lt;br /&gt;— Je suis sûr que vous aimeriez. Déjà vous en écoutez. C’est un bon début. J’ai dû batailler longtemps pour que Sophie me suive dans ce genre d’endroit. Quand on n’aime pas la musique, difficile d’apprécier le club. Les rares fois où nous y sommes allés en couple, elle a passé la soirée à faire la gueule. Je me demande pourquoi j’insistais tant pour qu’elle m’accompagne.&lt;br /&gt;— Vous vouliez partager des choses avec elle.&lt;br /&gt;— Au bout du compte, les seules choses que nous partagions c’était les disputes. Le souci c’est que l’on s’est aperçu très vite que nous n'avions pas grand-chose en commun.&lt;br /&gt;— C'était seulement physique&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Oui. Sans doute. Nous avons eu quelques moments. Par nombreux, pas glorieux, mais quelques moments.&lt;br /&gt;— Comme à la patinoire&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Comme à la patinoire. Et quelques autres. Juste assez pour que notre histoire dure un peu. 18 mois. 1 an et demi d’entente cordiale traversée par des épisodes de passion.&lt;br /&gt;— La Règle du Jeu, Summertime par Ella, Le Grand Voyage.&lt;br /&gt;— Pardon ?&lt;br /&gt;— Mon film, ma chanson, mon livre.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-4383658290252882422?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/4383658290252882422/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-19.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/4383658290252882422'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/4383658290252882422'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-19.html' title='Chapitre 19'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-2007580233768771521</id><published>2010-01-13T06:57:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:43:41.442+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 20</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je perdais le contrôle. Je sentais que je pouvais, à cet instant précis, lui dire des choses dangereuses. Pas des mots dépassant ma pensée, mais des mots dépassant le cadre de ce discret badinage, quitter le cadre de ce jeu innocent pour passer à un autre niveau. Seule solution&amp;nbsp;: m’isoler pour reprendre mes esprits. Ou partir. Mais je ne voulais pas partir. J’étais bien avec Claire. Je l’appréciais. Voire plus. Je ne voulais pas risquer de tout gâcher en lui disant des choses qu’elle n’était pas prête à entendre, ou qu’elle ne voulait pas entendre.&lt;br /&gt;Elle avait de belles toilettes. Il faudrait faire plus attention à la décoration des lieux d’aisances. Les miennes sont très dépouillées. En dehors d’une pile de magazines divers qui prennent la poussière en attendant que je pique une crise et les jette tous à la poubelle, il y a assez peu de décoration.&lt;br /&gt;Dans les siennes Claire avait installé plusieurs cadres sur les murs, dont un avec la couverture de Libération du 12 septembre 2001. Photo sur double page des tours s’effondrant dans un nuage de cendres. J’avais eu, moi aussi, cette photo chez moi, sur la porte d’entrée. Je n’avais pas pris soin de la mettre sous verre, et au fil des ans, le papier avait jauni, était devenu fragile.&lt;br /&gt;Il y avait aussi la photo d’un chien dormant sous un banc, un paysage de campagne dans la brume, un portrait surexposé. Je trouvais tout cela amusant. Je n’aurais jamais pensé à tapisser les murs de cette façon. Sur les murs d’un endroit pareil. Ce devait être un réflexe typiquement féminin. Chez Sophie les toilettes étaient décorées de couvertures de Télérama.&lt;br /&gt;Claire ne m’entendit pas sortir des WC. J’avais pourtant tiré la chasse d’eau. Elle sursauta quand je lui demandais de me servir un verre. Un glaçon glisse de ses doigts et vint heurter le parquet. Je me baissais pour le ramasser.&lt;br /&gt;Elle me tendit un verre. Je reconnus Bill Evans qui jouait du piano. Son concert à Paris. J’avais écouté des centaines de fois ce disque. J’en avais fait l’un de mes cadeaux fétiche. Sophie avait tordu le nez quand je lui avais offert. Je suis à peu près sûr qu’elle ne le sortit jamais de son emballage de cellophane.&lt;br /&gt;Whisky, jazz, ambiance feutrée, lumière indirecte, fauteuil cuir&amp;nbsp;: Il était normal que je me sente à l’aise, détendu, en confiance. Je fis part de ce sentiment à Claire. Elle rougit presque. Sans le vouloir, je lui reparlais de Sophie. Pourquoi est-ce qu’elle revenait si souvent dans la conversation ?&lt;br /&gt;— La Règle du Jeu, Summertime par Ella, Le Grand Voyage, lâcha-t-elle d’un coup.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n’avais pas envie qu’il me parle d’elle. Je voulais qu’il me parle de jazz. D'un autre côté, c’est moi qui lui posais des questions sur son ex. Je n'étais qu’une idiote. J’avais ouvert la voie. Et il s’était engouffré dans la brèche. Je ne pouvais que rester là à l’écouter me parler de Sophie, ses yeux, son humour, son dégout du jazz, ses cheveux, longs cheveux. Pourquoi est-ce que je m’imaginais qu’elle avait de longs cheveux ? Il ne m’en avait rien dit. Il ne m’avait rien dit de son physique. C’est toute seule, faisant jouer mon imagination, que je me la représentais grande, athlétique, avec de longs cheveux. Juste tout l’inverse de ce que j’étais. De cette façon, il m’était plus facile de la détester. Et de me protéger aussi. Puisqu’elle était si différente de moi, puisqu’il en avait été amoureux, puisque c’était son type de femme, il ne pouvait pas tomber amoureux de moi, moi qui étais si différente. Moi qui étais tout son contraire. Moi qui n’avais pas les mêmes goûts.&lt;br /&gt;Tout d’un coup, comme un flash, une révélation. J’avais la réponse à sa question. Ma liste. Mon film, ma chanson, mon livre. Sans attendre. Sans préambule je la lui donnais. Marc fût surpris. Ne comprit pas de suite ce qui se passait.&lt;br /&gt;— Ma liste, lui expliquais-je.&lt;br /&gt;— C’est une liste intéressante. J’aurais pu établir la même. Vous voulez discuter de vos choix ?&lt;br /&gt;Est-ce que je le voulais ? Est-ce que j’allais être capable de défendre mes choix ? J’y avais pensé un peu avant de la lui sortir. Elle n’était pas venue d’un coup d’un seul. La Règle du Jeu était le premier titre à m'être venue à l’esprit. Le grand Voyage était arrivé en dernier. Il était plus compliqué pour moi de choisir un livre. Je ne sais pas comment établir un classement pour mes lectures.&lt;br /&gt;Je ne sais pas&amp;nbsp;? Qu’est ce que vous attendez&amp;nbsp;? Que voulez-vous que je vous dise&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— J’attends un long discours critique, argumenté, construit. J’attends que vous arriviez à me convaincre qu’il n’y a que ces trois morceaux de la culture humaine qui méritent d’être sauvés en cas de fin du monde imminente.&lt;br /&gt;Marc me regardait droit dans les yeux en se retenant d’éclater de rire. J’aurais voulu soutenir son regard, arriver à rentrer dans son jeu, me lancer dans une tirade sans queue ni tête sur les qualités esthétiques de mes choix, mais je ne pus me retenir de rire.&lt;br /&gt;— N’est-ce pas un tout petit peu ambitieux ?&lt;br /&gt;Je m’attendais à ce qu’il me dise qu’il fallait avoir de l’ambition, qu’il ne fallait pas se laisser aller à la facilité, etc... Une nouvelle belle formule, teintée d’ironie, servie avec un petit sourire en coin et les yeux qui frisent.&lt;br /&gt;— Sans doute. Si vous me disiez juste pourquoi vous les aimez.&lt;br /&gt;Il avait encore réussi à me surprendre.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-2007580233768771521?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/2007580233768771521/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-20.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/2007580233768771521'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/2007580233768771521'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-20.html' title='Chapitre 20'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-8820498264211137326</id><published>2010-01-13T06:56:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:44:00.462+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 21</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Qu’est-ce que vous attendez de moi ?&lt;br /&gt;J’attendais qu’elle me dise tout d’elle. J’attendais qu’elle me dise pourquoi j’étais là, avec elle, cette nuit. J'attendais qu’elle m’explique pourquoi elle m’avait couru après. J’attendais qu’elle m’explique pourquoi je me sentais si bien avec elle, au point de lui parler de Sophie sans trace de colère dans ma voix, sans rancoeur, sans problème. Je n’attendais rien de précis et tant de choses. Comme d’habitude j’ai fait de l’humour. Mon meilleur moyen de défense. Mon meilleur masque pour dissimuler mon visage de clown triste. Claire avait elle aussi de l’humour, et surtout, répondait bien au mien.&lt;br /&gt;— Si vous me disiez juste pourquoi vous les aimez.&lt;br /&gt;— Pourquoi aime-t-on certaines choses, certaines oeuvres&amp;nbsp;? Parce qu’elles vous touchent. Quand j’écoute Summertime chanté par Ella Fitzgerald, j’ai des frissons. Parfois il m’arrive de pleurer. Ça dépend des circonstances, de l’ambiance, du moment de la journée.&lt;br /&gt;— Si vous l’entendiez maintenant, pleureriez-vous&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Peut-être. Est-ce que vous voulez tenter l’expérience&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Non pas vraiment. Je préfère autant que possible éviter de voir couler des larmes. Restons légers.&lt;br /&gt;— Vous pensez que nous sommes légers&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Le pensais-je&amp;nbsp;? Si je l'avais dit, je devais le croire. C’était vraiment la sensation que j’avais. Toutes les discussions, même celles qui abordaient les sujets plus graves, me laissaient une impression de légèreté.&lt;br /&gt;— Léger comme La Règle du Jeu, lui répondis-je.&lt;br /&gt;— Exactement. La légèreté grave. Ce mélange d’insouciance, de gaieté, toujours teinté d’un petit peu de noirceur. C’est aussi le sentiment de liberté qui me plaît dans ce film. À chaque fois que je le vois, et je l’ai souvent vu, j’ai l’impression qu’il s'improvise sous mes yeux.&lt;br /&gt;— Comme la vie.&lt;br /&gt;— Comme la vie, avec le drame qui vient clore l'histoire. Comme le monde qui quand tout semble aller trop bien s’amuse à déclencher une guerre, ou un bel attentat.&lt;br /&gt;— C’est la règle du jeu.&lt;br /&gt;— Vous pensez que la vie est un jeu ?&lt;br /&gt;— Est-ce le bon moment pour se lancer dans des réflexions philosophiques ?&lt;br /&gt;— C’est toujours le bon moment. Et ce moment me parait particulièrement propice à ce genre de réflexion. Au calme, au milieu de la nuit, l’esprit en alerte grâce à l’alcool et la caféine.&lt;br /&gt;— Vous ne préférez pas rester léger ?&lt;br /&gt;— N’est-on pas mieux comme ça ?&lt;br /&gt;— Nous ne parlerons donc pas du Grand Voyage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;&lt;br /&gt;— Évitons autant que possible les larmes. Tentons de rester légers.&lt;br /&gt;Marc pensait comme moi. Nous étions arrivés à cet équilibre instable qui, dans les moments de grâce, installe un climat de légèreté. Oui Marc pensait que malgré tout, ou peut-être grâce à tout ce que nous avions dit, grâce à tout ce que nous avions échangé nous étions arrivés à cet état de légèreté, cet état de grâce.&lt;br /&gt;Comme tout, cela ne dure pas, et je redoutais ce moment où, inévitable, une larme viendrait couler le long de ma joue. Il allait arriver. Il devait arriver. Tout ce qui se passait cette nuit n’était qu’une préparation à ce moment-là. Je voulais qu’elle coule, je voulais lui dire ce que je gardais pour moi depuis... une éternité. Tout ce badinage, toute cette discussion sur La Règle du Jeu servaient à retarder, et préparer ce moment-là.&lt;br /&gt;— Vous ne préférez pas rester léger&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Si bien sûr, je préférais que l’on reste dans ce registre. Encore un peu. Le temps de finir ce verre, le temps de se dire deux trois choses sans importance, et capitale sur nous.&lt;br /&gt;— Nous ne parlerons donc pas du Grand Voyage.&lt;br /&gt;— Si nous allons en parler. Et je vous dirais toute la force de ce livre. Tout le poids de cette histoire. De l’Histoire. Il est beau ce livre. Il est beau parce qu’il parle de la vie aux portes de la mort. Il est beau parce qu’il est plein d’espoir, plein de lumière, juste avant de rentrer dans le désespoir et les ténèbres. Bien sûr il n’est pas léger. Il n’en est pas pour autant lourd, pesant. Il pèse sur ma mémoire, c’est évident, mais il ne pèse pas lourdement, douloureusement. Il pèse comme un souvenir fort pèse.&lt;br /&gt;— D’une lourdeur légère, d’une gravité qui vous donne des ailes, un peu comme Ella Fitzgerald qui chante Summertime, ou Night and Day.&lt;br /&gt;— En quelque sorte.&lt;br /&gt;Le silence revint dans le salon. Bill Evans avait fini de jouer du piano. Marc reposa son verre vide sur la table basse. Je me levais pour remettre un disque. Marc me suivit des yeux.&lt;br /&gt;— Est-ce que vous allez mettre Ella, me demanda-t-il&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Je n’en avais pas envie. Je sentais que c'était une bonne idée. Je fouillais parmi mes CD à la recherche de titres pouvant convenir à cette nuit étrange. J’aurais pu remettre Bill Evans, mon album préféré You Must Believe In Spring, ou piocher dans d’autre disque de jazz. J’aurais pu créer un autre type d'ambiance en mettant du classique, Chopin, Mozart, Schubert. J’avais envie d’autre chose. J’avais envie de le surprendre, de le déstabiliser, de l'étonner.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-8820498264211137326?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/8820498264211137326/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-21.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/8820498264211137326'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/8820498264211137326'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-21.html' title='Chapitre 21'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-3594307521583316534</id><published>2010-01-13T06:55:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:44:19.018+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 22</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Beautiful Love. Evans jouait Beautiful Love. Le dernier titre de l’album. Si Claire n’avait enclenché la lecture en boucle, dans quelques minutes l’ambiance club de jazz s’éteindra. Toutes les ambiances finissent toujours pas s’éteindre. Tôt ou tard.&lt;br /&gt;Claire disait des choses très juste sur Le Grand Voyage. Des choses que je n’aurais pas pu dire, pas de cette façon. Pas avec ces mots. Elle avait une grande sensibilité. Et de grands yeux clairs qui s’illuminaient quand elle parlait des choses qu’elle aimait. Je l’avais déjà remarqué quand elle m’avait parlé de son père. Cette fois-ci, c’était plus flagrant, plus beau aussi, parce qu’il n’y avait pas le léger voile de larme qui obscurcissait son regard.&lt;br /&gt;Le public applaudit le trio de jazzmen. Claire finit sa tirade sur le livre de Semprun. J’ajoutais deux mots, histoire de remplir mon rôle. Elle se leva et se dirigea vers sa chaine. Je lui demandais si elle allait mettre Ella Fitzgerald. Elle ne me répondit pas. Je me doutais qu’elle n’en ferait rien. J’étais pourtant loin d’imaginer qu’elle changerait aussi radicalement le style musical.&lt;br /&gt;Elle revint s’asseoir, attrapa la télécommande et avec un grand sourire lança le disque. Joe Dassin se mit à chanter Salut les Amoureux.&lt;br /&gt;— Il faut savoir changer de style d’ambiance, et être fier de notre patrimoine musical, me dit-elle en riant.&lt;br /&gt;— Vous voulez savoir à quoi on reconnaît un vrai chanteur populaire. Pas un chanteur à la mode qui fait chanter les minettes le temps d’un été, pas un chanteur marketing qui fait trois petits tours et puis s’en va animer les foires agricoles et les concours de tee-shirts mouillés. Un vrai chanteur populaire comme Joe c’est un type qui 20 ans après sa mort fait encore chanter les ados de 13 ans. Sans moquerie, sans gloussement. Des ados qui connaissent par coeur les paroles, et qui aiment ça. C’est surprenant d’entendre ça.&lt;br /&gt;— Vous en connaissez beaucoup des ados qui chantent du Dassin ?&lt;br /&gt;— Plus que vous ne pouvez le croire. Il y a quelques années je suis parti en voyage de classe avec des 4°, et dans les rues de Munich, j’ai entendu quatre filles chanter Les Champs Élysées, L’été Indien et d’autres titres. Quand je leur ai demandé d’où elles connaissaient ces chansons, elles m’ont dit que c’étaient leurs parents qui avaient des disques, et qu’elles aimaient bien. Joe Dassin, chanteur populaire transgénérationel.&lt;br /&gt;— Vous faites souvent des voyages de classes&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Ça m’arrive, de temps en temps.&lt;br /&gt;— Et en quel honneur&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Parce que je travaille dans un collège.&lt;br /&gt;Claire se mit à réfléchir. Je savais à quoi elle pensait, ce qu’elle essayait de retrouver dans sa mémoire, au-delà des brumes de la fatigue, de l’alcool. Au tout début de cette nuit.&lt;br /&gt;— Je sais que je vous ai dit que je travaille dans un bureau.&lt;br /&gt;— C’est bien ce qu’il me semble. Vous m’avez menti&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Pas vraiment. Pas totalement. Je travaille dans un collège, et dans un bureau.&lt;br /&gt;— Vous avez deux boulots&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Non c’est le même. Je travaille comme surveillant dans un collège, et donc dans le bureau des surveillants.&lt;br /&gt;— Pourquoi vous ne l’avez pas dit comme ça alors&amp;nbsp;? Vous aviez honte&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Vaste question qui me rappelait d’autres discussions, dans d’autres lieux, dans une autre ambiance.&lt;br /&gt;— Non je n’avais pas honte. Non je n’ai pas honte. Je ne vous connaissais pas encore assez, je ne voulais pas me livrer, me dévoiler. C’est plus par timidité et pudeur que je vous ai un peu menti.&lt;br /&gt;— Vous aimez ce que vous faites&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Ça dépend des jours. Comme pour beaucoup de personnes, quelque soit le boulot. Mais dans l’ensemble ça me plaît. Ça me permet de découvrir des choses intéressantes, comme d'entendre des élèves de 4° chanter Joe Dassin, où que Indochine à encore du succès auprès des minettes. C’était déjà incompréhensible quand j’étais jeune. Ça me permet de rester un peu jeune.&lt;br /&gt;— C’est ce que vous vouliez faire&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Non. Je voulais être médecin. Ne riez pas, c’est vrai. Mais on ne fait pas toujours ce que l’on veut. La vie vous réserve des surprises.&lt;br /&gt;— Life is what happens to you while you’re busy making over plans.&lt;br /&gt;— Pardon&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— La vie c’est ce qui arrive alors que l’on se prépare à faire tout autre chose.&lt;br /&gt;Elle était belle cette phrase. J’aurais aimé avoir de quoi la noter. Je n’étais par sûr de m’en souvenir après cette nuit. Dans un jour ou deux, quand je me retrouverais seul face à mon écran, à ma feuille blanche.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;— Vous m’avez menti&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;J’étais plus amusée que déçue. Il m’avait dit ça des heures plus tôt, alors que je n’étais pour lui qu’une folle qui lui avait couru après, pieds nus, et qui avait pris d’assaut sa voiture sans lui demander quoi que ce soit. Il avait tout à fait le droit de me mentir.&lt;br /&gt;Il était amusant de le voir se justifier de ce demi-mensonge. Je m’amusais à le titiller avec ça. Et en profitait aussi pour aller plus loin. C’était amusant d’apprendre qu’il avait voulu être médecin. Nous aurions pu nous rencontrer bien plus tôt, sur les bancs de la fac, dans les couloirs de l'hôpital, dans une soirée d’étudiants. Qu’est-ce qui ce serait passé dans l’une ou l’autre de ces situations&amp;nbsp;? L’aurais-je remarqué&amp;nbsp;? Lui aurais-je confié aussi facilement des morceaux de ma vie&amp;nbsp;? Je pouvais imaginer pendant longtemps ce genre de scénarii, ce genre de et si...&lt;br /&gt;— Life is what happens to you while you’re busy making other plans.&lt;br /&gt;— Pardon&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— La vie c’est ce qui arrive alors que l’on se prépare à faire tout autre chose. C’est une phrase de John Lennon. C’est un truc que ne cessait de répéter Thomas. Mon ex. C’est la seule chose de bien que je garde de lui.&lt;br /&gt;— C’est déjà pas mal. C’est une belle phrase. Je ne la connaissais pas.&lt;br /&gt;— Je suis heureuse de vous avoir appris ça.&lt;br /&gt;— Il faut que je remercie Thomas aussi.&lt;br /&gt;— Vous pouvez vous en dispenser.&lt;br /&gt;— Vous gardez un aussi mauvais souvenir de lui que ça&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Je n’avais pas envie de parler de Thomas. Je regrettais de l’avoir fait surgir dans la conversation. Je regrettais de le voir revenir sur le devant de la scène. Il est difficile de se débarrasser de ses mauvais souvenirs.&lt;br /&gt;— Je ne sais pas si votre rupture avec Sophie s’est bien passée, ne m en dites rien pour l’instant, quoi qu’il en soit, la notre fut le seul moment un peu drôle de notre histoire.&lt;br /&gt;Marc se leva, et alla remplir nos verres. Gentleman attentionné, il avait deviné que j’avais besoin de carburant pour poursuivre mon récit, et la nuit. Il déposa mon verre sur la table basse, et se réinstalla dans le fauteuil. Joe Dassin continuait de chanter. Est-ce que ses élèves connaissaient aussi&amp;nbsp; Le Dernier slow&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— C’était il y a un peu plus d’un an. En plein milieu de l’été. Il était en vacances, j’étais en stage dans un service de pédiatrie. Il venait parfois de me retrouver pour déjeuner. On s’installait dans le jardin de l'hôpital et on mangeait des sandwiches que l’on avait achetés à la cafétéria. Un jour je lui ai demandé s’il ne pouvait pas en préparer lui même, il avait le temps de les faire, il était en vacances. Il avait l’air perturbé par ma demande. Mal à l’aise. Je me suis demandé en quoi cela pouvait le déranger. J’ai voulu faire un peu d’humour. C'était toujours un terrain glissant avec lui, il ne maîtrisait pas bien le concept. Il prenait toujours tout au pied de la lettre. Je lui ai dit que s’il ne savait pas faire les sandwiches il y avait d’excellents cours de cuisine en ville. Il m’a répondu qu’il savait, que son ami Éric lui en avait déjà parlé. Comme d’habitude il n’avait pas saisi l’ironie. Le lendemain il est arrivé avec un panier pique-nique. J’étais surprise de son geste. Je l’ai remercié de ses efforts. Et après avoir déjeuné, je l’ai félicité. Il a rougi. Il était mignon. J’ai voulu l’embrasser, mais il a reculé, mis la main dans le tupperware contenant les restes de l’excellente salade, a glissé, et est tombé à la renverse, entraînant la bouteille d’eau gazeuse dans sa chute qui lui a trempé son pantalon. J’ai éclaté de rire, oubliant sa réaction bizarre à ma tentative de baiser. Il s’est mis en colère devant mon manque de sérieux. Ajoutant que c’était pour ça qu’il me quittait. Qu’il en avait marre d’une fille comme moi qui prenait tout à la rigolade&amp;nbsp;! Qu’il avait trouvé quelqu’un d’autre, plus sérieuse! Et vous voulez savoir le pire, ou le meilleur, c’est elle qui avait préparé le pique-nique. Elle était prof de cuisine.&lt;br /&gt;— Ironique.&lt;br /&gt;— Plus ironique que drôle en fait en y réfléchissant bien.&lt;br /&gt;Il n’y avait pas de quoi rire, c'était vrai. Je n’avais pas ri ce jour-là. Je l’avais regardé partir, les mains graisseuses et le pantalon mouillé. Pathétique, mais pas risible&lt;br /&gt;— Au moins, moi je sais faire la cuisine.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-3594307521583316534?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/3594307521583316534/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-22.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/3594307521583316534'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/3594307521583316534'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-22.html' title='Chapitre 22'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-3758606882927797546</id><published>2010-01-13T06:54:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:44:37.091+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 23</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je bus ce qu’il restait dans mon verre. Claire avait déjà fini le sien. Nous buvions trop ce soir. Trop de café, trop d’alcool. Nous n’étions pas loin de faire des bêtises. Je n’étais pas loin de faire des bêtises. Je me levais pourtant pour nous resservir. Claire s'apprêtait à me dire comment Thomas était devenu son ex. D’expérience, je savais qu’il faut de quoi se donner du courage pour mener à bien ce genre de récit.&lt;br /&gt;Elle n’a pas touché son verre avant d’avoir fini cette drôle d’histoire. Sa drôle d’histoire, qui ne l’a pas fait rire, ni même sourire. Il n’y avait pas de quoi. Elle a levé son verre. J’ai trinqué avec elle à son histoire.&lt;br /&gt;— Ironique, ais je dit.&lt;br /&gt;— Plus que drôle en réalité.&lt;br /&gt;J’ai bu une gorgée. J’ai pensé que j’aurais pu lui dire que moi, au moins je savais cuisiner.&lt;br /&gt;— C’est un bon point pour vous, me dit-elle.&lt;br /&gt;— Quoi donc&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Que vous sachiez cuisiner.&lt;br /&gt;— J’ai dit ça&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— À l’instant.&lt;br /&gt;J’avais trop bu, c’était une évidence. Je n'arrivais plus à filtrer mes pensées. Tout sortait. En vrac. Il fallait que je fasse attention à ce que je pensais. Attention à ce que je buvais.&lt;br /&gt;— Vous avez beaucoup de talents, vous écrivez et vous cuisinez.&lt;br /&gt;— Vous n’avez jamais lu ce que j’écris, ni goûté ce que je cuisine, attendez un peu pour dire que j’ai du talent.&lt;br /&gt;— Qui vous a appris&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Ma mère. Comme pour beaucoup de personnes.&lt;br /&gt;— Ma mère ne cuisinait pas très bien, je suis une piètre cuisinière moi même.&lt;br /&gt;— Ma mère a beaucoup de défauts, mais elle a les qualités de son défaut principal. C’est une vraie mère juive. Vous voyiez Marthe Villalonga dans Un Éléphant, et bien ma mère est presque comme elle. Il n’y a que le physique qui diffère. Elle est tout le temps sur mon dos, ou celui de mon frère. C’est surprenant qu’elle ne m’ait pas encore appelé après ma superbe intervention au mariage. Elle doit avoir oublié son portable, sinon j’aurais été harcelé de messages. Elle se rattrapera demain.&lt;br /&gt;— C’est qu’elle vous aime.&lt;br /&gt;— Le bon côté, le côté positif, c’est qu’elle cuisine très bien. Elle est obligée, pour nourrir ses deux grands garçons, elle doit passer des heures aux fourneaux. Elle a une collection de fiches cuisines impressionnantes. Elles sont plus ou moins rangées dans des classeurs, des chemises cartonnées, entre les pages de livres de cuisine. Il ne doit pas y avoir un seul plat dont elle n’a pas la recette. Et moi, depuis tout jeune, je la regarde faire la cuisine. C’est comme ça que j’ai appris. En l’observant, en lui donnant un coup de main, quand elle voulait bien me laisser faire, en lui piquant ses fiches. C’est avec elle que j’ai appris le goût des bonnes choses. Le goût de faire le marché. Le goût de faire plaisir avec un bon repas.&lt;br /&gt;— Vous avez de la chance. Moi, je ne sais rien faire. Je suis capable de rater une pizza commandée par téléphone. Une vraie catastrophe.&lt;br /&gt;Je me suis bien concentré pour ne pas lui dire que je serais heureux de lui apprendre ce que je savais. Qu’après quelques heures de cours en ma compagnie, elle serait capable d’étonner beaucoup de monde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Marc me faisait un portrait savoureux de sa mère. À la fois drôle et touchant. Je le voyais, la tête dépassant à peine au dessus de la table, regardant avec de grands yeux admiratifs sa mère préparant un repas. Peut-être que des années plus tard, il chantait dans sa tête «&amp;nbsp;Rien n'est plus beau que les mains d'une femme dans la farine&amp;nbsp;». Je le voyais, plus grand, coupant des légumes en petits cubes, faisant sauter des champignons dans un poêle, arrosant un gigot. Certains ajustements à la chanson de Nougaro se faisaient dans mon esprit. Je me gardais bien de les lui chanter.&lt;br /&gt;— Si j’avais de quoi faire dans mes placards, vous auriez pu me préparer un bon petit repas.&lt;br /&gt;— À cette heure-ci, est-ce que vous pensez que ce soit une bonne idée&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— De toute façon, je n’ai rien d’utilisable en cuisine.&lt;br /&gt;— Les bons cuisiniers arrivent à faire avec trois fois rien.&lt;br /&gt;— Vous voyez, vous vous qualifiez vous même de bon cuisinier. Si j’insistais un peu, vous finiriez par reconnaître que vous êtes un bon écrivain.&lt;br /&gt;Marc était gêné, cherchait refuge au fond de son verre, vide hélas, et seuls deux glaçons à demi fondus lui répondaient en s’entrechoquant. Si j’étais une fille bien, j’aurais quitté ce terrain, aurait trouvé un autre sujet de discussion. En temps normal je suis une fille bien, les temps n’étaient plus normaux, et donc moi non plus. J’avais envie de pousser un peu plus loi, encore un peu plus loin. Voir jusqu'où je pouvais aller.&lt;br /&gt;— Et si à défaut d’un bon petit plat, vous faisiez mon portrait. Il ne doit pas vous falloir grand-chose, du papier et un crayon&amp;nbsp;? Ça, j’ai.&lt;br /&gt;Je ne lui laissais pas le temps de protester, et filais jusque dans mon bureau pour attraper de quoi écrire. Je prenais le risque qu’il refuse l’obstacle, et quitte le terrain. J’étais prête à prendre ce risque. Il fallait maintenant que je prenne des risques.&lt;br /&gt;Marc était toujours assis dans le salon. Il avait posé son verre, et tapotait les accoudoirs du fauteuil. Il prit les feuilles que je lui tendais, le stylo, et posa le tout sur ses genoux.&lt;br /&gt;— Vous n’allez pas le faire, lui dis-je en reprenant ma place. Je ne vous inspire pas&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Vous croyiez que c’est facile, que ça vient comme ça, à la demande. Je pourrais le faire, mais il me faudrait aussi bien trois heures que trois semaines. Ce n’est pas que vous ne m’inspirez pas, il s’est passé tant de choses au cours de cette soirée que je pourrais remplir un livre, mais là, tout de suite, je ne sais pas si je serais capable de faire quoi que ce soit de valable. Je ne veux pas vous décevoir.&lt;br /&gt;Il était mignon. Mais je n’allais pas abandonner aussi facilement. Je voulais qu’il me laisse quelque chose. Une trace de son passage, un souvenir de cette nuit. Un souvenir concret.&lt;br /&gt;— Faites ce que vous pouvez. Ça n’a pas besoin d’être parfait, ça n’a pas besoin d’être mon portrait. J’ai été un peu égocentrique, prétentieuse. Ça m’aurait fait plaisir que ce soit quelques mots sur moi, mais ça pourrait être tout autre chose. Ce que vous voulez. S’il vous plaît, racontez-moi, écrivez-moi une histoire. Si vous voulez raconter moi une histoire de mouton. Écrivez une histoire de mouton pour une petite princesse.&lt;br /&gt;J’avais vraiment dépassé les bornes. Je me permettais des choses qui m’auraient fait honte en d’autres circonstances. Des mots, des phrases que, même en rêve, je ne pensais pas pouvoir prononcer. Mais j’arrivais à mon but.&lt;br /&gt;— N’importe quoi, me dit-il, ce que je veux&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Ce que vous voulez.&lt;br /&gt;Il me demanda un support solide pour écrire. Je lui fis passer un livre d’art sur Venise. Il s’installa confortablement, tint un instant son stylo en l’air.&lt;br /&gt;— Parlez-moi, me dit-il en traçant les premiers mots.&lt;br /&gt;— Pardon&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Parlez moi, de ce que vous voulez, n'importe quoi, mais ne me laissez pas travailler en silence, je n’aime pas ça.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-3758606882927797546?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/3758606882927797546/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-23.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/3758606882927797546'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/3758606882927797546'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-23.html' title='Chapitre 23'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-2423932673320313745</id><published>2010-01-13T06:53:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:45:01.661+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 24</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Claire me tendit une pile de feuilles blanches et un stylo. Elle voulait vraiment que j’écrive son portrait. Là, comme ça, dans son salon, à 4 heures du matin, avec beaucoup trop d’alcool et pas assez de sommeil. Elle croyait quoi, que ça venait comme ça, d’un coup, qu’il suffisait que j’aie entre les mains un stylo pour que je me mette à remplir des feuillets&amp;nbsp;? Le pire c’est qu’elle avait raison. Du moment où elle m’a parlé de ce projet, j’ai commencé à le faire son portrait. Quand elle m’a donné le matériel, j'avais déjà la première phrase&amp;nbsp;: vous êtes juste un petit peu moins grande que moi. Juste quelques centimètres. Juste quelques centimètres qui me font baisser le regard pour me plonger dans vos yeux. J’étais même content de moi. Mais je ne pouvais pas l’écrire, pas maintenant. Plus tard, si jamais nous avions droit à un plus tard.&lt;br /&gt;— Vous n’allez pas le faire, lui dis-je en reprenant ma place. Je ne vous inspire pas&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Non je ne vais pas le faire. Pas sur le papier. Pas parce qu’elle ne m’inspirait pas. Mais tout au contraire. Elle ne savait pas ce que je pouvais écrire, et pour le moment c’est préférable. Vos yeux verts qui se parent d’un rien de gris. Petites taches pour que votre regard prenne juste ce qu’il faut de profondeur. Petits nuages qui viennent à peine perturber le reflet des mers du sud qu’est votre regard. Une mer où il fait bon se plonger. Cela serait déplacé de le lui dire, alors de l’écrire.&lt;br /&gt;Elle doit deviner tout ce que j’ai en tête, puisqu’elle me propose de changer de sujet. D’écrire sur tout autre chose. N’importe quoi. Ce que je veux. Soit.&lt;br /&gt;— Parlez-moi, lui dis-je en me lançant dans le travail.&lt;br /&gt;— Vous ne préférez pas que je mette un nouveau disque&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Non, racontez-moi quelque chose. Il faut que vous soyez active, si vous restez à me regarder, je vais me bloquer, et je n'arriverais à rien.&lt;br /&gt;Claire s’enfonça dans le canapé. Elle cherchait ce qu’elle pourrait bien me dire. Je commençais à écrire. Je ne savais pas où j’allais en écrivant les premiers mots. C’est souvent le cas.&lt;br /&gt;— La première fois que je suis rentrée dans le grand amphi, en première année de médecine, j’ai eu envie de partir en courant.&lt;br /&gt;Je relevais un instant les yeux vers Claire. Elle ne me regardait pas. Elle avait replié ses jambes sous elle, tenait un cousin entre ses bras, baissait la tête. Voilà qui aurait fait un joli début pour un portrait.&lt;br /&gt;— Il y avait tant de monde dans cet amphi, partout, sur les bancs, sur les marches, debout au fond. Et un bruit. Un brouhaha. J’ai eu peur. Comment jamais avant. Jamais de cette façon. J’aurais pu tout laisser tomber sur le champ. Tant pis pour les études de médecine, et la fierté paternelle.&lt;br /&gt;Claire tremblait presque en évoquant ce souvenir. C’était étonnant cette alternance d’humeur. Quelques secondes plus tôt, elle était toute enjouée, elle menait la danse. Et maintenant elle était redevenue une petite fille fragile. Elle n’en était que plus touchante.&lt;br /&gt;Claire continua de parcourir ses souvenirs d’étudiante. Je replongeais dans mon histoire. Mon embryon d’histoire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Pourquoi étais-je allé cherche ce souvenir-là&amp;nbsp;? J’en avais pourtant de plus joyeux. Pourquoi faut-il que je revienne toujours vers les souvenirs douloureux&amp;nbsp;? Sans doute parce qu’ils précèdent toujours des souvenirs plus agréables.&lt;br /&gt;Marc me regardait du coin de l’oeil, abandonnant un instant la tâche que je lui avais confiée. J’avais été folle de lui demander ça. Il avait été encore plus fou en acceptant. Il écrivait. Quoi&amp;nbsp;? Je n’en savais rien encore. Mais il écrivait.&lt;br /&gt;C’était beau de le voir penché sur ses feuilles, faisant courir son stylo, produisant des phrases, construisant une histoire. Il était beau.&lt;br /&gt;— C’est un prof qui m’a poussé à m’asseoir, repris-je en le voyant relever la tête. Celui qui m'appellera quelques années plus tard Peanuts. J’ai senti une main se poser sur mon épaule. Il m’a souri, m’a conduite vers un coin de l’amphi, et m’a abandonnée là, en me disant d’avoir confiance en moi, que tout se passerait bien. Je lui ai fait confiance. Je l’aimais bien, c’était un ami de mon père, il ne pouvait pas me mentir.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Ce qu’il ne m’a pas dit à ce moment-là, c’est que je devais abandonner à la porte de cet amphi tout contact avec le monde normal, toute idée de vie sociale, toute envie culturelle. Il ne m’a pas dit que pendant l’année à venir je ne verrais pas un film, ne lirais pas un roman, ne passerais pas une seule soirée entre amis. Mon seul horizon allait être les cours, les livres d’anatomie, d’histologie, etc... Mes seules escapades seraient pour l’amphi, mes plus belles sorties à la bibliothèque, mes plus belles nuits blanches. Il a bien fait de ne m’en rien dire, j’avais assez la trouille comme ça.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Je suis devenue grise. Je ne me nourrissais que de conserves, de plats surgelés, de sandwiches. Je dormais peu, et mal. Mes rêves étaient peuplés de schémas anatomiques, des coupes de cellules, de formules statistiques. Je ne me rendais même pas compte que je maigrissais, que mes cheveux avaient besoin de voir un coiffeur, que je me transformais en un monstre. La tête de plus en plus pleine, et le reste du corps en friche.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Pour Noël, mon père a eu peur. Il ne m’en a rien dit sur le coup. Mais après que j’ai eu mon concours. Presque deux ans plus tard. Parce que malgré tous mes efforts, tous les sacrifices, je n’ai pas eu mon concours du premier coup. Parce que je ne me suis pas réveillée le jour de l’épreuve d’anatomie. J’ai été à deux doigts de devenir folle. J’ai été à deux doigts de tout laisser tomber, de partir loin, très loin. De me faire oublier du monde. Puis j’ai pensé à mon père. Je ne pouvais pas le laisser.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;J’ai passé l’été avec lui, à le suivre dans ses visites, à discuter avec lui de ses études. Il m’a remonté avec ses histoires, des petits coups de blanc, et des petits plats. J’ai repris le chemin de la fac le coeur moins lourd que quand j’en étais partie. Je me suis replongée à fond dans le travail, mais en m’accordant une soirée de débauche par semaine, un film, une sortie au théâtre, un concert, un vrai livre. Au début je m’en voulais, je culpabilisais. Puis, peu à peu, j’ai oublié mes remords. J’allais bien. Je dormais mieux.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;J’ai eu mon concours, je suis passée en deuxième année; J'avais passé l’obstacle. En découvrant les résultats, j’en ai pleuré. C’est les yeux pleins de larmes que j’ai couru pour sauter au cou de mon père, qui s’est mis lui aussi à pleurer. Après avoir séché nos larmes, nous sommes allés nous asseoir sur un banc. C’est là qu’il m’a dit que je lui avais fait peur quand il m’avait vu revenir, pour les fêtes de fin d’année. Il ne m’avait pas reconnue. Il avait pensé à me faire quitter la fac. Il avait demandé à son ami de me surveiller, de lui faire des rapports réguliers sur mon état et d’intervenir si jamais j’étais trop mal.&lt;br /&gt;Marc grattait du papier, trois ou quatre feuilles étaient par terre, à ses pieds, déjà noircies. Entre deux phrases, il passait sa main dans ses cheveux. Il s'arrêtait régulièrement et se frottait le bout du nez, avant de raturer, rayer, corriger ce qu’il venait d’écrire. Je n’étais pas sûre qu’il avait entendu ce que je venais de raconter.&lt;br /&gt;— Si mon père avait su que son espion couchait avec moi deux fois par semaine, dis-je pour tester son attention.&lt;br /&gt;— Quoi, dit-il en relevant la tête, interloqué ?&lt;br /&gt;— Je plaisante, je voulais voir si vous suiviez.&lt;br /&gt;— Bien sûr que je vous suis, qu’est-ce que vous croyiez&amp;nbsp;? J’ai tout entendu. Je peux vous faire un résumé si vous voulez.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-2423932673320313745?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/2423932673320313745/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-24.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/2423932673320313745'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/2423932673320313745'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-24.html' title='Chapitre 24'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-2166223370844063760</id><published>2010-01-13T06:52:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:45:25.060+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 25</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Si mon père avait su que son espion couchait avec moi deux fois par semaine, dis-je pour tester son attention.&lt;br /&gt;Qu’est-ce que c’était que cela&amp;nbsp;? Est-ce que je rêvais déjà&amp;nbsp;? Est-ce que j’avais perdu la tête&amp;nbsp;? Est-ce qu’elle avait perdu la tête&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Non, rien de tout cela, c’était un test. Juste pour voir si je suivais ce qu’elle me racontait.&lt;br /&gt;— Bien sûr que je vous suis, qu’est-ce que vous croyiez&amp;nbsp;? J’ai tout entendu. Je peux vous faire un résumé si vous voulez. Continuez s’il vous plaît.&lt;br /&gt;Un sourire éblouissant accroché, fière de sa petite blague elle poursuivit. Elle me raconta la suite, plus humaine, de ses études. Ses dîners avec son père, tradition instaurée au cours de la deuxième année, chaque premier jeudi du mois. Ils échangeaient leurs expériences, comparaient avec plusieurs décennies d’écart leur vie d’étudiants en médecine.&lt;br /&gt;— J’ai toujours été proche de lui, sa préférée, je crois que je vous l’ai déjà dit, mais lors de ses dîners, même si au fil des années, ils se firent moins réguliers, pour des raisons diverses, j’étais de plus en plus prise par mes études, par Thomas, et lui par... quoi qu’il en soit, c’est lors de ses dîners que je me suis sentie le plus proche de lui, lors de ses dîners que nous avons été le plus complices, nous partagions plus qu’une relation père-fille, nous devenions des collègues.&lt;br /&gt;Elle aurait pu l’écrire cette histoire. Elle était belle. Elle allait mal se finir, bien sûr, mais les plus belles histoires se finissent mal, il n’y a que dans les films hollywoodiens qu’il y a des happy end.&lt;br /&gt;J’aurais pu l’écrire cette histoire, sous sa dictée, au lieu de me casser la tête à en écrire une originale, juste pour lui faire plaisir. Ce n’était pas si difficile que ça. Ce que j’écrivais, je l’avais depuis longtemps en moi. J’aurais aimé la peaufiner un peu, mais c’était bien qu’elle sorte ce soir, ce matin, cette nuit. Elle venait toute seule. Elle ne résisterait pas à l’épreuve de la relecture, c’est certain.&lt;br /&gt;J’étais à cours de feuilles. Combien en avais-je rempli&amp;nbsp;? Je me penchais pour ramasser celle que j’avais laissé glisser à mes pieds. Déjà huit feuillets. J’étais productif. Plus qu’en temps normal. À quoi est-ce dû&amp;nbsp;? La nuit. Le café. L’alcool. Claire. Une subtile combinaison de ces quatre éléments. Cocktail difficile à reproduire.&lt;br /&gt;— Voilà comment j’ai rencontré Thomas. Je ne dirais pas que ce jour-là j’aurais mieux fait de me casser une jambe, nous avons tout de même passé de bons moments, mais bon, avec le recul... Vous avez fini&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Pas tout à fait. Je suis en manque de matériel.&lt;br /&gt;— Combien de pages&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Huit.&lt;br /&gt;— Vous êtes toujours aussi efficace&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Je ne sais pas si je suis efficace, il faudra voir ce que ça vaut, à mon avis pas grand-chose. En tout cas, je suis productif.&lt;br /&gt;— C’est moi qui vous inspire ?&lt;br /&gt;Elle se leva pour aller chercher d’autres feuilles dans son bureau. Je lui répondis un oui discret, timide, à peine prononcé.&lt;br /&gt;— Je peux lire ce que vous avez déjà écrit, me dit-elle en me tendant de nouvelles pages blanches&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Elle n’attendit pas ma réponse et se saisit des feuillets que j'avais posés sur l’accoudoir du fauteuil. Je ne protestais pas. Je savais qu’il y avait peu de chances qu’elle arrive à me déchiffrer. Peut-être pas les premières lignes, mais celles d’après, quand je me suis mis à vraiment écrire, quand j’ai eu du mal à retenir mon stylo.&lt;br /&gt;J’ai froid.&lt;br /&gt;J’ai faim.&lt;br /&gt;J’ai les pieds en sang&lt;br /&gt;J’ai peur.&lt;br /&gt;J’ai peur.&lt;br /&gt;Avant tout, j’ai peur.&lt;br /&gt;Claire lisait à haute voix les premières lignes de ce que je venais d’écrire. Je l’écoutais sans être mal à l’aise. J’ai du mal à voir les autres lire ce que j’ai écrit. J’ai du mal à parler de ce que j’ai écrit. Alors, entendre dans la bouche d’un autre ce que j’ai écrit est un calvaire. Sauf cette fois. Sauf pour ces mots. Sauf pour Claire.&lt;br /&gt;Je devrais être heureux d’être en vie. Je devrais remercier le ciel d’avoir froid, faim, mal aux pieds. Je devrais louer le Seigneur de sentir mon corps me faire souffrir. J’aurais pu être mort. J’aurais pu tomber sous le feu des fusils. J’aurais pu n’être plus rien qu’un corps inerte, un tas de chair sur le sol, sur la terre gorgée du sang de ceux qui avant ont déjà subi les tirs du peloton d'exécution. Ce corps qui me tiraille, qui me rappelle douloureusement que je suis en vie aurait pu être 75 kilos de viande dans la poussière.&lt;br /&gt;Claire fit une pause. J’avais fini d’écrire. Elle me regarda. Elle me tendit le quelques pages qu’elle avait à la main.&lt;br /&gt;— Je n’arrive pas à lire la suite.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Marc n’avait pas une belle écriture. Les conditions ne lui permettaient pas de me faire de la calligraphie, mais en dehors de cela, il n’avait pas une belle écriture. J’arrivais à déchiffrer les premiers mots, les premières lignes, la première page. Ce qui suivait était illisible, pas des pattes de mouche, autre chose, si j’osais je dirais une écriture de médecin. Même si j’écris mieux que lui, et c’est moi le médecin.&lt;br /&gt;Ce que j’avais lu jusque-là était étrange, je ne comprenais pas de quoi il parlait, de qui surtout. La solution se trouvait dans les autres pages que je tentais de décrypter. Entre les ratures, les renvois dans la marge, et les hiéroglyphes qui entouraient le tout, j’avais du mal à y voir clair.&lt;br /&gt;Je levais les yeux. Marc avait posé le stylo. Il avait fini. Je lui tendis son oeuvre.&lt;br /&gt;— Je n’arrive pas à lire. Vous pouvez le faire pour moi&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Il prit les feuilles. Hésita quelques secondes. Examina les pages manuscrites. Sourit.&lt;br /&gt;— Je savais que vous auriez du mal. Pour tout vous dire, je ne suis pas sûr d’y arriver moi même.&lt;br /&gt;Il se racla la gorge. S’enfonça dans le fauteuil. Posa les feuilles sur ses genoux et se lança.&lt;br /&gt;Je ne les ai pas vu tomber. Je n’ai même pas entendu les coups de feu qui les ont fait tomber. J’étais déjà loin. Je n’entendais que mon souffle, mes pas, les bruits de la forêt, les branches qui sifflaient à mes oreilles. Et mon coeur. Mon coeur qui battait, battait, battait. Si fort, si vite. Mon coeur qui était comme un tambour dans ma poitrine. Le tambour qui rythmait ma course, ma fuite. Mon coeur qui faisait vibrer tout mon corps. Mon coeur dont les battements semblaient résonner au coeur même de la forêt. Mon coeur qui battait si fort que j'eus peur qu’il me fasse repérer.&lt;br /&gt;Je ne les ai pas vu tomber. Pourtant à l’heure qu’il est ils sont tombés. D’ailleurs quelle heure est-il&amp;nbsp;? Combien de temps ai je couru&amp;nbsp;? Où suis-je&amp;nbsp;? Je ne vois rien, c’est la nuit. La nuit noire. Sous les branches je ne vois pas le ciel, pas de Lune, pas d’étoiles. Les ténèbres. Rien que les ténèbres, et les bruits de la forêt. Mon coeur s’est calmé, ma respiration s’est régulée. Je devrais dormir. Je suis fatigué. Pourtant, le sommeil ne vient pas. Je pense à eux.&lt;br /&gt;Ils sont morts maintenant. Tombés sous les balles de leurs bourreaux. J’aurais dû être avec eux. S’ils ne m’avaient pas fait sortir. Si je ne m’étais pas retrouvé devant ce mur. Si je n’avais pas trouvé, au plus profond de moi cette force pour franchir ce mur. Il mesurait combien&amp;nbsp;? 2 mètres, 3 mètres, plus. Il m’aurait paru infranchissable dans d’autres circonstances. Au pied du mur, je n’ai vu qu’un mur qui me séparait de la liberté, pas sa taille. Alors, j’ai couru, j’ai sauté, j’ai grimpé, et je me suis retrouvé de l’autre côté.&lt;br /&gt;Est-ce qu’ils sont morts contre ce mur là&amp;nbsp;? Je ne me souviens pas d’avoir vu de traces de balles. Ni de sang. Ai-je bien vu&amp;nbsp;? Ai je pris le temps de regarder&amp;nbsp;? Je ne revois qu’un mur gris. Avec derrière une forêt, profonde, dense, qui m’a avalé, que j’ai engloutie. Ils m’ont pourchassé. J’ai entendu leur course, leurs cris. Ils n’avaient aucune chance de me rattraper. Je ne courrais pas, je volais. Je traversais l’espace porté par les arbres, les buissons, les fougères, la terre elle-même. Je n’étais plus un fugitif, un prisonnier en cavale, j’étais un esprit. Un pur esprit qui filait.&lt;br /&gt;Marc ne lisait plus. Ils ne jetaient que de temps en temps un oeil aux feuilles qu’il avait noircies. Il s'arrêtait parfois pour voir où il en était, se grattant la tête pour déchiffrer un gribouillis qu’il avait commis quelques minutes plus tôt.&lt;br /&gt;Pourquoi ai je eu cette chance&amp;nbsp;? Pourquoi m’ont-ils fait sortir cette nuit-là&amp;nbsp;? Pourquoi mes gardiens se sont-ils arrêtés pour s’allumer une cigarette&amp;nbsp;? Pourquoi ai-je pu leur échapper&amp;nbsp;? Où ai-je trouvé cette énergie de courir des heures sans faire la moindre pause&amp;nbsp;? Pourquoi suis-je là, fatigué, affamé, blessé, alors que le reste de ma famille est morte&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Ils sont morts, tous. Il ne reste que moi. Rien que moi. Mon père est mort le premier, quand ils sont venus nous chercher. Il n’y croyait pas. Il pensait que ce n’était pas grave. Que nous ne risquions rien. Comme il avait tort. Comme il l’a payé cher.&lt;br /&gt;Je ne voulais pas l’interrompre dans sa lecture, qui n’en était pas une. Pourtant, j'avais tout un tas de questions qui se bousculaient dans ma tête. J’essayais de l’écouter sagement, sans intervenir, mais avant qu’il ne finisse son récit, pendant qu’il faisait une pause pour boire une gorgée de whisky, je suis intervenue.&lt;br /&gt;— De qui vous parlez dans cette histoire&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Marc est un peu déstabilisé. Il fallait qu’il sorte de sa narration. Qu’il revienne dans mon salon, à cette heure avancée de la nuit.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-2166223370844063760?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/2166223370844063760/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-25.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/2166223370844063760'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/2166223370844063760'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2009/12/chapitre-25.html' title='Chapitre 25'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-8898355455775448053</id><published>2010-01-13T06:51:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:45:59.481+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 26</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J'avais du mal à relire certains passages. Ce n’est pas que mes notes me soient utiles pour raconter cette histoire. J’avais écrit tout cela que quelques minutes plus tôt, c’était encore frais dans ma tête. Je l’avais porté pendant tant de mois, tant d’années, avant d’arriver à le coucher sur le papier, pour que je n’aie pas besoin de lire.&lt;br /&gt;Je ne regardais pas Claire. Je me doutais qu’elle m’écoutait, cependant je ne voulais pas voir ses réactions, bonnes ou mauvaises. Je regardais mes feuilles, mes pieds, mes mains, le plafond. J’ai croisé son regard juste un instant, elle en a profité pour me poser une question.&lt;br /&gt;— De qui parlez-vous&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;J’ai mis un petit moment avant de lui répondre. Le temps que je retrouve mes mots, que je sorte de ceux de l’histoire.&lt;br /&gt;— Si ça ne vous dérange pas, j’aimerais finir, après je vous dirais de quoi il s’agit.&lt;br /&gt;J’ai repris le fil de mon récit. J’ai replongé dans cette forêt, dans la peur, le froid, l’angoisse. J’étais seul dans le noir, j’étais perdu, entre la vie et la mort. J’entendais les loups, les craquements des arbres centenaires. Je voyais sous mes yeux défiler les images de la fin de ma famille, de ma vie d’avant, d’un pays, d’un monde. Je n’étais plus moi, j’étais cet homme, ce fugitif, ce rescapé.&lt;br /&gt;Le jour se lève. De la brume s’élève du sol, les oiseaux sortent de leur nid pour saluer le nouveau jour. Il va falloir que je me lève, que je reprenne ma route, que je tourne le dos au soleil, il n’y a plus rien pour moi de ce côté-là. Partir vers l’ouest. Marcher, sans me retourner. Oublier cette terre qui fut la mienne, ce pays qui fut le mien. Je suis un exilé, un apatride, un déraciné. Un déraciné qui marche dans une forêt peut être déjà étrangère. Je ne sais pas où je suis. Combien de temps vais-je savoir qui je suis&amp;nbsp;? Combien de temps vais-je devoir marcher pour me trouver un autre endroit pour vivre&amp;nbsp;? Combien de temps vais-je devoir marcher pour me retrouver, pour ne plus être un fugitif&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Le jour se lève sur mon ancienne vie. Il faut que je marche vers la nuit, vers ma nouvelle vie.&lt;br /&gt;J’ai froid.&lt;br /&gt;J’ai faim.&lt;br /&gt;J’ai mal partout.&lt;br /&gt;Je suis vivant.&lt;br /&gt;Je laissais passer un long silence, je laissais passer un ange comme on dit. Je rassemblais ces feuilles sur lesquelles j'avais jeté plus que couché cette histoire. Cette histoire qu’elle m’avait demandée parce que je ne me sentais pas capable de lui faire son portrait. Tout cela c’était donc, en partie, grâce à elle. Tout ce texte avait surgi parce qu’elle m’avait poussé à l’écrire. Gentiment poussé, amicalement poussé. Pas bien fort, elle n’avait pas besoin d’y mettre beaucoup d’énergie pour me faire tomber. J’avais plus glissé que je n’étais tombé. Glissé avec plaisir.&lt;br /&gt;— C’est l’histoire de mon arrière-grand-père. Du moins telle que je me l’imagine d’après les morceaux d’histoire que j’ai récoltée auprès de ma grand-mère.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Marc finissait son récit sans jeter un seul coup d’oeil à ses notes, sans tourner les quelques pages qui lui restaient. Il écrivait bien. Certes son écriture était déplorable, mais ce qu’il en faisait était beau. Prenant. Émouvant. Et le silence qui suivit son histoire était encore de lui.&lt;br /&gt;Il ramassa ses feuilles, en fit une petite pile, et les déposa sur la table basse. Il garda les mains posées dessus quelques secondes. Pour s’assurer que ses mots n’allaient pas s’envoler, se perdre dans l’air frais de l’appartement. Je savais que je ne pourrais pas les garder. Qu’il partirait avec. Il ne pouvait pas me laisser en l’état ce manuscrit. Je le regrettais, car, même si je n’arrivais pas à les lire, j’en connaissais le contenu.&lt;br /&gt;— C’est l’histoire de mon arrière-grand-père. Enfin, la vision que j’ai de cette histoire, à partir des morceaux de récit que m’en a fait ma grand-mère.&lt;br /&gt;Marc s’était rassis, enfoncé dans le fauteuil. Il me regardait. Il n’avait pas oublié ma question.&lt;br /&gt;— Il était ukrainien, il faisait partie de la noblesse, l’aristocratie. Ou alors, il était membre de la garde du tsar. Les versions de ma grand-mère changent avec le temps. Je dois avoir autant de versions que de fois où elle m’a raconté cette histoire. La seule chose qui ne change pas, c’est qu’il a réussi à fuir son pays au moment de la révolution bolchevique. Est-ce qu’il a quitté le pays calmement, avant que les choses deviennent difficiles a-t-il comme elle me l’a souvent dit échappé à ses bourreaux en sautant par-dessus un mur, le mur de sa prison, je n’en sais rien&amp;nbsp;? Il a laissé sa famille derrière lui, et sa vie aussi, c’est ce qui m’intéresse dans l’histoire. Tout le reste, tous les détails, ce n’est qu'accessoire.&lt;br /&gt;— C’est plus amusant d’imaginer. Enfin, je pense.&lt;br /&gt;— Avec ma grand-mère, il est toujours plus amusant d’imaginer. Je crois que je tiens d’elle pour ça. J’aime prendre un bout d’histoire, et broder autour, remplir les espaces vides, relier les points.&lt;br /&gt;— Elle a d’autres histoires dans ce genre&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Des sacs entiers. Jusqu’il y a peu, je passais mes étés chez elles. À une époque sa maison était pleine à craquer de cousins et cousines. À tel point qu’un été j’ai été obligé d’aménager la remise pour dormir. J’ai passé un été au milieu d’outils rouillés, de pots de peinture sales, d’ustensiles de jardinage divers. Tout ça pour dire, qu’avec un tel public, c’était un délice pour elle de raconter ses histoires. Nous les connaissions toutes plus ou moins, certains de mes cousins n’écoutaient que d’une oreille distraite, moi je m’amusais à repérer les variations dans le récit. Au fil des années ces variations étaient si nombreuses que l’histoire n’avait plus rien à voir avec la première version, et bien souvent plus rien à voir avec la vérité. Mais elles étaient plus belles.&lt;br /&gt;— When the legend becomes fact...&lt;br /&gt;— On publie la légende. Ma grand-mère doit être une disciple de John Ford.&lt;br /&gt;— Vous avez grandi au milieu d’histoires, c’est normal qu'aujourd'hui vous aimiez en raconter.&lt;br /&gt;— J’ai grandi aussi au milieu des saucisses, ce n’est pas pour ça que j’en fais.&lt;br /&gt;Après la lecture de l’histoire de l’arrière-grand-père de Marc, il y avait eu un parfum de gravité dans l’air. L’émotion avait alourdi l’atmosphère. Nous aurions pu rester dans cet état d’esprit, nous aurions pu glisser vers une autre histoire, tout aussi émouvante. Nous aurions pu rester sur ce terrain. J’étais prête. Les saucisses sont venues pour détendre l’atmosphère. J’en finirais presque par croire qu’elles avaient un pouvoir magique. Elles nous avaient permis de lancer cette conversation, ce long échange, et maintenant elles nous faisaient revenir dans des sphères plus matérielles, sur un terrain moins lourd.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-8898355455775448053?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/8898355455775448053/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2010/01/chapitre-26.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/8898355455775448053'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/8898355455775448053'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2010/01/chapitre-26.html' title='Chapitre 26'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-4432712221162772263</id><published>2010-01-13T06:50:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:46:16.360+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 27</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si un jour je décidais de me pencher sur cette soirée pour le moins spéciale, est-ce que serais obligé de dire que le mot clé fut saucisses&amp;nbsp;? &lt;br /&gt;— Certes, je ne me suis pas lancé dans la production de saucisses, pas encore. Qui sait ce que l’avenir peut nous réserver&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Claire émit un petit rire. Elle se leva.&lt;br /&gt;— Je dois m’isoler un moment. Pour faire, vous savez quoi. Ne partez pas.&lt;br /&gt;— Je n’en ai pas l’intention.&lt;br /&gt;Je me saisis de la télécommande de la chaîne, et remis Joe Dassin. Je fermais les yeux. Il devait être pas loin de 4 heures du matin. Il m’avait semblé entendre sonner l’heure pendant que j’écrivais. Je n’avais pas fait attention aux nombres de coups. J’étais trop pris par mon récit.&lt;br /&gt;J’étais fatigué. J’allais payer cher cette nuit. Je n’avais plus l'âge de passer des nuits blanches. Il allait me falloir trois jours pour m’en remettre. Je savais que j’allais me traîner tout le début de semaine, jusqu'à ce que je puisse faire une longue sieste le mercredi après-midi. Je vieillissais mal. Je vieillissais tout court. Quel que soit l'heure,quel que soit le tarif pour cette nuit, je n’avais pas l’intention de partir. Pas encore. Pas avant que je sente que le moment était venu de lever le camp. Je ne savais pas encore ce qui me donnerait le signal. Tout ce dont j’étais sûr c’est que je ne l’avais pas encore vu.&lt;br /&gt;Je vieillissais, c’était indéniable. Je commençais à apprécier Joe Dassin. Ou je redevenais le ringard que j’étais quand j’étais jeune, celui qui ne connaissait rien à la musique, et écoutait les disques de son père. Ringard un jour, ringard toujours. Je peux bien avoir mon disque dur rempli de jazz, soul, rythm &amp;amp; blues, rock, et autres, je reviendrais toujours vers la variétoche française.&lt;br /&gt;On s’est aimé, comme on se quitte chante Dassin. Est-ce que les choses se passent toujours comme ça&amp;nbsp;? Il parait que les chansons populaires ont du succès parce qu’elles parlent de la vie, et disent la vérité. Si je me penche sur ma rupture, son départ, c’est vrai qu’il s’est fait en douceur, sans cri, sans heurts, à l’image de ce que fût notre histoire, un truc tiède.&lt;br /&gt;— À quoi pensez-vous&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Claire s’était installée dans le canapé, en silence, sans que je remarque son retour.&lt;br /&gt;— Je pense à ma grand-mère, je réalise qu’elle n’a jamais dû voir Liberty Valence. Et elle ne doit même pas connaître John Ford.&lt;br /&gt;— Qu’est-ce que vous en savez&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Rien, j’imagine. J’émets une hypothèse.&lt;br /&gt;— J’ai vu le film de Ford une fois avec ma grand-mère. C’était il y a cinq ou six ans. J’étais allé passer quelques jours chez elle, pendant un été. Elle vivait seule depuis la mort de mon grand-père. Nous ne passions plus souvent la voir. Avant, comme vous, mes cousins et moi restions une partie de l’été dans la ferme. Enfin, bref, je m’étais arrêté pour quelques jours, pour lui tenir compagnie. Une nuit, je n'arrivais pas à dormir, je me suis installé dans son salon, et j’ai mis le DVD de L’homme qui tua Liberty Valence. Je l’avais emporté avec moi, ainsi que d’autres titres, pour en profiter tranquillement pendant mes quelques jours de vacances. J’avais réglé le volume au minimum, mais ma grand-mère s’est réveillée, et est venue me rejoindre. Elle s’est installée sur son fauteuil et nous avons regardé le film ensemble. Pour qu’elle puisse suivre, j’avais remis la piste française. Je préfère regarder en VO, mais pour ma mamie, j’ai fait une exception. Sauf que la copie incluait des scènes inédites, et qui n’avaient pas été doublées, ce qui fait qu’à un moment, la VO est revenue. Dans son demi-sommeil, ma grand-mère s’est mise à paniquer, elle pensait qu’elle ne comprenait plus le français. J’ai éclaté de rire en l’entendant dire ça. Elle s’est un peu énervée, me disant que ce n’était pas beau de se moquer des vieilles personnes. Puis elle a rigolé à son tour.&lt;br /&gt;— Je crois que ma grand-mère aurait pu dire la même chose.&lt;br /&gt;— Ce n’est pas beau ce se moquer des vieilles personnes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;&lt;br /&gt;Il fallait que je bouge. Je sentais que je pouvais m’endormir si je restais assise sur le canapé. Je me levais pour aller aux toilettes. Faire d’une pierre deux coups. En plaisantant, je demandais à Marc de ne pas bouger. Je lui disais ça à chaque fois que je quittais la pièce. Il allait finir par se faire des idées.&lt;br /&gt;— Je n’en ai pas l’intention.&lt;br /&gt;S’il savait combien il me faisait plaisir, encore une fois. J’entendis Joe Dassin se remettre à chanter avant que je pousse la porte des WC. Cela me fit sourire. Marc était un type étrange. Le plus étrange était qu’il me plaisait.&lt;br /&gt;Dans quelques heures il allait partir. Il fallait bien qu’il parte à un moment où à un autre. C’est ce qui allait se passer après qui m’interrogeait. Qu’est-ce qu’il resterait de cette nuit&amp;nbsp;? Est-ce que nous nous reverrons&amp;nbsp;? Est-ce que nous poursuivrons cette histoire&amp;nbsp;? Avions-nous une histoire&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Les tours du World Trade Center s’effondrant dans un nuage de poussière me faisaient face. Thomas avait mis cette photo-là. Je l’avais mise sous verre, je voulais la mettre dans mon bureau, mais il trouvait ça déprimant, alors il l’avait accroché sur la porte des toilettes. C’était tout aussi déprimant, mais on la voyait moins. Quand il était parti, j’aurais pu la changer de place. Je m’étais habituée à la voir là. C’était une bonne place. Cet événement majeur, ce jour qui nous avait fait rentrer dans une période de merde devait se trouver dans les chiottes.&lt;br /&gt;Dans le salon Marc paraissait dormir. Tête renversée, yeux fermés. Je m’installais à ma place. Je restais en silence à le regarder. Il était détendu. À l’aise. Pouvais-je lui proposer de rester dormir ici sans qu’il interprète mal mon geste&amp;nbsp;? Il bougea la main pour se gratter le bout du nez. Signe qu’il était éveillé. Je pouvais le tirer de ses réflexions.&lt;br /&gt;— À quoi pensez-vous&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Il me mentit en me parlant de sa grand-mère. J’en profitais pour lui raconter une histoire que je venais d’inventer. Il m’avait contaminé. Je ne voulais pas lui mentir, juste jouer au même jeu que lui. Les mots m’étaient venus sans difficulté, ce récit était né comme par magie dans mon esprit, j’en tirais une certaine fierté. Même si c’était un peu bancal, pas très drôle, il avait souri. Je ne suis pas sûre qu’il avait cru à mon histoire, du moins il ne l’avait pas mise en doute.&lt;br /&gt;— Ce n’est pas beau de se moquer des vieilles personnes.&lt;br /&gt;— Je ne me moque pas des vieilles personnes, je ne me sens plus très jeune moi même.&lt;br /&gt;— Vous n’êtes pas vieux. Quel âge avait vous&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— 33 ans, l’âge du Christ. Il faut que je fasse gaffe.&lt;br /&gt;— Ce n’est pas vieux.&lt;br /&gt;— Quand on passe ses journées entouré d’adolescents, dès que l’on a plus de 20 ans, on est vieux. Je me disais à l’instant que j’allais payer cher cette nuit. Je supporte de moins en moins bien les nuits blanches.&lt;br /&gt;— Vous regrettez cette nuit&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Non, même si je dois la payer en me traînant toute la semaine prochaine, en étant irritable, exécrable avec les élèves, odieux avec mes collègues, je ne regrette rien. Pas encore.&lt;br /&gt;— Vous pensez qu’il peut encore se passer des choses que vous pourriez regretter&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Nous sommes fatigués, nous avons bu, qui sait ce qui peut se passer d’ici à ce que je parte. D’ailleurs, peut-être faudrait-il que je vous quitte maintenant.&lt;br /&gt;Voulait-il me faire pleurer&amp;nbsp;? Il m’avait pourtant dit qu’il n’avait pas l’intention de partir, pas de suite, pas maintenant. Jouait-il avec mes nerfs&amp;nbsp;? Voulait-il voir jusqu’où j’étais prête à aller pour qu’il reste&amp;nbsp;? À lui ouvrir mon lit&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-4432712221162772263?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/4432712221162772263/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2010/01/chapitre-27.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/4432712221162772263'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/4432712221162772263'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2010/01/chapitre-27.html' title='Chapitre 27'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-1259774165522494116</id><published>2010-01-13T06:49:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:46:36.514+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 28</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette fois-ci j’entendis les 5 coups de cloches provenant les l’église voisine. Le temps filait à une vitesse. Surtout lorsque l’on est en bonne compagnie. Est-ce que je devais encore attendre&amp;nbsp;? Est-ce qu’il y avait quelque chose à attendre&amp;nbsp;? Il fallait que je provoque un peu les choses, ou que je parte.&lt;br /&gt;— Vous ne voulez pas un dernier verre avant de partir&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Claire s'était levée avant moi, se dirigeant vers les bouteilles.&lt;br /&gt;— Vous ne croyez pas que nous avons abusé ce soir des alcools forts, lui dis-je alors qu’elle versait déjà une nouvelle rasade whisky dans un verre lourd&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Nous ne sommes pas ivres. Nous avons été raisonnables. Ne me dites pas que vous avez dépassé vos limites.&lt;br /&gt;Elle tentait de me retenir encore un peu, m’amadouant avec un verre, et le plus beau sourire qu’elle était capable de produire.&lt;br /&gt;— Je ne vais pas vous mentir, je me suis déjà mis dans des états lamentables, lui dis-je, mais je ne tiens pas à vous offrir ce genre de spectacle déplorable.&lt;br /&gt;— Il faut parfois savoir lâcher prise, l’alcool est un bon moyen de s’oublier un moment.&lt;br /&gt;— Et l’alcool sait vous rappeler douloureusement que vous vous êtes oublié.&lt;br /&gt;— Vous êtes loin de cet état là. Allez un dernier verre, pour me faire plaisir.&lt;br /&gt;D’autorité elle me mit ce dernier verre entre les mains.&lt;br /&gt;— Ordres du médecin.&lt;br /&gt;— La dernière fois que je me suis mis minable... Non je ne vous raconterais pas cette fois-là. Je ne veux pas casser l’ambiance.&lt;br /&gt;— C’était aussi lamentable que ça&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Et bien pire encore, mais ce n’est pas ça, les circonstances étaient trop cafardeuses. Je n’ai pas envie d’en parler. Non, je veux une cuite joyeuse. Une cuite qui vous fait faire des choses folles, mais drôles.&lt;br /&gt;Je n’allais pas lui dire que la dernière fois que j’avais bu plus que de raison j’étais seul. Avec une bouteille de champagne. Sophie venait de partir. J’étais rentré après le boulot. Je savais qu’elle devait passer pendant la journée pour prendre les affaires qui restaient chez nous. Chez moi. Désormais juste chez moi. Il ne restait plus une trace d’elle. Ses tiroirs étaient vides. Son côté de la penderie désert. Plus un seul flacon de produit de beauté dans la salle de bain. Même ses livres avaient quitté la bibliothèque. J’étais seul dans le grand appartement. Alors, j’avais pris la dernière bouteille de champagne qui traînait dans le frigo. Je l’avais regardée un moment. Hésitant. Est-ce que c’était bien raisonnable de l’ouvrir&amp;nbsp;? De la boire&amp;nbsp;? Je n’avais pas envie d’être raisonnable. J’avais envie d’oublier. De me laisser prendre au piège du confort de l’alcool, cette douce torpeur, cet état cotonneux. Le bouchon a sauté. La mousse a coulé le long du goulot. Je me suis versé un verre, et puis un autre, et encore un autre. Jusqu’à ce que la bouteille soit vide. Que je vois le monde un peu flou, qu’il n’ait plus les bords tranchants. Je me suis endormi tout habillé sur le canapé. J’ai passé une nuit sans rêves. Je n’ai pas eu de gueule de bois, je n’ai eu aucun problème pour me lever. Etait-ce une raison pour raconter cette histoire ?&lt;br /&gt;— La dernière fois que je me suis prise une cuite joyeuse c’était le jour où j’ai passé ma thèse, me dit Claire. Il y avait toute ma famille, mes amis, et beaucoup trop à boire. Non, je dis n’importe quoi. C’est après qu’il y avait trop à boire, et que j’ai fait preuve de peu de volonté. Il faut dire qu’outre la bonne humeur, la joie d’en avoir fini avec les études, ce qui suffisait à me faire boire, j’ai croisé Thomas. Pour la première fois depuis notre rupture. Il semblait heureux au bras de sa nouvelle amie. Elle était canon sa pouf. Je me suis sentie conne. Alors, j’ai bu. J’étais docteur en médecine, et incapable de résister à la vision de mon ex avec sa copine. Je ne me souviens pas de tout. Il parait que j’ai fini dans un triste état. J’ai chanté dans la rue, sauté dans les fontaines, accosté des inconnus, vomi sur des voitures. Rien que de bien classique. Tout aussi classique que les douleurs du lendemain.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Marc devait me prendre pour une alcoolique. Nous n’avions pas bu tant que cela. Quelques verres. Beaucoup de café. Un peu de whisky. Mais à chaque fois c’est moi qui lui proposais, à chaque fois c’est moi qui prenais l’initiative de verser une rasade de whisky. Lui n’avait réclamé que du café. Et bien tant pis. Qu’il pense ce qu’il veut. Si boire un nouveau verre me permettait de le garder encore un peu, et de trouver le courage d’aller jusqu’au bout.&lt;br /&gt;Je n’étais pas une alcoolique. Je buvais, parfois trop, comme tout un chacun. Je lui racontais ma dernière soirée alcoolisée. Je n’étais pas fière de ce que j’avais fait, ce qui ne m’empêchait pas d’en rire aujourd’hui. Cela ne faisait pas de moi une ivrogne, qui aime à raconter ses exploits alcoolisés.&lt;br /&gt;— Après ça, je ne vois pas comment je peux surenchérir, dit Marc, toutes mes histoires de beuveries sont bien pâles.&lt;br /&gt;— Vous êtes méchant. C’est la seule fois de ma vie que j’ai fait des trucs pareils.&lt;br /&gt;— Je n’ai jamais vomi dans la rue. Je n’ai jamais dansé dans les fontaines...&lt;br /&gt;— C’est parce que vous êtes trop sérieux. Je suis sûre que vous avez le vin triste.&lt;br /&gt;— Il fut un temps où c’était le cas.&lt;br /&gt;— Et maintenant&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Et maintenant je bois juste ce qu’il faut pour ne pas faire de bêtises.&lt;br /&gt;— Un homme qui garde toujours le contrôle, même sous l’influence de l’alcool. C’est rare.&lt;br /&gt;— Vous n’arriverez donc pas à me saouler pour pouvoir abuser de moi.&lt;br /&gt;— Il va falloir que j’abuse de vous alors que vous êtes encre sobre.&lt;br /&gt;— Au moins, j’en garderais quelques souvenirs.&lt;br /&gt;— Je vous promets qu’ils ne seront pas tous désagréables.&lt;br /&gt;Un ange passa. Juste perturbé dans son vol par Joe Dassin qui continuait de chanter des chansons populaires, chansons que connaissaient les élèves de Marc. Nous dérapions. Marc avait raison, nous avions sans doute trop bu, l’un comme l’autre. Nous étions à deux doigts de voir s’installer le malaise.&lt;br /&gt;— Peut-être allons-nous trop loin&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Je ne pouvais donner tort à Marc. Il devait avoir l’esprit encore assez clair. Plus que moi&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Si au lieu d’un nouveau verre d’alcool de grains, qui risquerait de nous faire faire des choses regrettables, nous passions à une boisson plus sage, mais plus sûre, proposa-t-il.&lt;br /&gt;— J’ai du Perrier dans le frigo, dis-je en initiant un mouvement pour m’extraire du canapé.&lt;br /&gt;— Restez assise, je vais le chercher.&lt;br /&gt;Je le regardais partir vers la cuisine. Il ne tanguait pas. Sa démarche était assurée. En aurait-il été de même pour moi&amp;nbsp;? Je me voyais déjà m’affaler de tout mon long à peine levée, offrant un spectacle peu reluisant de ma personne.&lt;br /&gt;Il alluma la lumière, je l’entendis farfouiller dans les placards, ouvrir le frigo, et parler avec Woodstock.&lt;br /&gt;J’en avais assez de Joe Dassin. Les chansons populaires, la variété française c’est sympathique, mais pas trop longtemps. Oserais-je aller changer le disque&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-1259774165522494116?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/1259774165522494116/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2010/01/chapitre-28.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/1259774165522494116'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/1259774165522494116'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2010/01/chapitre-28.html' title='Chapitre 28'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-6034143819926859718</id><published>2010-01-13T06:48:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:46:57.312+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 29</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’allumais la lumière. Le néon agressif me fit plisser les yeux et réveilla Woostock qui dormait sur l’une des chaises. Il leva la tête et suivit mes explorations dans la cuisine de sa maîtresse. Je trouvais sans problème les boites de Perrier. Il n’en fut pas de même pour les verres.&lt;br /&gt;— Tu ne pourrais pas m’aider un peu, lui dis-je sans que cela ne provoque la moindre réaction de sa part.&lt;br /&gt;Après avoir ouvert plusieurs placards, je mis la main sur deux verres que je posais sur la table à côté des canettes. Woodstock me suivait toujours de son regard vert et énigmatique. Je me postais face à lui.&lt;br /&gt;— Je crois que je commence à tomber amoureux de ta maîtresse mon cher Woodstock.&lt;br /&gt;Il ne dit rien.&lt;br /&gt;— C’est un fait elle me plaît de plus en plus. Il fallait que je le dise à quelqu’un, et comme je ne peux pas encore le lui dire à elle, c’est à toi que je le dis, mais tu dois garder le secret.&lt;br /&gt;Un timide miaulement me répondit. Je caressais Woodstock sur la tête et j'attrapais les verres et les canettes. Woodstock quitta la chaise et me suivit alors que je regagnais le salon.&lt;br /&gt;— Faites attention, vous êtes suivi, me lança Claire.&lt;br /&gt;— Je crois que nous nous entendons bien lui et moi, dis je en remplissant le verre de Claire.&lt;br /&gt;— C’est un gentil chat, qui sait reconnaître les gentils garçons.&lt;br /&gt;— Est-ce que ça veut dire que je fais partie des gentils garçons&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Bien entendu, vous me servez à boire, vous veillez à ce que je ne me saoule pas, et vous allez changer le disque parce que j’ai la flemme de me lever.&lt;br /&gt;— Je veux bien, mais dans ce cas c’est moi qui choisis. Tant pis si ça ne vous plaît pas.&lt;br /&gt;— Vous avez bon goût, j’aimerais forcément. Et puis vous allez choisir parmi mes disques, il y a donc peu de chances que je n’aime pas.&lt;br /&gt;Woodtock s’était installé dans mon fauteuil. Je lui dis en passant à côté de lui qu’il allait devoir me rendre ma place dans un moment. Je choisis de ne pas interpréter son miaulement, de peur que ce soit une insulte.&lt;br /&gt;— Qu’est ce que vous voulez comme ambiance&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Si on revenait à quelque chose de tranquille.&lt;br /&gt;— De jazzie&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Parfait.&lt;br /&gt;Je fouillais dans les CD de Claire. J’étais tenté de remettre Bill Evans. C’est toujours un bon choix. Un choix sûr et de bon goût. Cependant, Bill avait déjà eu son tour de piste. Il fallait qu’il cède sa place à un autre. Et je n’avais pas envie de jazz pur et dur. Juste quelque chose de jazzy. Je passais donc sur les disques d’Ella, je ne voulais pas non plus que Claire se mette à pleurer. Billie Holliday resta dans les bacs. Il est parfois difficile de faire des choix. Claire avait de très bons goûts musicaux. Je lui en fis part.&lt;br /&gt;— C’est grâce à mon père. C’est lui qui a acheté la plupart des CD de ma collection. Son plus grand regret c’est ne pas avoir réussi à converser sa collection de vinyles. Ils ont tous disparu dans l’incendie de son appartement. Il m’a raconté qu’il se foutait d’avoir perdu toutes ses chemises, ses bouquins, même ses cours. Mais sa collection de disques, c’était irremplaçable. C’était juste avant qu’il n’emménage avec ma mère. Disons que l'incendie a un peu accéléré les choses, et facilité le déménagement. Il n’a jamais réussi à retrouver tous ses disques. Il a pourtant hanté les foires, les disquaires, les bouquinistes. Il s’en est constitué une autre. Sans doute plus importante, mais qui n’avait pas la même valeur pour lui. Ces disques-là il pouvait se les payer, se les offrir. Les autres pour les avoir il avait dû travailler, économiser. Il m’a dit que pour s’acheter un exemplaire d’un disque de Coltrane dédicacé par l’artiste il avait passé un mois entier à manger des pâtes, sans fumer, sans sortir avec ses amis, sans acheter de journaux, ni de livres. À la fin du mois, il n’avait toujours pas assez pour payer le disque. Alors, le disquaire lui a fait crédit. En rentrant chez lui, il’ n’a pas osé mettre le disque, ni même le sortir de sa pochette. Il a attendu de l’avoir payé en entier pour l’écouter.&lt;br /&gt;Il n’y avait pas de disque de Coltrane dédicacé par l’artiste, je l’aurais fait tourner dans la seconde si cela avait été le cas. Je trouvais tout de même de quoi créer une bonne ambiance musicale pour cette fin de nuit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Après quelques minutes à chercher le disque parfait, Marc jeta son dévolu sur Paolo Conte. Le crooner italien à la voix cassée chanta la nostalgie, la mélancolie, le goût des temps passés. Tout ce qu’il fallait pour parfaire cette nuit.&lt;br /&gt;Marc revint s’asseoir face à moi, en délogeant Woodstock du fauteuil avec douceur. Ce dernier ne lui en voulut pas de s’être fait expulser, et une fois Marc installé il sauta sur ses genoux à la recherche de quelques caresses.&lt;br /&gt;Je bus plusieurs gorgées de Perrier, la fraîcheur et les bulles me firent du bien. Me réveillèrent un peu. J’étais loin de pouvoir tenir encore toute une journée sans dormir, mais je sentais que je pourrais sans doute voir le jour se lever.&lt;br /&gt;Quand j’en trouverais le courage, j’irais chercher les disques de mon père. Quand j’aurais encore plus de courage, je les écouterais. Je refusais de les perdre. Je refusais de les voir prendre la poussière dans le garage de ma mère. Il était encore trop tôt pour qu’ils trouvent leur place chez moi. Avec le temps, je leur ferais une place.&lt;br /&gt;— Quel est votre pire cauchemar, demandais-je à Marc&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Je crois que c’est de perdre la mémoire, mais je vous l’ai déjà dit.&lt;br /&gt;— C’est vrai. Moi, j’ai longtemps fait le même rêve. Je rentre chez moi, enfin chez mes parents et ils ne me reconnaissent pas. Ils me demandent qui je suis, ce que je fais chez eux, ils appellent la police. Alors, je m'enfuis, je marche dans la rue, les gens me dévisagent. Partout où je vais, dans tous les endroits familiers, tous les endroits où je sais que je suis connue, c’est la même chose, personne ne me reconnaît. Je croise des amis, des collègues, et personne ne sait qui je suis. Je finie par trouver un miroir pour me voir, pour me reconnaître. Là ce n’est pas moi, c’est un autre visage que le mien, à chaque fois différent.&lt;br /&gt;— C’est intéressant comme rêve. J’aimerais avoir des notions de psychiatrie pour l’interpréter.&lt;br /&gt;— C’est idiot ce que je viens de faire. Il n’y a pas plus emmerdant que les rêves des autres.&lt;br /&gt;— C’e n’est pas vrai. Ça peut être passionnant pour apprendre à connaître quelqu’un. Je vous jure que si je vous croise dans la rue un jour, par hasard, je vous reconnaîtrais.&lt;br /&gt;— Vous croyez que nous nous recroiserons un jour.&lt;br /&gt;— Je vais même vous dire mieux, je crois que c’est le début d’une grande amitié.&lt;br /&gt;Marc souriait en caressant Woodstock. Il était fier d’avoir cité Casablanca. Il attendait que je dise quelque chose comme: “We'll always have Paris”. Je n’avais pas envie de lui faire plaisir. Je n’avais pas envie que nous restions amis. Dans ce cas j’aurais pu lui dire: “Kiss me. Kiss me as if it were the last time.”. Un peu audacieux, mais s’il voulait faire un concours de citation, il fallait qu’il soit prêt à payer le prix.&lt;br /&gt;— Play it again, Sam, fut tout ce que je trouvais à répondre.&lt;br /&gt;— Je pense avoir trouvé mon maître en matière de citations.&lt;br /&gt;Marc eut la délicatesse de ne pas me faire remarquer que je m’étais trompée. Jamais dans le film cette phrase.&lt;br /&gt;— Et en dehors de perdre la mémoire, est-ce qu’il y a un cauchemar qui vous obsède&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-6034143819926859718?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/6034143819926859718/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2010/01/chapitre-29.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/6034143819926859718'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/6034143819926859718'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2010/01/chapitre-29.html' title='Chapitre 29'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-1851765680760532766</id><published>2010-01-13T06:47:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:47:14.158+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 30</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Play it again Sam.&lt;br /&gt;J'aurais pu lui dire que c’était le titre d’un film avec Woody Allen, mais pas une réplique de Casablanca. Dans le dialogue entre Ingrid Bergman et le pianiste jamais on n’entendait cette phrase. C'était une erreur commune, au point que certains en voyant le film pour la première fois s’étonnaient de ne pas l’entendre. J’aurais pu lui faire la remarque, mais au fond de moi je savais qu’elle savait, alors à quoi bon&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Et en dehors de perdre la mémoire, est-ce qu’il y a un cauchemar qui vous obsède&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Le classique, arriver nu au boulot.&lt;br /&gt;— Ce n’est pas du jeu. Je veux quelque chose de plus personnel.&lt;br /&gt;— Laisser voir à tout le monde mes parties intimes, je trouve que c’est assez personnel.&lt;br /&gt;— Ne trichez pas, je vous ai confié une peur profonde, un rêve intime, à votre tour.&lt;br /&gt;— Longtemps, j’ai rêvé que je retournais dans mon ancien lycée. J'avais raté mon bac, il fallait que je le repasse. Au début ce n’était pas tellement bizarre, mais au fil des années je vieillissais, je faisais tache dans une classe d’ado, et puis il fallait que je jongle avec mes autres activités. Mes cours à la fac, mes jobs d’été. Le plus étrange, c’est que pendant quelque temps après que j’ai pris ce boulot justement dans mon ancien lycée, je continuais à faire ce rêve, je devais aller en cours, et surveiller les élèves. Un truc très perturbant. Enfin, comme vous le disiez, il n’y a pas plus chiant que les rêves des autres.&lt;br /&gt;Claire vida le reste de sa canette dans son verre, et l’avala d’un trait.&lt;br /&gt;— Vous voulez que j’aille vous chercher un autre Perrier&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Non ce ne sera pas nécessaire. Si ça ne vous gêne pas, je vais m’étendre un peu sur le canapé.&lt;br /&gt;— Vous êtes chez vous, je ne vais pas vous empêcher de vous relaxer. Simplement, dites-moi si vous voulez dormir, je vais vous laisser.&lt;br /&gt;— Non, je me repose juste un peu. Restez. Racontez-moi comment vous vous êtes retrouvé à travailler dans votre ancien collège.&lt;br /&gt;— C’est une question piège. Une question pour que je reste jusqu’à ce que je tombe de fatigue. C’est une longue histoire.&lt;br /&gt;Une histoire que je n’avais pas envie de raconter. Une histoire que je n’arrivais pas à me raconter. Une histoire pleine de larmes et de souffrance. Une histoire qui ne cadrait pas avec cette nuit. Une histoire que je portais, elle aussi, depuis longtemps.&lt;br /&gt;— Faites-moi en un résumé, s’il vous plaît.&lt;br /&gt;Difficile de résumer presque un tiers de ma vie. Voir plus. Parce que si je me lançais dans cette histoire, pourquoi me contenter des dernières années, il fallait que je remonte plus loin encore, jusqu’au tout début, jusqu’à la première fois où j’ai franchi ce grand portail.&lt;br /&gt;Oh, et puis tant pis. Il devait y avoir une façon d’en faire quelque chose de drôle. Il y a toujours une façon de faire rire, même avec les histoires tristes. Surtout avec les histoires tristes.&lt;br /&gt;— Tout a commencé au pire moment de ma vie, quand j’étais au fond du trou, quand je pensais que la vie ne valait pas la peine d’être vécue.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je m’allongeais sur le canapé. Je commençais à ressentir la fatigue. La nuit était bien avancée. Pour ainsi dire terminée. Je ne voulais pas savoir l’heure qu’il était. Trop tard, trop tôt. Question de point de vue. Tout est toujours une question de point de vue. Pour le moment le seul qui s’offrait à moi était celui de mon plafond.&lt;br /&gt;Je me sentis partir doucement, m’enfoncer dans la torpeur qui précède le sommeil. Je ne voulais pas m’endormir. Je voulais encore parler avec Marc. J’avais encore des choses à lui dire. Encore des secrets à partager. Encore des questions à lui poser.&lt;br /&gt;— Comment vous êtes vous retrouvé à travailler dans votre ancien collège&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Ce n’était pas la question que j’avais envie de lui poser en priorité. C’est pourtant celle qui me vint à l’esprit en premier.&lt;br /&gt;Il a dû sourire. J’ai senti dans sa voix la présence du sourire sur ses lèvres. C’est la seule chose que j’ai vraiment entendue. Je n’ai pas prêté attention à ce qu’il m’a raconté. J’ai saisi qu’il évoquait sa jeunesse, ses années d’interne, un ami disparu, c’est tout. Sa voix m’a bercée. Son phrasé, ses inflexions, ses intonations m’étaient devenues familières au cours de cette nuit.&lt;br /&gt;Mon esprit s’est mis à vagabonder. Je me suis revue courant après lui, pieds nus, sur le gravier. Cela ne remontait qu’à quelques heures, il me semblait qu’il s’était écoulé des jours, des semaines. Quelques heures. Nous nous étions dit tant de choses. Je ne pouvais plus dire, penser qu’il était un inconnu. Quelques heures. Je me sentais bien avec lui. J'avais agi bizarrement. D’une façon qui ne me ressemblait pas. Je ne le regrettais pas. Je pensais que j’allais perdre mon temps, m'ennuyer ferme. Cela avait été le cas au début. Jusqu'à ce qu’il apparaisse. Surgisse. Quelques heures. Est-ce que j’étais en train de tomber amoureuse ? J’aimais sa voix. Sa façon de parler. La distance ironique qu’il mettait dans ses histoires. Est-ce que ça suffit&amp;nbsp;? J’aimais son regard. La façon qu’il avait de m’écouter. Quelques heures. Non je ne tombais pas amoureuse. Je ne voulais pas. Nous n’avions passé que quelques heures ensemble. Par hasard. Par accident. Ce n’était plus un inconnu certes, mais est-ce que je le connaissais&amp;nbsp;? J’avais l’impression. Il m’était familier par bien des aspects. Certains que je ne saurais expliquer. D’autres évidents. Il me faisait penser à mon père. Je ne voulais pas tomber dans le cliché. Tomber amoureuse d’un homme qui ressemble à son père. Quelques heures. Et après&amp;nbsp;? Le matin allait arriver. Il allait partir. Et après&amp;nbsp;? Nous avions eu une belle nuit. Étrange nuit. Nous avions trouvé quelqu’un répondant à un besoin. Besoin de se confier. Besoin d’être écouté. Même si je ne lui avais pas tout dit. Pas dit ce que je voulais dire. Même si je me doutais qu’il ne m’avait pas tout dit. Quelques heures. Est-ce qu’il nous restait quelques heures&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;J’ai fermé les yeux. J’entendais toujours Marc. Je ne comprenais pas ce qu’il me racontait. J’attrapais quelques mots au passage. Bribes de phrases perdues. Il m’était impossible de comprendre. Des images naissaient dans mon esprit. Petit à petit, la voix de Marc se fit plus lointaine, plus imprécise, jusqu’à s’effacer et devenir celle de mon père.&lt;br /&gt;Je le revoyais dans son vieux fauteuil, un livre ouvert sur les genoux, lunettes sur le bout du nez. Il me parlait de sa jeunesse, de son père, de ses études, de la vie, de l’amour, la mort, et toutes ces choses sans importance. Il aimait cette formule. Quand ma mère lui trouvait les yeux fixant un point imprécis et lui demandait à quoi il pensait, il lui répondait toujours la même chose, cette phrase. Il ajoutait un sourire en coin.&lt;br /&gt;— Je ne sais pas dire non. Ou difficilement.&lt;br /&gt;Cette phrase a surgi dans mon rêve, mon demi-sommeil. M’en tirant aussitôt.&lt;br /&gt;C’était la voix de Marc, mais elle sortait de la bouche de mon père. Je l'avais souvent entendu dire ce genre de chose. Je me suis redressée. Marc a arrêté son récit.&lt;br /&gt;— Pourquoi vous êtes-vous mis en colère&amp;nbsp;? La question me travaillait depuis notre rencontre. Je la lui posais enfin.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-1851765680760532766?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/1851765680760532766/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2010/01/chapitre-30.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/1851765680760532766'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/1851765680760532766'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2010/01/chapitre-30.html' title='Chapitre 30'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-8750540766123348686</id><published>2010-01-13T06:46:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:47:30.765+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 31</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’aurais dû avoir une magnétophone pour enregistrer tout ce que je disais. Vu mon état je n’étais pas certain de pouvoir m’en souvenir, et les deux seuls auditeurs n’étaient pas digne de confiance. Woodstock m’avait quitté depuis un moment, juste quand j’arrivais aux meilleurs moments de mon histoire; quant à Claire, allongée sur son canapé je la soupçonnais de dormir, et de ne rien entendre de ce que je racontais.&lt;br /&gt;Elle avait bien tort. C’était bien. Le pire c’est que je n’arriverais jamais à faire aussi bien. Dès que je me retrouverais devant ma feuille, mon clavier, j’aurais ce foutu blocage, et je n’arriverais qu’a aligner des platitudes, des clichés, et à jouer sur le registre du pathétique. Là, tout était beau, léger, drôle, y compris dans les passages les plus difficiles. Y compris dans la mort et la dépression.&lt;br /&gt;Avais-je trouvé ma muse ? C’était la seconde fois que j'arrivais à raconter une histoire qui me trottait dans la tête depuis des lustres sans que j’arrive à la faire sortir. Deux fois Claire m‘avait demandé de lui raconter des histoires, et deux fois j’étais arrivé à le faire, sans problème, avec une facilité déconcertante. Si elle était ma muse, c’était en pure perte. Elle était incapable de lire ce que j’avais écrit plus tôt dans la nuit, et là, elle n’entendait pas ce que je racontais.&lt;br /&gt;Tant pis pour elle. Je poursuivais. J’avançais vers la fin. Vers la réponse à la question de Claire.&lt;br /&gt;— J’aurais pu continuer à vivre comme un reclus, un ours, un asocial, dans mon appartement, fermé à double tour, ne sortant que pour me ravitailler. Parfois, pourtant, il est difficile de faire que ce que l’on a envie. Surtout quand la pression familiale est forte. Ma mère s’y connaît dans le domaine. Ce n’est pas qu’elle a insisté pour que j’aille à cet entretien. C’est pire. En plus, je ne sais pas dire non. Ou difficilement. &lt;br /&gt;Claire s’est relevée tout d’un coup. Elle n’avait pas prononcé un mot pendant toute ma tirade. Et voilà que sur cette dernière phrase elle reprenait conscience.&lt;br /&gt;— Pourquoi vous êtes-vous mis en colère?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour la première fois, je remarquais son regard, son intensité, sa profondeur. Il me fixait pour la première fois. Les yeux dans les yeux.&lt;br /&gt;— Pourquoi se met-on en colère&amp;nbsp;? Parce que l’on est exaspéré par quelque chose&amp;nbsp;? Parce que l’on a épuisé toute sa patience&amp;nbsp;? Parce que...&lt;br /&gt;Marc se mit à fouiller dans ses poches. Ce n’était pas la première fois que je le voyais faire.&lt;br /&gt;— Vous cherchez quoi&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Pardon.&lt;br /&gt;— Vous cherchez quoi&amp;nbsp;? Ça fait plusieurs fois que je vous vois fouiller dans vos poches à la recherche de quelque chose qui de toute évidence ne s’y trouve pas.&lt;br /&gt;— Qui ne s’y trouve pas, et qui en plus, n’a aucune raison de s’y trouver. Je cherche un cigare. Ça fait des années que je n’en ai pas fumé. Ça ne me manque pas, sauf ce soir, je ne sais pas pourquoi.&lt;br /&gt;— Ne bougez pas&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;J’allumais la lampe de mon bureau, ce qui fit sortir Woodstock de sa tanière. Il vint se frotter contre mes chevilles, je lui accordais une caresse rapide avant de me lancer dans mes recherches.&lt;br /&gt;Je n’arrivais pas à me souvenir où j’avais rangé cette boite de cigare. Je ne voulais pas m’en souvenir. J’avais volontairement oublié où je l’avais cachée. Je l’avais achetée pour l’anniversaire de mon père. Je n’avais jamais pu la lui offrir. Elle était restée dans mon bureau, dans un tiroir, un placard, cachée pour ne pas la voir, ne pas l’avoir sous les yeux, pour ne pas la voir me le rappeler, me rappelle cette fête d'anniversaire qui n’a jamais eu lieu.&lt;br /&gt;J’ouvris des tiroirs, des portes de placards, poussais des piles de livres avant de la trouver. Derrière des bouquins, ses bouquins, tous les bouquins que j’avais récupérés après sa mort, tous ses livres qu’il entassait dans son bureau, en vrac, en tas, dans ce désordre qui faisait râler ma mère parce qu’ils prenaient la poussière.&lt;br /&gt;Elle avait elle aussi pris la poussière. Elle portait encore le ruban rouge dont je l’avais parée pour faire plus cadeau. Je le détachais et le mis dans la corbeille.&lt;br /&gt;Marc n'avait pas bougé. Il s’était plongé dans un des magazines qui traînaient sur la table basse. Il leva les yeux en m’entendant revenir. Je déposais la boite devant lui et l’invitais à se servir.&lt;br /&gt;Il hésita. Me fit remarquer que la boite n’avait pas encore été ouverte, que c’était de très bons cigares, qu’il ne voulait pas. Je repoussais toutes ses objections. Il avait envie d’un cigare. J’en avais une boite. Où était le problème&amp;nbsp;? Je lui en offrais un, voire deux, ou plus. Il ne pouvait pas refuser. Il fit sauter le sceau et ouvrit la boite. Il attrapa un des havanes, le fit rouler entre ses doigts, le huma, l’écouta. Je connaissais tous ces gestes.&lt;br /&gt;— Il vous manque un coupe-cigare, lui fis-je remarquer.&lt;br /&gt;— Je peux m’en passer, me répondit-il en mordant l'extrémité du cylindre de tabac, ce qui risque de me faire plus défaut c’est du feu, et éventuellement un verre de cognac.&lt;br /&gt;Je me levais pour lui verser un verre, au passage je trouvais un briquet que je lui lançais. Il l'attrapa au vol, l’alluma et s'apprêta à allumer son cigare, mais juste avant que la flamme ne touche le bout de celui-ci il stoppa son geste.&lt;br /&gt;— Ça ne va pas vous gêner&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Ma mère ne supportait pas l’odeur du tabac. Surtout celle des cigares que fumait mon père. Ce n’est pas qu’il en fumait beaucoup. Ça lui arrivait à l’occasion. À la fin d’une journée difficile. Parfois parce qu’il était content après un bon repas. Il sortait sur le balcon ou dans le jardin quand on en a eu un, pour s’adonner à son petit plaisir. Moi ça ne m’a jamais dérangée. J’aimais plutôt ça. Je le suivais dans son exil volontaire pour profiter de l’odeur. Je n’ai jamais été tentée de fumer comme lui, mais la fumée ne me dérangeait pas. Je me souviens qu’il lui arrivait aussi de fumer dans son cabinet, en fin de journée, le vendredi, ou les dimanches où il était de garde. Il ouvrait la fenêtre s’asseyait sur le rebord et prenait le temps d’un havane.&lt;br /&gt;— Si vous ne fumez pas, pourquoi cette boite.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-8750540766123348686?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/8750540766123348686/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2010/01/chapitre-31.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/8750540766123348686'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/8750540766123348686'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2010/01/chapitre-31.html' title='Chapitre 31'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-3367163057268401328</id><published>2010-01-13T06:45:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:47:48.495+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 32</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;— Ne bougez pas&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;Claire me laissa seul dans le salon, s’éclipsant dans son bureau. Je ne voyais pas pourquoi j’aurais bougé. J’avais déjà visité l’ensemble de son appartement. À part sa chambre. Plus tard peut-être. Pour l'instant, je ne pouvais qu’imaginer à quoi elle ressemblait.&lt;br /&gt;J’hésitais encore entre la vraie chambre de fille, lit en cuivre, dessus-de-lit fleuri, papier peint coloré, reproduction des danseuses de Matisse sous verre, poupée et peluches vestiges de son enfance sur les étagères, ou alors chambre sobre, un lit sans cadre, couette toute simple, décoration minimale, photos noir et blanc sur une commode en chêne, des piles de livres sur la table de chevet. J’aurais plus tendance à croire à cette seconde version.&lt;br /&gt;Je l’entendais farfouiller dans son bureau. J’avais envie d’aller voir, mais elle m’avait demandé de ne pas bouger, et je suis un garçon obéissant.&lt;br /&gt;J’attrapais un magazine qui traînait et tentait de m'intéresser aux articles, les lignes dansaient devant mes yeux difficiles de rester concentré à cette heure, je me contentais de me rincer l’oeil sur les photos de vedettes en bikini.&lt;br /&gt;Claire revint et déposa une boite de havanes devant moi. Roméo et Juliette nº 2. Parmi mes préférés. Elle m’invita à en prendre un, ou plus. Après quelques tergiversations, je cédais à la tentation. D’un geste peu élégant et sacrilège, je coupais le cul du cigare d’un coup de dent. J’osais demander un verre de cognac. Je n’en avais pas besoin, mais le couple cognac-havane était un aperçu du nirvana.&lt;br /&gt;J’allumais mon Roméo et Juliette avec la permission de Claire. Tout en savourant les premières bouffées et en chauffant la liqueur dans le creux de ma main, je l’écoutais me parler de son père. Il y avait de l’émotion dans sa voix. Un petit tremblement à peine perceptible, une humidité dans les yeux, mais aussi une étincelle et un sourire à peine perceptible.&lt;br /&gt;La première gorgée de cognac me brûla la gorge. Sensation agréable malgré tout. J’attisais ce feu en tirant sur mon havane. Comment avais-je pu me passer de ce plaisir simple pendant si longtemps&amp;nbsp;? Par amour&amp;nbsp;? Par faiblesse aussi. Je n’avais pas argumenté longtemps avec Sophie. Elle n’aimait pas l’odeur du cigare. J’aimais Sophie. J’ai abandonné le cigare. Qu’est-ce que je lui avais demandé d’abandonner&amp;nbsp;? Rien. Je l'avais prise tout entière. Qualités et défauts. Manies et imperfections.&lt;br /&gt;— Si vous ne fumez pas, pourquoi avez-vous cette boite&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— C’est un souvenir, en quelque sorte.&lt;br /&gt;— De votre père&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Claire fit oui d’un signe de tête. C’était trop difficile à verbaliser.&lt;br /&gt;— Et vous, pourquoi fumez-vous&amp;nbsp;? Et pourquoi avez-vous arrêté de fumer&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’avais été capable de lui dire tant de choses sur moi, sur ma famille, sur mon père. Et j’étais toujours incapable de lui dire la souffrance liée à sa mort. Comme Marc je m’en tirais en posant une question sans aucun rapport, moyen à peine déguisé de détourner l’attention. Question idiote en plus. Est-ce que j’avais besoin de savoir pourquoi Marc fumait, avait fumé, ce n’était pas important. Il me répondit pourtant.&lt;br /&gt;— Fermez les yeux. Imaginez-vous à la terrasse d’un café lors d’une des premières belles journées de printemps. Une de celle qui vous fait oublier l’hiver dès que les premiers rayons du soleil viennent caresser vos joues, ravivant le souvenir, enfoui sous des mois de grisaille et de froidure, de la douceur de vivre.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Vous êtes installé à cette terrasse, vous avez pour la première fois depuis longtemps laissé tomber pull et blouson. L’envie de retourner les manches de votre chemise vous démange, mais vous ne voulez pas précipiter les choses, il faut savourer ces moments-là, les prendre les uns après les autres, surtout pas de hâte.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Vous avez en main un journal, ou un livre, vous ne lisez pas vraiment, vos yeux glissent sur les pages, les lignes, sur les mots sans que vous en saisissiez le sens. Votre esprit vagabond, se laisse prendre au piège de rêveries éveillées. Vous voyez des coins de campagne sous la rosée, des arbres bourgeonnant, quelques papillons voletant autour d’un massif de roses, des coquelicots tanguant sous le vent.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Une robe à fleurs qui passe vous ramène sur le plancher des vaches. Vous la suivez du regard, vous perdant dans la musique du cliquetis des talons sur le trottoir, les mouvements du tissu bougeant au rythme des pas de la demoiselle, cette première fille qui a osé revêtir ce symbole des beaux jours.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;La robe à fleurs disparaît au coin d’une rue. Sur la table devant vous de la condensation s’est formée sur le verre de bière, les goulettes glissent sur les parois et viennent former sur un cercle parfait sur le dessous de verre en carton.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Là dans cette situation quasi parfaite, dans cette ambiance paradisiaque ajoutez un havane. Petite touche de luxe éphémère. Loin de la vulgarité de la cigarette, le cigare est un morceau de civilisation, l’expression de la culture, la preuve que l’homme est capable du meilleur et que peut-être, je dis bien peut-être, Dieu existe. Sur cette terrasse, ajoutez un seul nuage gris, celui qui monte de votre cigare. Vous touchez au bonheur absolu.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;La beauté de tout cela, c’est que ça marche tout aussi bien dans un salon à 5 heures du matin, avec un verre de cognac et en charmante compagnie.&lt;br /&gt;— Si c’est si merveilleux, pourquoi avoir arrêté&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Chantage amoureux, ultimatum d’amoureuse. Faiblesse du coeur. Il fut un temps où j’aimais moins les Cohiba que je n’aimais Sophie.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-3367163057268401328?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/3367163057268401328/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2010/01/chapitre-32.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/3367163057268401328'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/3367163057268401328'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2010/01/chapitre-32.html' title='Chapitre 32'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-1788414375342017196</id><published>2010-01-13T06:44:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:48:06.418+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 33</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D’où venaient ces mots&amp;nbsp;? Pourquoi lui racontais-je cette histoire&amp;nbsp;? Je n’avais jamais fumé à la terrasse d’un café. J’ai toujours préféré les espaces clos pour savourer Cohiba, Montecristo et autre délice cubain. Les atmosphères confinées sont plus propices à ce genre de perversion. L’imagination est une chose bien étrange. Fatigue, alcool et tabac vous font dire des choses bizarres. Bien sûr il y avait eu Venise. Le souvenir douloureux de ce voyage en solitaire, et ce magnifique Churchill que je m’étais offert après la rupture. Avant le Roméo et Juliette de cette nuit, il y avait eu ce MonteCristo sublime au bord du grand canal, devant un verre de whisky. Je l'avais oublié. Comme j’avais oublié Venise. Faut-il être idiot pour refouler des souvenirs agréables&amp;nbsp;? Faut-il être fatigué et alcoolisé pour qu’ils remontent et qu’on les pense fictifs&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;— Chantage amoureux, ultimatum d’amoureuse. Faiblesse du coeur. Il fut un temps où j’aimais moins les Cohiba que je n’aimais Sophie.&lt;br /&gt;— Les choses semblent avoir changé.&lt;br /&gt;Oui les choses avaient changé. Il ne fallait pas être devin pour comprendre. Il ne fallait pas être devin pour voir venir la question. Je l’avais plus ou moins évité. Je me trouvais maintenant au pied du mur. Je pouvais vider mon verre, la remercier et partir, évitant de répondre à cette question qu’elle n’avait pas encore posée. Mais j’aurais été grossier, goujat, lâche. Je pouvais aussi vider mon verre, tirer une nouvelle bouffée, et devancer Claire en lui racontant l’histoire qu’elle attendait.&lt;br /&gt;— L’amour dure trois ans, et les histoires d’amour finissent mal, en général. Vous avez remarqué le nombre de chagrins d’amour qui occupe les oeuvres art, si l’on considère la chanson comme un art, mais au moins dans la littérature, le théâtre, le cinéma. Le malheur est une source d’inspiration formidable. Pourtant, je ne suis pas encore arrivé à raconter comment notre histoire s’est achevée. Tout ce que j’ai pu dire c’est que c’était fini, rupture, séparation.&lt;br /&gt;“Vous avez bien vu que je suis capable de faire une histoire de presque rien. Raconter comment Sophie et moi en avons fini de notre histoire d’amour ne devrait pas me poser tant de problème. Ce n’est pas parce que cela fut très banal. Je suis doué pour en rajouter. J’aurais pu en faire quelque chose d’épique, y mettre des larmes, des cris. Ou tout au contraire, en faire une scène de vaudeville, y ajouter une dose d’humour grinçant.&lt;br /&gt;‘Nous nous sommes quittés à un péage. Nous avons décidé de ne pas chercher à maintenir notre couple sous assistance respiratoire plus longtemps en rentrant d’un mariage. Nous savions que tôt ou tard nous en arriverions là. Dans un couple on est toujours deux, un qui s'ennuie et un qui fait la gueule. Ça ne me gêne pas de m’ennuyer, j’ai une vie intérieure très riche, mais c’est plus difficile de vivre avec quelqu’un qui fait la tronche en permanence.&lt;br /&gt;‘Nous avons attendu le plus longtemps possible. J’avais encore l’espoir que les choses changeraient, j’avais tout misé sur deux événements, ce mariage, et un voyage en Italie. Je pensais que changer d’air lui changerait les idées, enlèverait le masque qu’elle avait en permanence sur le visage. Je ne lui en avais pas parlé, je voulais lui faire la surprise, une semaine de vacances surprise au printemps.&lt;br /&gt;‘Avant il y avait ce mariage. Celui de sa meilleure amie. Pour lui faire plaisir, je n’ai pas traîné les pieds pour y aller. Je savais que j’allais m’y faire chier en beauté, mais j’ai joué le jeu, j’ai caché ma mauvaise humeur.&lt;br /&gt;‘Pendant les deux heures de route qu’a duré le trajet, nous n’avons pas échangé un mot. Je conduisais, elle regardait par la fenêtre, Paolo Conte chantait. Il ne nous restait que Paolo, notre dernier terrain d’entente. Elle avait décidé de détester Sinatra, juste parce que je l’aimais. Je n’ai rien dit quand elle a glissé le CD dans le lecteur. J’étais assez content, les chansons mélancoliques et la voix rauque de l’ex avocat se mariaient bien avec l’ambiance de ce voyage.&lt;br /&gt;‘Sur place nous avons joué au couple heureux, pour ne pas gâcher la fête. Bel effort. Vain effort. Comment ne pas voir que nous n’étions plus un couple heureux&amp;nbsp;? Que depuis plusieurs semaines nous ne nous aimions plus. Je ne savais pas encore que de son côté elle en aimait un autre. C’est toujours comme ça dans mes histoires d’amour, il y en a toujours un autre, plus grand, plus beau, plus fort, en un mot meilleur. J’exagère un peu, mais ce qui est vrai c’est qu’à chaque fois, c’est moi qui suis quitté. Je n’ai jamais quitté. Vous croyez que ça peut être une sorte de malédiction.&lt;br /&gt;‘C’est elle qui a conduit au retour. J’ai un peu dormi. Paolo Conte chantait toujours la nostalgie. Au péage, avant de rentrer dans la ville, elle m’a dit qu’elle allait partir. Elle voulait le faire depuis quelques jours, mais elle avait attendu que le mariage soit passé. Elle avait rencontré quelqu’un. Ce n’était pas ma faute. C’était la vie. Je n’ai pas pu m'empêcher de rire. Ça la mit en colère. Elle avait raison, ce n’était pas la bonne réaction. Je ne lui ai pas dit que si elle n’avait pas tiré la première, j’allais lui annoncer le séjour à Venise. Si elle avait attendu un peu, elle aurait eu droit à une semaine tout frais payée dans une des plus belles villes du monde. Tant pis pour elle.&lt;br /&gt;‘Elle n’a pas attendu longtemps pour vider l’appartement. À peine rentrée elle a fait ses bagages, ne laissant que peu de traces de son passage derrière elle. Je suis quand même parti à Venise. Sans elle. J’en ai profité. D’une autre façon. Mais quand cette vieille tante m’a demandé quand à mon tour je me marierais, tout est remonté, d’un coup, toute la colère que je n’avais pas dirigée vers Sophie s’est déversée sur cette pauvre femme qui n’avait rien fait, ou presque.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;&lt;br /&gt;Marc faisait rouler son cigare entre ses doigts, le portant à ses lèvres pour en tirer une bouffée entre deux phrases. Dans son autre main, le cognac se réchauffait doucement, il levait son verre, l’approchait de sa bouche, humait les vapeurs alcoolisées, mais ne buvait pas.&lt;br /&gt;Il n’y avait pas de trace de colère dans se voix. Pas de tristesse non plus. Mais pas de joie, d’amusement, d’ironie. Il faisait un récit clinique de cette rupture. Les quelques tentatives pour apporter un peu de fantaisie à son récit n’étaient pas convaincantes.&lt;br /&gt;Je la trouvais pourtant belle son histoire. Triste, mais belle. La faute à son talent de conteur. La faute à tout ce qu’il m’avait raconté avant. Son histoire avec Sophie était une belle histoire. Souvent les belles histoires se finissent mal.&lt;br /&gt;Je lui tendis une sous-tasse pour qu’il s’en fasse un cendrier. Il fit tomber la cendre de son havane d’un coup de poignet, et reporta le cigare à ses lèvres. Il se renversa sa tête en arrière et regarda s’élever la fumée bleutée. Puis il parla de Venise.&lt;br /&gt;Pourquoi Venise ? Pourquoi d’entre toutes les villes d’Italie avait-il choisi Venise ? Pourquoi pas Rome, ou Florence ? Pourquoi avait-il cédé au cliché éculé de la ville des amoureux ?&lt;br /&gt;Pourquoi pas Venise ? Malgré les souvenirs que j’en garde, c’est une belle ville. Une ville propice au romantisme, aux rêveries, aux vacances. Peut-être que son idée aurait pu fonctionner.&lt;br /&gt;Il a avalé son cognac d’un trait. Posé ce qu’il restait de son cigare dans la sous-tasse. Il m’a souri. Un sourire discret. Un sourire pour dire qu’il est tard, que cette nuit avait été sympathique, mais qu’il est temps de lever le camp. Toutes les bonnes choses ont une fin. J’ai hésité deux secondes. Je n’avais pas beaucoup plus de temps devant moi. Il a reposé son verre vide sur la table basse. S’est avancé sur le fauteuil.&lt;br /&gt;— J’étais en Italie quand mon père est mort. Ce n’était pas une surprise. Depuis longtemps je savais que cela devait arriver. Quand ma mère m’a appelé pour ma l’annoncer, j’ai d’abord pensé à la façon dont il parlait de ses patients qui venaient de mourir. Il ne disait pas “Untel est mort”&amp;nbsp; ou “Untelle est décédée”. Il disait “Machin y est passé”. C’était,dans sa bouche une formule respectueuse, et une façon de tenir la mort à distance.&lt;br /&gt;“Quand ma mère m’a dit “Papa est mort”, j’ai entendu “Papa y est passé”. Je n’ai rien dit. Juste “J’arrive”. J’ai reposé le téléphone. Je me suis assise sur le bord du lit. J’entendais les bruits de la rue monter par la fenêtre ouverte. Les touristes qui parlaient, riaient, vivaient. Un vaporetto est passé. Un gondolier a chanté. J’ai regardé par la fenêtre. Le ciel était bleu sur Venise.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-1788414375342017196?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/1788414375342017196/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2010/01/chapitre-33.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/1788414375342017196'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/1788414375342017196'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2010/01/chapitre-33.html' title='Chapitre 33'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-5973844354698218185</id><published>2010-01-13T06:43:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:48:25.986+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 34</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai reposé mon verre vide sur la table basse, laissé mon cigare finir de se consumer dans le cendrier. Malgré le coup de fouet qu’avait provoqué l’ingestion du cognac, la fatigue se faisait sentir. 6 h 30 à la pendule, il était temps de partir. J’aillais me lever pour prendre congé. Claire a du sentir que je m'apprêtais à la quitter, que c'était le moment où jamais de se lancer.&lt;br /&gt;Claire garda les yeux baissés, cherchant au fond de son verre vide les mots pour exprimer ce qu’elle avait sur le coeur. Elle ne tourna pas longtemps autour du pot, elle ne m’imita pas et ne prit pas un chemin détourné pour me raconter comme elle avait appris la mort de son père. Elle ne mit pas d’émotion dans ses phrases. Elle faisait un récit clinique de cette annonce. Une phrase incongrue se glissa pourtant&amp;nbsp;: le ciel sur Venise était bleu. Comme il était étrange d’entendre ces mots. Je repensais à ce que j’avais pensé le jour de la mort de mon grand-père, c’était un 1er mai, et ce jour-là le ciel était bleu, c’était un beau jour de printemps.&lt;br /&gt;— J’ai voulu faire ma valise, mais je ne pouvais plus me lever. J’étais sonnée. Un grand coup au ventre, au coeur. C’est toujours au même endroit que l’on prend ce genre de coup. Siège des émotions dit-on. siège des douleurs aussi. C’est là que ça fait mal en premier lieu. Là parce que c’est par ce petit bout de muscle que l’on reste en vie. Ces battements qui s'accélèrent tellement que l’on a soudain l’impression qu’ils vont faire exploser votre cage thoracique.&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;C’est toujours comme ça. Les autres meurent et vous vous restez en vie. Jusqu’à ce que ce soit vous qui laissiez les autres sur le bord du chemin en se demandant pourquoi, en n’osant, ne voulant pas y croire. Refusant d’admettre l’horrible réalité. Puis prenant conscience petit à petit qu’il ne peut rien faire pour changer les choses. Ils peuvent tenter de refaire le film à longueur de nuit, parce que c’est surtout la nuit que le cerveau carbure le plus, dans le silence et le noir, les yeux grands ouverts sur l’obscurité, libre de toute influence extérieure, à peine le bruit de la maison qui vibre dans la nuit, le grincement du sommier, là seul, parce que dans ce genre de situation, on est forcement seul, même si on s’entoure de tous les gens que l’on aime, seul donc dans la nuit et le silence quasi parfait, l’esprit s’évade et va refaire le fil des événements, tout ces beaux plans où tel Superman surgissant juste au bon moment, on empêche le pire d’arriver, toutes ces belles constructions mentales ne peuvent pas changer les choses, et au matin, comme lors des pires gueules de bois, tout est là pour continuer à vous faire mal au crâne, vous faire souffrir.&lt;br /&gt;Il faut alors réaliser. Comme ce mot est juste. Réaliser. Comme construire une réalité que l’on ne voulait pas accepter la veille encore. La rendre palpable. S’y accrocher, s’y cogner. S’en faire mal de la comprendre enfin. Réaliser, descendre sur terre. Quitter la zone étrange, cotonneuse, où l’on se sent ailleurs, nulle part, juste un peu à côté du monde réel. Réaliser. Prendre conscience de tout ce que cette nouvelle implique. Jusqu'alors ce n’était pas une hypothèse, mais presque. Juste des mots. Imprimés sur le cortex, mais peinant à trouver le chemin, le bon chemin synaptique pour en faire autre chose que des mots. Une fois ce chemin trouvé, quand, comme une photo, la réalité se révèle après être passée dans les différents bains, le plus dur est encore à venir.&lt;br /&gt;Il faut pouvoir se rattraper à tout ce qui passe à portée de main pour ne pas perdre l’équilibre. Trouver un moyen de garder les pieds sur terre. Cette terre qui s’ouvre sous eux avec violence. Séisme interne. Épicentre un peu sur la gauche dans la poitrine. Manifestations multiples pour ce tremblement d’être. Les barrages peuvent se rompre et libérer des flots de larmes, inondation lacrymale, impudeur. Les membres tremblent aussi, cherchant des objets sur lesquels se défouler, évacuer l’énergie, exprimer à l'extérieur les mouvements intérieurs, faire partager la souffrance pour s’en délester un peu, si peu. Puis une fois la première vague passée, tomber, s'effondrer, s’écrouler, sentir le sol sous soi, sa dureté, mais sa réalité aussi. Tout lâcher, avoir envie de se laisser engloutir par ses répliques du séisme.&lt;br /&gt;Tout sort du brouillard, comme s’il fallait évacuer physiquement une souffrance, réaliser encore une fois le mal qui tournait depuis le début. Il n’est plus possible de parler. Que pourraient faire les mots à ce moment-là&amp;nbsp;? Tout est dit. Tout est vomi. Une nouvelle fois seul. Tentant de reprendre une bouffée d’air pour repartir. Attendre un peu avant de se relancer dans ce monde qui parait plus dur qu’avant, plus dur qu’il ne l’a jamais été. Il faudrait pouvoir pousser un cri, un long cri primal, pour tout débloquer, tout remettre en route, faire trembler les murs pour que tout le monde sache ce que l’on ressent une bonne fois pour toutes.&lt;br /&gt;Reprendre sa place dans le trafic, dans les affaires du monde, dans le quotidien. La vie continue malgré tout, après tout. Retrouver des repères, apprendre à continuer sans lui, à vivre avec l’absence. Les jours se suivent et attendent qu’on les suive naturellement. Il n’est plus là, contrairement à nous.&lt;br /&gt;“J’ai du rester une bonne heure, ou une bonne minute assise sur ce lit étranger, hébétée, cherchant à remettre de l’ordre dans ma tête, avant de trouver la force de mettre de l’ordre dans mes affaires, boucler ma valise, quitter cet hôtel. J’ai dévalé les escaliers, payé ma note, couru dans le hall pour attraper un vaporetto, monter dans un train, rentrer en France.&lt;br /&gt;Une larme a coulé sur sa joue. Juste une. Je suis venu m’asseoir à ses côtés. Elle s’est tournée vers moi. J’ai essuyé cette unique larme, et j’ai pris sa main.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Les mots venaient facilement. Les phrases s'enchaînaient avec fluidité. Comme un texte longtemps répété, poli, soupesé. Souvent je m’étais imaginé le dire. Souvent je l’avais dit, seule devant un miroir. Jamais je n’étais allé jusqu’au bout, jusqu’à la fin, jusqu’à la tombe. Cette fois encore je m’étais arrêtée en cours de route. J’ai senti une larme glisser sur ma joue. Une main est venue la recueillir. Marc était à côté de moi. Il me souriait et m’a pris la main.&lt;br /&gt;— Je ne voulais pas pleurer devant vous.&lt;br /&gt;— Ce n’était qu’une larme, il ne faut pas vous en vouloir. Parfois c’est utile de pleurer. Bien sûr j’ai toujours eu du mal à savoir quoi faire face à une femme en larme, mais là, pour la première fois je ne me sens pas mal à l’aise.&lt;br /&gt;— Ce n’était qu’une larme. Je n’ai pas ouvert les écluses, je ne vous ai pas rejoué la Niagara de la chanson.&lt;br /&gt;— Je vous en suis reconnaissant.&lt;br /&gt;J’ai attrapé mon verre. Vide hélas. Marc s’est levé pour aller le remplir. J’avais juste envie d’un peu d’eau. Il a disparu dans la cuisine.&lt;br /&gt;Plus tôt dans cette nuit je lui avais pris la main. J’avais tenté de lui prendre la main. Il ne m’avait pas laissé faire. Par peur, pudeur&amp;nbsp;? Le saurais-je un jour&amp;nbsp;? À l’instant, il avait pris la mienne, et je l’avais laissé faire. Je l’ai laissé écraser cette unique larme qui coulait sur ma joue. Je l’ai laissé se montrer intime. J’étais prête à le laisser l’être un peu plus. Là, quand il reviendra avec mon verre d’eau, s’il voulait m’embrasser, je le laisserais faire. Et s’il ne fait pas le premier pas, je le ferais à sa place.&lt;br /&gt;Je l’entends parler à Woodstock dans la cuisine. Je ne comprends pas ce qu’il lui dit, mais je me rends compte qu’il lui parle comme à un être humain. Ce type est étrange. Ce type me plaît. Ce type plaît à mon chat, ce qui est encore mieux.&lt;br /&gt;Il lui faut du temps pour remplir un verre d’eau. Peut-être que Woodstock le retient avec des questions indiscrètes. Il se renseigne, il veut savoir s’il est digne d’embrasser sa maîtresse. De quoi se mêle-t-il&amp;nbsp;? Je suis assez grande pour décider par moi même qui je veux tenir dans mes bras. Il n’a pas à s’inquiéter, je ne cherche pas à le remplacer.&lt;br /&gt;J’ai la tête lourde. Tout mon corps pèse une tonne. Je voudrais rester éveillée encore un peu, mais je sens que je ne vais pas pouvoir lutter longtemps. Je m’allonge. Juste un peu. En l’attendant. Je ne veux pas dormir. Je veux encore lui dire un mot.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-5973844354698218185?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/5973844354698218185/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2010/01/chapitre-34.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/5973844354698218185'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/5973844354698218185'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2010/01/chapitre-34.html' title='Chapitre 34'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-3538320838139078006</id><published>2010-01-13T06:42:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:48:44.636+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 35</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Woodstock est venu se frotter contre mes chevilles à mon entrée dans la cuisine. Je posais le verre sur la table et me baissais pour le caresser. Il ronronna. Il m’avait adopté. Je l’aimais bien aussi. Il était mignon, attachant. Il ne voulut pas me laisser remplir le verre de sa maitresse. Il miaula quand je le quittais. Sauta sur la table et m’interpella pendant que j’ouvrais le robinet.&lt;br /&gt;— Je ne suis pas certain que ta maîtresse soit d’accord pour que tu grimpes ainsi sur la table où elle mange.&lt;br /&gt;Pour toute réponse j’eus un autre miaulement de mécontentement. Que pouvais-je lui répondre&amp;nbsp;? Il avait employé un argument percutant. Je me suis assis, et il est venu sur mes genoux.&lt;br /&gt;— Tu as entendu ce que Claire vient de raconter. Peut-être que tu connaissais déjà toute l’histoire. Elle a dû se confier à toi bien avant qu’elle ne le fasse avec moi. Privilège de l’animal domestique. Mais tu n’as pas dû avoir l’autre point de vue. Le mien.&lt;br /&gt;“Il n’y avait que peu de chances que ce genre de coïncidence se produise. Moi même en l’écoutant je ne pouvais y croire. Pourtant, tout concorde, tout colle, nous nous étions déjà rencontrés avant ce soir. Percuté serait plus juste. Dans un hall d'hôtel vénitien.&lt;br /&gt;“J’étais à Venise, seul. Et c’est vrai que c’est triste Venise quand on ne s’aime plus. Je tentais de profiter de la ville, de ses musées, de ses églises sans celle pour qui j’avais prévu ce voyage. Cette escapade amoureuse. Je ne savais pas qu’elle était là, elle aussi, petit cadeau qu’elle s’offrait, petit repos avant de replonger dans le travail.&lt;br /&gt;“Comme beaucoup de choses de ce voyage, je l’avais oubliée. Elle m’était revenue, flash dans ma mémoire, éclair fulgurant. Cette jeune femme en larmes dans le hall d’hôtel, chargée de bagages, courant pour attraper un vaporetto. J'avais pensé qu’elle quittait un amant, l’ayant trouvé dans les bras d’une autre, dans le lit d’une autre. L’influence de ma propre expérience, me faisait l’imaginer partant sans se retourner, laissant son ex-amoureux avec l’autre femme. Elle fuyait cette ville que l’on dit faite pour les amoureux, mais qui peut se montrer si cruelle.&lt;br /&gt;“Je l’avais trouvée belle dans son chagrin. Les yeux certes rougis d’avoir pleuré, mais beaux, profonds. J’avais aimé sa robe à fleurs révélant juste ce qu’il faut de ses jambes, juste ce qu’il faut de ses épaules. Je m’étais retourné après qu’elle m’a heurté, je l’avais regardé s’éloigner, ses cheveux voletant autour d’elle.&lt;br /&gt;“J'avais imaginé que je lui courrais après, pour l’aider avec ses bagages, pour la soutenir sur le trajet jusqu’à la gare, pour lui dire que tous les hommes n’étaient pas des goujats, des menteurs, des salauds, que celui qu’elle quittait ne valait pas la peine de pleurer, que c’était un con de ne pas voir à quel point elle était belle, et même mieux que cela, charmante.&lt;br /&gt;“Bien sûr je n’en ai rien fait. Je ne suis pas du genre à courir après les filles dans la rue, ni même entre les canaux vénitiens. Quand bien même l’aurais je fais, de quoi aurais-je eu l’air&amp;nbsp;? D’un idiot qui se fait des films, qui tente de surmonter son chagrin amoureux. Elle m’aurait cloué le bec après avoir entendu mon discours. Non elle ne pleurait pas un amour fini, mais un père mort. Je n’aurais pas sur quoi répondre. Je n’aurais eu qu’à la regarder partir sans se retourner, me laissant seul sur le quai avec ma bêtise.&lt;br /&gt;“Je suis remonté dans ma chambre. J’ai ouvert la fenêtre pour laisser entrer le vent frais du printemps. J’ai baissé les stores vénitiens, forcément vénitiens et je me suis accordé une petite sieste. La jolie jeune femme en pleurs est allée rejoindre la masse des moments, des visages oubliés. Jusqu’à ce qu’elle resurgisse.&lt;br /&gt;“Dis-moi Woostock, est-ce que tu crois que je dois lui raconter notre première rencontre&amp;nbsp;?&lt;br /&gt;Woodstock n’a rien dit. Il s’est contenté de miauler une nouvelle fois. Il ne m’aidait pas. Puisqu’il se montrait si peu coopératif, je l’ai fait descendre de mes genoux, j’ai attrapé le verre d’eau et suis allé rejoindre Claire dans le salon.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Elle&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Le soleil entre à flot par la fenêtre. Il y a dans l’air un parfum de mimosa. Et d’herbe fraîchement coupée. Je me lève, et m’avance vers la fenêtre ouverte. La vue à changé pendant la nuit. La rue n’est plus là. Un jardin a pris sa place. Le jardin de la maison de mes parents. Je ne suis plus dans mon appartement, mais dans ma chambre d’enfant. Woodstock est sur mon lit. Il me regarde en penchant la tête, saute à terre, vient me saluer, et s’échappe dans le jardin. Je cours après lui, mais il disparaît. J’ai les jambes lourdes, je n’arrive plus à avancer. Je m'assois par terre. Je laisse glisser ma main sur le sol. L’herbe me chatouille la paume, et se transforme peu à peu en moquette. Le parfum du mimosa s’efface lui aussi pour faire place à l’odeur du tabac. Je me tourne. Mon père est là, dans son fauteuil, derrière le bureau de son cabinet. Il pose son cigare dans le cendrier et me sourit de toutes ses dents.&lt;br /&gt;— Tu vas bien, peanuts.&lt;br /&gt;— Je crois que j’ai la gueule de bois.&lt;br /&gt;— Tu as trop bu, je te l’ai toujours dit, il faut savoir boire avec modération.&lt;br /&gt;— Tu ne m’as jamais dis ça.&lt;br /&gt;— J’aurais dû.&lt;br /&gt;— Tu me disais, qu’il fallait assumer mes excès, et ne pas me plaindre quand je buvais ou mangeais trop.&lt;br /&gt;— C’est tout aussi bien comme conseil.&lt;br /&gt;Il éclate de rire et fait tomber le cendrier. Je me lève pour le ramasser. Je me glisse sous le bureau, et ressort dans une chambre d'hôpital. Il est allongé sur un lit. Il ne sourit plus. Je pose le cigare sur la table de chevet.&lt;br /&gt;— Tu n’aurais pas dû, peanuts. Les docteurs ne vont pas être contents.&lt;br /&gt;— Est-ce que c’est bien important? Qu’est-ce qu’ils y connaissent les docteurs?&lt;br /&gt;— Pas grand chose. On devrait le savoir, nous faisons tous les deux partie du gang.&lt;br /&gt;Il voudrait rire, mais le masque qu’il a sur le visage l’en empêche. Je lui prends la main. Il se calme.&lt;br /&gt;— J’aurais dû être là.&lt;br /&gt;— Tu avais d’autres choses à faire, d’autres choses à voir que ton père mourant.&lt;br /&gt;J’entends du bruit derrière moi. Je me tourne. Il y a une silhouette dans l’embrasure de la porte. Une ombre. Je veux demander à mon père de qui il s’agit, mais le lit est maintenant vide. Je sors de la chambre, l’ombre est au fond du couloir. Elle semble m’attendre. Je voudrais courir, mais j’ai toujours les jambes lourdes. J’avance à grand peine. Le couloir s’étire devant mes yeux. L’ombre s’efface. Je voudrais crier. Aucun son ne sort de ma bouche.&lt;br /&gt;Le ciel est bleu au dessus de ma tête. Woodstock se glisse entre mes jambes. Il lève la tête vers moi, miaule, et s’en va. Le soleil est éblouissant. Il fait chaud. Il y a des fleurs tout autour de moi. Il y a des gens tout autour de moi. Des silhouettes sans visage, des silhouettes sombres. Elles entourent la tombe de mon père. Woodstock est assis au milieu d’une couronne mortuaire. Il dort. Je m’avance pour le caresser. Je ne touche que le granit froid. Ma main s’enfonce dans la pierre sombre. J’en remonte une poignet de sable qui glisse entre mes doigts. J’ouvre la main. J’y trouve un mégot de cigare.&lt;br /&gt;— Tu fumes maintenant, peanuts.&lt;br /&gt;Mon père prend le mégot. Le glisse entre ses lèvres. C’est maintenant un havane monumental. Il l’allume. Disparaît un instant derrière le nuage de fumée bleue. Je cris. Je ne veux pas qu’il s’en aille. Il rigole. Son rire retentit dans mon appartement. Fait trembler les murs. Fait tomber les livres.&lt;br /&gt;— Il faut que je parte, peanuts.&lt;br /&gt;Je sens une larme couler sur ma joue. Il vient l'écraser. Pose un baiser sur mon front. La fumée l'enveloppe à nouveau. Elle envahit tout l’espace. Je tente de la faire disparaître en donnant de grand moulinet avec mes bras. Je n’arrivais qu’a m’y enfoncer un peu plus. A bout de force je m'arrête. Un rayon de soleil arrive à percer. Je m’avance vers lui. J’entends Woodstock miauler. Je baisse les yeux; Il est à mes pieds. Je me baisse. Il me lèche la main.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ouvre les yeux. Woodstock lèche ma main qui pend sur le côté du canapé. Il fait jour. Sur la table basse Marc a laissé un mot.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-3538320838139078006?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/3538320838139078006/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2010/01/chapitre-35.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/3538320838139078006'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/3538320838139078006'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2010/01/chapitre-35.html' title='Chapitre 35'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-64477881696431149.post-472805929544967535</id><published>2010-01-13T06:41:00.000+01:00</published><updated>2010-01-13T11:49:01.798+01:00</updated><title type='text'>Chapitre 36</title><content type='html'>Lui&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le jour se levait. Nous avions passé une nuit blanche sans nous en rendre compte. Nous avions bu beaucoup de café, beaucoup d’alcool aussi, et nous avions parlé, parlé, parlé. Nous nous étions dit tout de nous. Ou presque. Elle m’avait raconté Venise. J’allais lui en dire plus.&lt;br /&gt;J’ai posé le verre devant elle, et je l’ai regardée dormir.&lt;br /&gt;Que faire maintenant? Nous quitter? Reprendre nos vies respectives? De quoi avions nous besoin? Pourquoi avions nous passé cette nuit ensemble? Pourquoi nous étions nous montré si impudiques l’un envers l’autre? Jusqu’à échanger nos plus intimes secrets?&lt;br /&gt;J’étais en colère. Elle aussi. Nous ne l’avions pas exprimé de la même manière. Mais c’est cet état d’esprit qui nous avais réunis. Nous avons ensemble dépassé cette étape.&lt;br /&gt;Il parait que les 5 étapes du deuil sont le refus, le marchandage, la colère, la dépression, l’acceptation. Ce qui nous attendait n’était pas enthousiasmant. Peut-être qu’il valait mieux que l’on reste ensemble encore un peu pour traverser cette nouvelle étape. D’un autre côté deux dépressifs ensemble, ça n’augure rien de bon.&lt;br /&gt;La journée promettait d’être belle. Ciel sans un nuage, d’un bleu encore pâle. Une balayeuse aspergeait les trottoirs, entraînant dans le caniveau les débris de la nuit. J'aurais aimé qu’elle puisse effacer la fatigue qui s'abattait sur moi.&lt;br /&gt;J’ai pris une feuille sur le bureau de Claire. J’y ai griffonné quelques mots. Claire dormait toujours. Elle avait abandonné le combat contre la fatigue. L’esprit léger, elle s’était abandonnée au sommeil pendant que je parlais à son chat. Je ne sais pas si elle avait entendu ce que je lui avais dit. Es-ce que cela avait beaucoup d’importance. J’ai laissé mon petit mot sur la table basse. J’ai déposé un chaste baisé sur son front. Elle bougea à peine. J’ai tiré doucement la porte en sortant.&lt;br /&gt;Dans la rue l’air était frais. J’ai remonté le col de mon veston.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Ecrit entre Janvier et Juillet 2008&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Mis en ligne entre le 7 décembre 2009 et le 11 janvier 2010.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;i&gt;Claire et Marc reviendront dans&lt;br /&gt;&lt;a href="http://deuxroman.blogspot.com/"&gt;DEUX&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/64477881696431149-472805929544967535?l=apreslacolere.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://apreslacolere.blogspot.com/feeds/472805929544967535/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2010/01/chapitre-36.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/472805929544967535'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/64477881696431149/posts/default/472805929544967535'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://apreslacolere.blogspot.com/2010/01/chapitre-36.html' title='Chapitre 36'/><author><name>Arnaud J. Fleischman</name><uri>http://www.blogger.com/profile/10416954712450494613</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='25' height='32' src='http://3.bp.blogspot.com/__7VIKhdbNmI/SpthHJ8puvI/AAAAAAAAAsY/e0vwpqcFWok/S220/DSCN4377.JPG'/></author><thr:total>0</thr:total></entry></feed>
